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La transition énergétique est plus importante que la sortie du nucléaire

©AFP

Dans notre pays, on discute sans fin de 2 GW de capacité nucléaire mais pas assez de la véritable transformation de l’ensemble du paysage énergétique.

L'Europe veut devenir le premier continent neutre en matière climatique d'ici 2050. Le paquet Fit-for-55 vise ainsi une réduction de 55 % des émissions de gaz à effet de serre d'ici 2030, un défi de taille pour tous les secteurs économiques. Auparavant, l’Europe prévoyait seulement une réduction des émissions de 60 % d'ici 2050. La nouvelle politique veut donc imposer une réduction similaire deux décennies plus tôt.

Dans notre pays, on discute sans fin de 2 GW de capacité nucléaire et pas assez de la véritable transformation de l'ensemble du paysage énergétique. Selon les bilans énergétiques d'Eurostat, la consommation totale d'énergie finale dans notre pays s'élève à 462 TWh, sans compter la consommation d'énergie du transport maritime et aérien international (115 TWh). A cet égard, les deux réacteurs nucléaires de Tihange 3 et Doel 4 équivalent à 15 TWh dans ce paysage énergétique total.

Rendre l'industrie, les transports et le parc immobilier neutres en carbone nous place devant des négociations et des décisions beaucoup plus complexes.

La décision politique concernant une capacité nucléaire de 2 GW est probablement la plus facile à prendre sur la voie d'une transformation vers une société durable offrant une meilleure qualité de vie. Le nombre de parties concernées est limité, la loi et l'accord de gouvernement indiquent, du reste, ce qui doit être fait. Rendre l'industrie, les transports et le parc immobilier neutres en carbone nous place en revanche devant des négociations et des décisions beaucoup plus complexes.

Dans l'industrie, par exemple, le potentiel de décarbonisation à court et moyen terme varie fortement d'un secteur à l'autre. Il y a également lieu de faire la distinction entre l'amélioration des processus et la neutralité carbone totale de l'énergie et des matières premières.

Pour la (pétro)chimie et la production d'acier, il s'agit de transitions fondamentales. Pour sa part, l'industrie du ciment reste l'un des principaux producteurs de gaz à effet de serre et de nouvelles méthodes de production ne sont pas à exclure. Dans l'industrie alimentaire, d'autres sources de chaleur que la combustion du gaz naturel doivent être utilisées.

En fait, pour chaque branche de l'industrie, il convient de tracer une voie appropriée vers la neutralité carbone.

Les pouvoirs publics à la baguette

En ce qui concerne le bâti, chaque bâtiment de notre pays est plus ou moins unique. Le taux de rénovation semble avoir été déterminé dans toutes les régions. En Flandre, on parle de 15.000 à 20.000 rénovations par an depuis vingt ans, malgré des mesures de soutien non coordonnées et coûteuses qui encouragent souvent des technologies qui ne s’inscrivent pas dans un système neutre en carbone. En Wallonie, 1% des logements sont actuellement rénovés chaque année.

Mais des millions de propriétaires doivent encore être mobilisés et il n'y a pas de formule simple à cet égard.

La nécessaire transition de nos villes vers des villes intelligentes et vertes d’ici 2050 ne peut être laissée aux seules forces du marché.

Le déploiement sélectif de réseaux de chaleur basés sur la chaleur verte peut apporter une contribution significative, ce qui nécessite des analyses locales détaillées et de nombreuses consultations. Car ces réseaux de chaleur ne naîtront évidemment pas d’eux-mêmes. Ils doivent être stimulés par les pouvoirs publics. La nécessaire transition de nos villes vers des villes intelligentes et vertes d’ici 2050 ne peut, en effet, être laissée aux seules forces du marché.

En matière de transport, le transport routier pourrait être entièrement électrifié assez rapidement. La technologie est disponible pour le transport de passagers et le transport de marchandises prend également des mesures claires dans cette direction. Les infrastructures sont, bien entendu, cruciales et le gouvernement doit être un facteur de stimulation.

S'agissant des transports maritimes et aériens internationaux, il convient de développer une infrastructure de carburant neutre en carbone, y compris une infrastructure basée sur l’hydrogène vert. Tout autre hydrogène vert devrait être réservé à notre industrie, et non au transport ou au chauffage des bâtiments. 

Créer un cadre politique stimulant

On le constate, la part de l’électricité dans la consommation d’énergie est en forte augmentation. Les interconnexions, la flexibilité de la demande et les technologies de stockage permettent déjà d’obtenir l’électricité nécessaire à partir du vent et du soleil 80 à 90% du temps.

Pour les périodes allant jusqu'à deux semaines avec peu de soleil ou de vent, d'autres capacités de production seront à prévoir. Dans les années à venir, il s'agira principalement de centrales au gaz naturel, mais à terme, le gaz naturel devra être remplacé par du gaz synthétique ou des biomolécules.

Nous ne pouvons pas laisser la transition énergétique au marché ; elle doit être gérée par un gouvernement décisif et fiable.

De fait, investir dans la distribution de gaz naturel est incompatible avec un approvisionnement énergétique neutre en carbone. Pour l'utilisation industrielle, des réseaux de transport de biomolécules durables entre les plateformes européennes devront être mis en place.

Le véritable défi consiste, en réalité, à créer à court terme un cadre politique stimulant solide, offrant une flexibilité suffisante et qui tienne compte des interactions entre les secteurs. Cette politique doit être une incitation pour tous les acteurs du marché, sans favoritisme technologique et avec l’efficacité comme principe directeur. Il apparait également tout aussi nécessaire de mettre en place une politique de recherche et développement ambitieuse pour soutenir les innovations durables d’ici 2050.

Nous ne pouvons pas laisser la transition énergétique au marché; elle doit être gérée par un gouvernement décisif et fiable. Les défis sont énormes. Il faut agir ici et maintenant dans tous les secteurs. Ne perdons pas plus de temps avec les 4% que représentent le nucléaire mais investissons résolument dans les 51% restants à l’horizon 2030.

Ronnie Belmans, professeur à la KU Leuven, conseiller à EnergyVille
Johan Albrecht, professeur d'économie à l'UGent et senior fellow à l'Itinera Institute Pieter Vingerhoets, expert en stratégie énergétique et climatique à EnergyVille/VITO
Michel De Paepe, professeur de thermodynamique à l'UGent et président de l'UGent-EnerGhentIC

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