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Le Brexit s'est trouvé un virulent avocat belge

Frédéric Rohart

Rendez-vous est pris le 21 avril 2026 : à cette date, prédit Marc Roche, "Elisabeth II fêtera sans doute ses 100 ans dans son royaume régénéré, confiant en lui-même et prospère". Le journaliste belge - citoyen britannique depuis ce 2 octobre -, a raison de s'armer d'une locution conditionnelle : à parier sur la durée de vie des gens, on n’est jamais trop prudent. Mais il ne prend pas cette précaution pour affirmer, en titre de son dernier ouvrage, que "le Brexit va réussir". L’assertion n’a rien d’une boutade, et Marc Roche donne un gage de sa conviction : après avoir pronostiqué comme beaucoup une victoire du "Remain" au référendum de 2016, il n'a "nulle envie de [se] tromper une deuxième fois".

Les Britanniques vont rebondir, écrit-il en substance, et leur victoire sur l'Europe apparaîtra aussi éclatante que le carrosse d’Elisabeth II. La monarque sert de fil rouge au livre : elle régnait bien avant l’entrée du royaume dans l'Union, elle conduit à présent ses sujets vers le grand large. Pour le meilleur ? Le voyage demande des sacrifices, mais à terme, il va permettre au pays de se forger un destin "plus planétaire" et "plus ouvert", plus adapté aux défis du temps, estime l’auteur.

Le Royaume-Uni "va pouvoir devenir un Etat-voyou, sans contrainte ni entrave" en matière fiscale.
Marc Roche
Journaliste

Le Royaume-Uni va garder ses atouts : sa langue et son "soft power" médiatique, ses puissantes universités, des services de renseignements dont l’Union restera dépendante...

Libre de signer ses accords commerciaux, il pourra offrir de meilleures conditions à ses partenaires que les autres Européens. Surtout, il "va pouvoir devenir un Etat-voyou, sans contrainte ni entrave" en matière fiscale : la City, déjà au coeur de la toile financière mondiale, deviendra le nouveau sanctuaire mondial du shadow banking, prévient l’essayiste. Enfin, quoi qu’on en pense, la "culture darwinienne" britannique sera un grand atout, estime Marc Roche : pour gonfler ses voiles, le pays va déréguler son marché du travail, contracter ses dépenses sociales et devenir plus inégalitaire qu’il ne l’est déjà.

Ainsi l’Angleterre de l’après-Brexit sera-t-elle agile et combative comme une goélette pirate. Et sa victoire sur le lourd navire marchand qu’est l’UE sera d’autant plus retentissante que ce dernier finira par importer "des pans entiers du modèle" anglais, prédit l’essayiste.

L’avenir dira si le Royaume-Uni sera capable de s’accorder sur le cap que décrit l’auteur : s’il parviendra à se construire contre l’Union voisine et contre les aspirations sociales de sa population. (La progression du parti travailliste dans les sondages est l’une des absentes du raisonnement.) En attendant, le propos est parasité par une rhétorique parfois belliqueuse et europhobe. Ainsi est-on déconcerté de lire que "Bruxelles a violé (sic) l'ADN de la démocratie britannique en accaparant des pouvoirs de Westminster" - la démocratie britannique avait pourtant librement choisi d’adhérer à la construction d’une Union "sans cesse plus étroite" entre les peuples européens.

On est aussi dérouté de lire que l'Union aurait au cours de la négociation du Brexit "imposé" à Londres "une capitulation sans condition, une humiliation pour une puissance qui pouvait se targuer d'avoir vaincu l'Invincible Armada, Napoléon et Hitler". Propos que ne renierait sans doute pas l’actuel ministre des Affaires étrangères britannique Jeremy Hunt, qui comparait la semaine dernière l’UE à l’URSS.

F.R.

©doc

Le Brexit va réussir, Marc Roche, Albin Michel, 240 p. 18,50 €.

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