La voiture électrique va aggraver le chaos électrique

©Photo News

Au moment où la Belgqiue vit dans la crainte d’un manque de puissance installée lors de pointes de consommation d’électricité, le Parlement européen va se doter mercredi des nouveaux objectifs d’émissions de CO2 des automobiles. La mode étant de croire que le véhicule électrique est une panacée, il est probable que de nouvelles mesures politiquement correctes seront proposées...

Par Samuel Furfari
Professeur à l'ULB

Ce mercredi le Parlement européen va voter des nouveaux objectifs d’émissions de CO2 des automobiles. La mode étant de croire que le véhicule électrique est une panacée, il est probable que de nouvelles mesures politiquement correctes seront proposées.

La Belgique vit actuellement dans la crainte d’un manque de puissance installée lors de pointes de consommation d’électricité du moins si les conditions météorologiques sont rigoureuses.

Le monde politique qui a tenu à être politiquement correct a cru que tout est possible en matière de génération d’électricité.

Au-delà des polémiques et de la chasse stériles aux coupables, ceux qui avaient dénoncé l’idéologie verte constatent avec dépit que nous avions raison. Le monde politique qui a tenu à être politiquement correct a cru que tout est possible en matière de génération d’électricité.

Ils n’ont pas voulu entendre

Tous les ingénieurs ont appris dans leur cours d’électricité́ l’importance cruciale du réseau électrique. Ils l’ont dit lorsque, dans la foulée de l’accord de Kyoto, vers 1988 on commença à̀ parler d’obligation de production d’électricité́ d’origine renouvelable. La Société́ Royale Belge d’électricité́ (SRBE) avait même organisé́ en 2004 une journée d’étude intitulée "la revanche de Kirchhoff" parce que dans la discipline des réseaux électriques il y a des lois précisément du nom de Kirchhoff qui imposent une série de réalités que la politique a voulu ignorer à l’époque et qui s’imposent amèrement aujourd’hui.

La dure réalité nous a rattrapés; on avait prévenu et ils n’ont pas voulu entendre. Aujourd’hui un autre danger guette.

©Photo News

Le véhicule électrique serait devenu comme par miracle une solution que l’on doit imposer par la contrainte législative comme on l’a fait pour les énergies intermittentes. Oui le véhicule électrique est une fantastique réalité. Il suffit d’en avoir conduit un pour en être convaincu.

Certes c’est encore une niche; en 2017 seulement 0,5% des automobiles vendues en Belgique étaient électriques. De plus, dans la toute grande majorité ce sont des entreprises qui les acquièrent, profitant des avantages fiscaux décidés par la politique. Mais là n’est pas vraiment le problème.

Il y a trois grands défis à résoudre pour que le rêve devienne réalité. Premièrement il faut que son prix diminue sensiblement et que les batteries soient plus fiables et partant moins chères à l’usage. Une étude récente de Harris Interactive pour l’Observatoire Cetelem 2019 montre que le prix élevé est un véritable handicap; elle conclut que "pour être définitivement adopté́, il lui reste un cap ultime à̀ franchir: celui de la compétitivité́. L’essentiel des ménages n’optera pour la solution électrique que si elle est financièrement avantageuse."

Le second problème est celui des bornes de rechargement. Une directive européenne de 2014 oblige les États Membres d’en installer "un nombre approprié" d’ici 2015. Cette notion vague démontre que le compromis politique obtenu est bien le signe que les décideurs ne sont pas naïfs. Qui va payer l’éventrement de milliers de km de trottoirs pour les installer? Qui va payer le remplacement des câbles électriques qui traversent nos rues pour apporter la puissance électrique nécessaire?

D’autant plus que dans nos centres urbains il suffit de lever les yeux vers les appartements pour comprendre qu’il n’y a pas assez d’emplacements de parkings privatifs pour assure la recharge des véhicules. Ce "nombre approprié" de bornes est un défi énorme techniquement et financièrement.

Mais il y a plus difficile. Ce qui limitera toujours le déploiement du véhicule électrique est la génération d’électricité. Le cas atypique de la Norvège ne doit pas nous induire en erreur: là 96% de l’électricité est renouvelable mais non intermittente puisque c’est grâce à l’hydroélectricité que le véhicule électrique devient si populaire.

Pas de problème donc…

Il y a en Belgique 5,8 millions d’automobiles qui parcourent en moyenne 17 361 km/an. Supposons que le monde politique exige qu’en 2030 10% du parc soit électrifié. Avec une consommation de 20 kWh/100 km on arriverait à une consommation d’électricité de 2,0 térawattheures (TWh). Puisque la Belgique consomme 70,65 TWh, la demande supplémentaire ne serait que de 2,8% de la consommation. Bonne nouvelle, il n’y aurait donc pas de problème…

Sauf que, comme on est en train de le vivre avec la crise qui se dessine pour les prochains mois il n’est pas suffisant de parler de consommation car il faut aussi tenir compte de la puissance installée.

©BELPRESS

Une charge lente dans le garage domestique (pour ceux qui ont la chance d’en avoir un) se fait à 5 kW, ce qui conduit à exiger en Belgique une puissance installée supplémentaire de 2,9 GW soit l’équivalent des trois réacteurs nucléaires de la centrale de Tihange… On voit immédiatement que cela n’est pas possible. Pire! Si on a besoin d’une charge rapide avec 50 kW on arrive au chiffre incroyable de 29 GW alors que la puissance installée est 21,15 GW lorsque tout veut bien fonctionner…

Certes, on peut ergoter sur le fait qu’un réseau intelligent pourrait gérer les charges rapides de manière à ce que les consommateurs ne le fassent pas tous au même moment. Sauf que ce réseau intelligent n’existe pas et n’existera pas avant longtemps.

Aujourd’hui, les politiciens rejettent le fiasco électrique sur la faute sur leurs prédécesseurs. Demain le feront-ils encore en observant le fiasco du véhicule électrique?

https://furfari.wordpress.com

Lire également

Publicité
Publicité

Contenu sponsorisé

Partner content