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La relance chinoise se fera en dépit de l'environnement

©REUTERS

Après des semaines de confinement, la Chine tente le tout pour le tout pour relancer son économie. Pour cela, le gouvernement chinois semble privilégier l’investissement dans les énergies fossiles, et tourne le dos à ses engagements climatiques.

L’épidémie de Covid-19, qui a commencé dans la région de Hubei en Chine, a engendré des mesures de quarantaine strictes, forçant la population à rester chez elle, et la plupart des entreprises à fermer leurs portes temporairement. Cette mise à l’arrêt de l’activité économique et la chute de la demande des consommateurs a fortement diminué les émissions de gaz à effets de serre durant les trois derniers mois.

Céline Boulenger

Degroof Petercam

En février, les émissions de dioxyde de carbone ont chuté d’environ 25%, et la demande d’énergie venant des centrales à charbon a baissé de 36%. Une conséquence indirecte du Covid-19 plutôt "positive" puisque la Chine reste le plus gros pollueur au monde et est responsable de presque 30% des émissions de CO2 dans l’atmosphère.

De plus, ces dernières années, la Chine a fait marche arrière quant à sa transition vers les énergies renouvelables, et a laissé le charbon reprendre le dessus. Avant l’épidémie de Covid-19, la Chine prévoyait d’ouvrir plusieurs nouvelles centrales à charbon qui à elles seules peuvent produire autant que l’Europe entière, alors qu’elle héberge déjà aujourd’hui plus de 1000 centrales à charbon. Une situation inquiétante pour l’environnement, mais aussi d’un point de vue économique, puisque ces centrales produisent bien plus que la demande domestique, il y a donc une surcapacité en matière de production d’énergie.

Pendant un court instant, on a failli croire que le coronavirus allait permettre au champion du charbon de se rattraper vis-à-vis de ses objectifs fixés lors de l’Accord de Paris et aux grandes villes chinoises d’enfin respirer un peu mieux.

La relance à tout prix

Après la grande récession de 2008, le gouvernement chinois a investi dans des projets d’infrastructure massifs et dans l’industrie lourde pour un total de 586 milliards de dollars, ce qui a amené à une explosion des taux de pollution et à l’"airpocalypse" des hivers de 2012 et 2013.

La réaction du gouvernement chinois en 2008 a montré que lors de crises économiques, les objectifs climatiques ont tendance à tomber à l’eau et la relance doit se faire le plus rapidement possible, peu importe le coût environnemental. Aujourd’hui, alors que le monde entier se prépare pour une crise économique encore plus grave que celle de 2008, les experts espèrent que celle-ci privilégiera les investissements verts.

Plus de 22000 projets feraient partie du plan de relance chinois, mais aucuns d’entre eux ne se focalise sur les énergies renouvelables. Par contre, l’industrie lourde, et les centrales à charbon, elles, sont en premier plan.
Céline Boulenger
Degroof Petercam

En Chine, le gouvernement s’apprête à injecter 7000 milliards de dollars dans son économie et semble, encore une fois, le faire en niant l’existence de ses objectifs climatiques. Plus de 22.000 projets feraient partie du plan de relance chinois, mais aucun d’entre eux ne se focalise sur les énergies renouvelables.

Par contre, l’industrie lourde, et les centrales à charbon, elles, sont en premier plan. De nouvelles centrales vont être construites, représentant à elles seules une capacité de production équivalente à l’ensemble du secteur du charbon en Pologne. Celles-ci menacent la politique appelée "traffic lights", qui a pour but de limiter le nombre de permis octroyés pour la construction de nouvelles centrales, et cela pour combattre la surcapacité ainsi que pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre. Le gouvernement central demande également aux gouvernements locaux de supprimer les quotas sur le nombre de plaques d’immatriculation attribuées (une politique mise en place pour combattre la congestion routière ainsi que la pollution).

Selon le Global Energy Monitor, les nouvelles centrales à charbon qui devraient voir le jour dans les mois et années à venir, menaceraient à elles seules les objectifs de l’Accord de Paris, c’est-à-dire, de limiter l’augmentation de la température de la planète à moins de 2 ºC. En effet, si elles deviennent toutes opérationnelles, la Chine brûlera une quantité tellement importante de charbon d’ici 2035, que l’augmentation de la température dépassera d’office les 2 ºC fixés dans l’Accord de Paris.

L’envers du miroir

Ces prévisions sont plus qu’alarmantes et montrent que les objectifs climatiques doivent rester une priorité, peu importe la situation, et doivent faire partie de tout plan de relance, quel qu’il soit. Dès le début de cette pandémie, j’ai eu du mal à voir le Covid-19 comme une bonne nouvelle pour l’environnement.

Cette relance chinoise prouve qu’il faut toujours analyser l’envers du miroir, et que même si les émissions ont chuté pendant un mois ou deux, le Covid-19 monopolise toute l’attention, que ce soit des gouvernements, des journalistes, ou des populations, et le changement climatique a disparu de nos agendas. Une relance économique à tout prix n’est jamais une solution et n’amènera dans tous les cas pas à un modèle économique durable.

Il faut au contraire commencer à construire le monde de demain, réfléchir à ce que l’on veut laisser aux générations suivantes. Espérons que le reste du monde, dont l’Europe, qui est aujourd’hui confinée, choisira une relance plus durable et privilégiera l’énergie renouvelable aux énergies fossiles, car le compte à rebours climatique a déjà été lancé, et il faut agir aujourd’hui, pas demain, si on espère atteindre les objectifs de Paris. 

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