Lanceur d'alerte et délation

©Photo News

L’écrivain italien Erri de Luca a écrit d’admirables petits ouvrages.

Erri de Luca a commencé sa vie comme ouvrier non qualifié. Il s’est engagé dans l’action politique révolutionnaire en devenant, en 1969, un des dirigeants du mouvement Lotta Continua. Il est maintenant un écrivain célèbre, tout en restant un homme politiquement engagé.

Lisez de lui "La parole contraire" qui relate ce qui lui est arrivé après une interview dans laquelle il a incité "à saboter et à dégrader le chantier TAV Lyon Tunnel Ferroviaire" dans le Val de Suse entre l’Italie et la France et dont le percement dégage des doses importantes de poussière d’amiante. En février 2014, écrit-il, "des agents de la Digos (Division investigations générale et opérations spéciales en Italie) se présentent le soir à mon domicile et me remettent un exemplaire de ma mise en examen… Me voici poursuivi en justice. Si je suis condamné, la peine pourra aller de un à cinq ans… J’ai exprimé mon opinion et on veut me condamner pour ça."

"Il ne faut pas laisser aux seules forces de l’ordre la responsabilité. Elle doit être partagée par le rez-de-chaussée de la société, comme une lance d’alerte".

Le 19 octobre 2015, le parquet italien demande qu’il soit condamné à huit mois de prison ferme, mais il est relaxé. Heureusement pour la liberté de parole.

Est-ce le même homme qui, le 15 novembre 2015 à la suite des horribles meurtres survenus à Paris déclare à Libération 1: "Il est quasi impossible d’arrêter des auteurs d’attentats suicide avant. Mais les gens qui vivent autour de ces assassins se sont parfois aperçus de quelque chose et ont préféré se taire. Il faut une grande mobilisation de cette responsabilité civile avec la garantie que les forces de l’ordre créeront un réseau pour exploiter les informations qui remontent. Au niveau du terrain, on peut parvenir à prévenir les attaques. Au moment où elles sont déclarées, on les subit. Il ne faut pas laisser aux seules forces de l’ordre la responsabilité. Elle doit être partagée par le rez-de-chaussée de la société, comme une lance d’alerte. La militarisation totale n’est même pas efficace."

©Photo News

"Si on ne fait que de la sécurisation militaire, on va aller tout droit dans les bras de l’extrême droite. Il faut une organisation populaire par quartier. Un réseau qui s’organise pour faire de la résistance d’en bas, des quartiers, est à la portée d’un président de gauche. Sinon, il y aura une solution de droite. Aujourd’hui, il faut combattre la peur avec le courage et non par un accroissement de la peur."

Je suivais avec bonheur les incitations au sabotage d’Erri de Luca. Mais faut-il comprendre cette dernière déclaration comme un appel à la délation des individus qui auraient un air louche? Erri de Luca aurait-il oublié l’Allemagne sous Hitler, la Russie sous Staline, la Chine sous Mao et l’Allemagne de l’Est avant la chute du mur?

Victor Ginsburgh ULB (Ecares) - UCL (CORE)

(1) Erri de Luca: "Il faut lancer l’alerte au niveau zéro de la société", Frederique Roussel, Liberation, 15/11/2015.

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés