La vraie raison de l'intransigeance de Trump

©Photo News

La " crise " qu’évoque Trump en ce moment n’est pas due à un influx migratoire exceptionnel, le nombre d’illégaux étant le quart de ce qu’il a été dans les années 1990, elle s’explique par l’appartenance ethnique des candidats à l’entrée.

©BELGAIMAGE

Paul Jorion
Économiste et anthropologue

Le shutdown, l’arrêt des activités des services fédéraux américains, faute de budget, est désormais le plus long que les États-Unis aient connu. 800.000 fonctionnaires au moins ne recevront pas leur prochain traitement, les parcs nationaux sont ouverts au public sans supervision ou sont fermés en raison déjà de déprédations. Si l’arrêt devait se poursuivra, la paralysie de l’appareil d’état s’étendrait. Il est question de l’arrêt de la distribution des "food stamps", ces bons d’alimentation dont bénéficient 14% de la population américaine.

De telles fermetures provisoires constellent l’histoire des États-Unis: celle d’aujourd’hui est la dixième. Leur apparition signale en général des périodes de forte polarisation au sein de l’opinion. Il faut en effet pour qu’elles se manifestent comme aujourd’hui, que les deux grands partis, démocrate et républicain, puissent se tourner vers leur base en la prenant à témoin et affirmer: "Voyez la stupidité et l’intransigeance du parti d’en face!" et camper à partir de là sur leurs positions.

Abolir l’image de terre d’asile

©AFP

L’objet du litige, nul ne l’ignore, est la construction d’une muraille à la frontière séparant les États-Unis du Mexique, à laquelle Donald Trump tient mordicus, car engagement phare de sa campagne électorale. Le mur mexicain n’est cependant que l’incarnation la plus spectaculaire de sa politique d’immigration, son principal souhait étant en effet d’abolir une fois pour toutes l’image des États-Unis terre d’asile. C’est elle qui a conduit selon lui à l’engorgement des centres d’accueil ayant débouché sur le drame récent de la mort de deux enfants guatémaltèques en détention.

Le refoulement pur et simple aux frontières des candidats au droit d’asile ayant pour seul résultat la récidive, la détention provisoire est aujourd’hui préférée par les autorités, avec pour inconvénient, l’engorgement éventuel, les passeurs ayant récemment découvert au Guatemala, au Honduras et à El Salvador, des familles entières candidates à l’émigration, comme nouvelle source de revenus pour eux.

Le mur mexicain n’est cependant que l’incarnation la plus spectaculaire de sa politique d’immigration, son principal souhait étant en effet d’abolir une fois pour toutes l’image des États-Unis terre d’asile.

La popularité de la muraille auprès des 40% d’électeurs constituant la base du Président Trump s’explique par la politique migratoire des États-Unis au fil des siècles.

Ici en quelques mots. À l’époque coloniale, des immigrants volontaires issus d’Europe occidentale, et forcés, d’origine africaine. Fin du XIXe siècle: immigration massive de Chinois qui construiront les lignes de chemin de fer, suivi d’une prohibition totale à leur égard jusqu’en 1943. Au XXe siècle, encouragement de l’immigration européenne, à l’exception des Italiens, des Slaves et des Juifs. Politique fluctuante envers les Latino-Américains selon les besoins en main-d’œuvre, culminant dans la déportation d’un million d’entre eux en 1954, y compris certains devenus citoyens des États-Unis. Souci constant à toutes les époques: maintenir une combinaison ethnique idéale de la population à l’aide de quotas explicites ou implicites, ceux en termes de nationalité d’origine étant souvent masqués en exigence d’un niveau d’éducation élevé.

D’authentiques Amérindiens

©AFP

La "crise" qu’évoque Trump en ce moment n’est pas due à un influx migratoire exceptionnel, le nombre d’illégaux étant le quart de ce qu’il a été dans les années 1990, elle s’explique par l’appartenance ethnique des candidats à l’entrée. Leur nationalité et leurs traits physiques ne laissent en effet aucun doute: ils sont dans leur quasi-totalité d’authentiques Amérindiens.

Une anecdote personnelle. En 1997, à l’ouverture du musée Getty sur une colline escarpée dominant Los Angeles et le Pacifique, mon amie et moi étions accompagnés d’une jeune Mexicaine d’une dizaine d’années, à qui elle enseignait bénévolement l’anglais. Alors que nous admirions la vue, ma compagne demanda à la jeune fille si elle la trouvait belle. Sans cesser de fixer le paysage, celle-ci dit alors: "Oui, mais c’est à moi!"

Ces mots, Trump ne les a pas entendus mais il en connaît la teneur. Ce sont eux qui motivent son intransigeance et celle de ses partisans.

Lire également

Publicité
Publicité

Contenu sponsorisé

Partner content