La Wallonie reste imperméable au sentiment d'urgence

Les autorités régionales s’abstiennent de s’engager sur des réalisations tangibles à court terme qui seules permettent pourtant de mesurer l’avancée des choses. ©BELGA

Jean-Yves Huwart est auteur et entrepreneur

La semaine dernière, la Wallonie remettait à la Commission européenne son plan visant à réduire ses émissions de gaz à effets de serre à l’horizon 2030. Le document révélait des ambitions élevées (- 37%), mais était peu loquace sur les mesures pour y parvenir. Ces dernières seront détaillées en 2021, confie-t-on à Namur. Il restera alors huit ans pour mettre en route les nouveaux dispositifs. Court? Peut-être. Mais qui veut, peut, n’est-ce pas?

Quelques jours plus tard, l’OCDE a publié les résultats 2018 de sa très attendue enquête Pisa sur l’éducation. Résultats pour la Fédération Wallonie-Bruxelles: terribles. Les scores des jeunes francophones reculent une nouvelle fois en lecture. Et s’ils remontent légèrement en mathématique, c’est pour revenir à leur niveau de… l’an 2000, année d’introduction de la pédagogie des "Socles de compétence". Deux décennies plus tard, le remède annoncé pour redresser la barre se nomme Pacte d’excellence.. Il faudra juste attendre un peu pour en sentir les effets: quinze ans…

Ce jeudi, enfin, le gouvernement wallon s’est fendu de plusieurs annonces dans le domaine du digital. E-commerce, l’Open Data, e-Gov, automatisation des processus d’entreprises… En matière de numérique, la Wallonie est à la traîne presque partout. Depuis des années, les autorités wallonnes mises sur la sensibilisation des acteurs pour améliorer la situation. Malgré le manque de résultats de cette stratégie, les autorités régionales persévèrent aujourd’hui dans cette voie. Le gouvernement wallon a, par exemple, débloqué 850.000 € pour "soutenir l’adoption d’outils d’intelligence artificielle (IA)". Ce montant sera suffisant pour organiser quelques cocktails et colloques dédiés au sujet.

Efficace? Les instances wallonnes y croient en tout cas assez pour prévoir de doubler l’effort en 2020, ce qui permettra d’organiser deux fois plus de colloques. À une autre échelle, la Flandre a libéré, elle, une enveloppe de 32 millions € pour soutenir des projets en matière d’IA.

Dernière illustration: le budget. À partir de 2025, la contribution fédérale au budget wallon diminuera chaque année de 60 millions €. Pas de quoi faire paniquer l’Elysette. Namur a choisi de laisser filer le déficit régional. Il sera temps d’examiner, plus tard, comment rééquilibrer les comptes. En attendant, la dette aura enflé. À Bruxelles, celle de la Fédération Wallonie-Bruxelles pourrait avoir atteint 100% des recettes, si la trajectoire demeure identique. Sur papier, cette situation disqualifierait simplement l’entité d’une admission dans la zone euro…

Les exemples repris ci-dessus illustrent à quel point les dirigeants wallons semblent encore aujourd’hui imperméables au sentiment d’urgence.

Comme dans le passé, les autorités régionales gèrent les grands dossiers à coups de conférences de presse et de promesses à long terme.

Comme dans le passé, les autorités régionales gèrent les grands dossiers à coups de conférences de presse et de promesses à long terme. Elles s’abstiennent de s’engager sur des réalisations tangibles à court terme qui seules permettent pourtant de mesurer l’avancée des choses. Dans la plupart des secteurs, la Belgique francophone mise sur sa bonne étoile plutôt que des feuilles de route détaillées et transparentes.

Les grandes transformations ne se produisent pourtant pas du jour au lendemain, à la veille des grandes échéances. Elles sont le produit de petits pas accomplis chaque jour, dans la bonne direction.

L’Union wallonne des entreprises, en général conciliante avec l’exécutif francophone, a pour une fois montré son agacement vis-à-vis de la placidité de l’exécutif de la Fédération Wallonie-Bruxelles en regard des mauvais résultats Pisa.

"Nous n’avons pas quinze ans devant nous!", a tancé le patron des patrons wallons, cette semaine, critiquant le renvoi facile au seul Pacte d’excellence.

Hasard du calendrier, dans un autre domaine, le gouvernement wallon a annoncé une remise à plat du système wallon d’aides directes aux entreprises. Des centaines de millions € s’évanouissent chaque année dans des plans générateurs d’effets d’aubaine, hérités de politiques passées jamais interrompues. Le gouvernement wallon promet un nettoyage salutaire.

Le maintien de ces dispositifs a pu parfois servir de monnaie d’échange entre les mondes politiques et économiques pour inciter les seconds à masquer leur impatience. Si le sentiment d’urgence n’atteint pas les décideurs politiques, peut-être la parole des acteurs du monde socio-économique va-t-elle enfin se libérer davantage, pour exiger des politiques plus efficaces, transparentes et inscrites sur des résultats visibles rapidement. Ce serait heureux. Et urgent!.

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