Le cauchemar qui hantera bientôt nos jours

L’extraction sur les champs pétrolifères et la production de différents types de carburant dans des raffineries sont responsables du tiers de la production de ces gaz à effet de serre responsables du réchauffement climatique. ©REUTERS

Réveillons-nous, secouons nos (très mauvaises) habitudes, si nous voulons que nos enfants, nos petits-enfants, et les enfants de ceux-ci vivent : pas étonnant qu’ils soient bien plus conscients que nous du danger, mais ils n’ont hélas ni le droit de voter, ni d’être nommé ministre !

La presse nous a appris un jour que 5.000 scientifiques avaient signé une pétition appelant à décréter l’état d’urgence en raison de la catastrophe environnementale, non pas qui s’annoncerait, mais qui est en cours, et dont l’enjeu n’est rien moins que l’extinction du genre humain. Le même jour, un million de personnes avaient défilé dans le monde pour attirer l’attention sur la menace.

Ce mois-ci, ce sont 10.000 scientifiques, et 10 millions de manifestants, et nul ne serait surpris si le mois prochain, c’étaient 100.000 scientifiques signant au bas de la pétition, et 100 millions de manifestants dans les rues.

Que se passera-t-il quand ce seront 1 million de scientifiques signataires, et 1 milliard de personnes défilant en cortège?

Probablement rien de plus hélas que ce que nous observons aujourd’hui: l’un ou l’autre gouvernement prendra des mesures qui, si elles étaient tout d’abord votées et si ensuite leurs décrets d’application étaient ensuite signés, promettent — sans aucune pénalité bien entendu en cas de non-respect des promesses ("À l’impossible, nul n’est tenu!", n’est-ce pas) — que des efforts seront faits, d’ici… 2050 pour réduire la consommation de tel ou tel produit.

Pourquoi pas en 2300 ou en l’an 4000?

En "2050"? Pourquoi pas en 2300? Ou en l’an 4000 tant que nous y sommes? Comme si le mot "urgence" était dénué de toute signification.

Pendant ce temps-là, nous, citoyens ordinaires faisons le serment de ne plus manger de viande tous les jours (car les gaz de fermentation produits par la rumination accélèrent le réchauffement, sans compter la dévastation de la forêt amazonienne pour produire le tourteau de soja qui alimentera le bétail).

Nous promettons aussi de faire davantage attention au moment de mettre telle ordure dans la poubelle, que ce soit celle à couvercle jaune plutôt qu’à couvercle noir, et de réduire notre temps passé sous la douche de 3 minutes à 2 minutes seulement.

Ces changements dans les petits gestes de la vie quotidienne partent d’un bon sentiment, mais sont à situer dans le cadre que révèle une enquête dans The Guardian *, à savoir que l’extraction sur les champs pétrolifères et la production de différents types de carburant dans des raffineries sont responsables du tiers de la production de ces gaz à effet de serre responsables du réchauffement climatique qui menace notre existence même.

Aux dommages irréparables que produit cette industrie pétrolière, nous ne sommes pour rien en tant qu’individus isolés, mais nous en sommes les coupables en tant que complices distraits d’un mode de vie qui, étant bien pratique et confortable, nous satisfait entièrement par ailleurs.

Quelqu’un, quelque part

Comment envisageons-nous l’avenir ? Nous espérons, à notre habitude, que « quelqu’un quelque part », conscient de l’ampleur de la catastrophe se profilant à l’horizon, aura pris les « mesures qui conviennent ».

Comment envisageons-nous l’avenir? Nous espérons, à notre habitude, que "quelqu’un quelque part", conscient de l’ampleur de la catastrophe se profilant à l’horizon, aura pris les "mesures qui conviennent". Mais, bien sûr, pas plus que précédemment dans l’Histoire, ce "quelqu’un quelque part" n’existe vraiment: c’est notre imagination seule qui a conçu le fantasme de ce "quelqu’un" bienveillant, à l’instar de Saint-Nicolas, qui nous permet de continuer de fermer l’œil la nuit.

Comme l’enfant qui a dit: "L’empereur est tout nu!" dans le conte de Hans Christian Andersen, une enfant suédoise a dit: "Nous ne faisons rien! Comment osez-vous? Vous avez volé mes rêves et mon enfance!" Ce que le conte ne révèle pas, c’est combien de "braves gens" dans la foule ont dit alors: "Cette enfant ne comprend rien aux choses sérieuses. D’ailleurs elle est autiste: elle souffre du syndrome d’Asperger! Ses parents auraient dû la garder à la maison!".

Il ne suffit pas que nous "déclarions l’état d’urgence" pour le genre humain, à grand renfort d’effets de manches, de roulements de tambour et de sonneries de trompettes, il faut aussi que nous émergions de notre torpeur, et prenions enfin conscience de l’ampleur de la menace planant sur nous.

Car il ne s’agit pas d’une plaisanterie: tous les voyants sont au rouge, toutes les sirènes hurlent, le tocsin sonne dans chaque ville, dans chaque village.

Réveillons-nous, secouons nos (très mauvaises) habitudes, si nous voulons que nos enfants, nos petits-enfants, et les enfants de ceux-ci vivent: pas étonnant qu’ils soient bien plus conscients que nous du danger, mais ils n’ont hélas ni le droit de voter, ni d’être nommé ministre!

Le cauchemar est là, il hante déjà nos nuits, il envahira bientôt nos journées.

* The Guardian " Revealed: the 20 firms behind a third of all carbon emissions "par Matthew Taylor et Jonathan Watts, le 9 octobre 2019

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