carte blanche

Le combat exemplaire du peuple sahraoui

Confronté à l’inaction des Nations Unies et vivant sous occupation marocaine, les Sahraouis ont repris le combat, non pas celui des armes mais celui pour l’application et le respect strict de ses droits fondamentaux et pour la protection de ses riches ressources naturelles.

Par Pierre Galand
Président de la Conférence Européenne de Coordination du Soutien au peuple Sahraoui (EUCOCO),
Président de l’Association pour les Nations Unies en Belgique francophone (APNU) et ancien Sénateur belge

Beaucoup ignorent en Europe l’existence même du peuple sahraoui et pourtant il s’agit de la dernière colonie d’Afrique.

Le Sahara occidental a été abandonné par l’Espagne en 1975 peu de temps après la mort de Franco. Celle-ci partagea à la va-vite sa colonie entre le Maroc et la Mauritanie et ce en dépit des résolutions de l’ONU lui demandant de procéder à la décolonisation du territoire et un avis très circonstancié de la Cour internationale de Justice de la Haye concluant que ni le Maroc ni la Mauritanie n’avaient un droit quelconque sur le Sahara Occidental qualifié de "territoire non autonome".

Peu nombreux mais déterminé, le peuple sahraoui représenté par le Front Polisario engagea une lutte de libération nationale héroïque: David contre Goliath.

©AFP

En 1990, le Front Polisario accepta de déposer les armes et confia son destin au Conseil de Sécurité des Nations Unies. La mission des Nations Unies pour le référendum au Sahara Occidental se déploie alors sur le territoire.

25 ans plus tard, confronté à l’inaction des Nations Unies et vivant sous occupation marocaine (80.000 soldats et 300.000 colons marocains occupent le territoire), les Sahraouis ont repris le combat, non pas celui des armes mais celui pour l’application et le respect strict de ses droits fondamentaux et pour la protection de ses riches ressources naturelles.

Avec l’appui de l’Union Africaine qui a reconnu de longue date la République Arabe Sahraouie Démocratique proclamée par le Front Polisario, les Sahraouis se sont adressés récemment à la Cour de Justice Européenne à Luxembourg.

Malgré les pressions et multiples chantages exercés par le Maroc, la Cour, en toute indépendance, a pris par deux fois des arrêts qui précisent que le territoire du Sahara Occidental est bien distinct de celui du Maroc et que les produits en provenance du territoire sahraoui occupé, exportés par le Maroc vers l’UE, ne peuvent en aucun cas bénéficier des avantages octroyés par l’UE au Maroc dans le cadre de leurs accords de partenariat.

Fureur des Marocains et gros embarras des Européens car depuis des années, ils ont signé des accords de pêche incluant les eaux très poissonneuses du Sahara Occidental. Or, ces accords arrivent à leur terme au mois de juillet 2018.

La lutte des Sahraouis se poursuit toujours avec les instruments du droit.

Une nouvelle négociation s’engagera alors et comme la majeure partie des poissons provient du Sahara Occidental la question se posera de savoir avec qui négocier? Et la lutte des Sahraouis se poursuit toujours avec les instruments du droit. C’est ainsi qu’en février un tribunal sud-africain a ordonné la saisie d’une importante cargaison de phosphates transportés sous licence marocaine et dont il s’avère qu’elle provient du territoire sahraoui.

La Haute Cour sud-africaine a lancé un signal fort visant à protéger les ressources du Sahara occidental en jugeant que les bénéfices de cette transaction commerciale revenaient aux autorités sahraouies représentées par le Front Polisario.

Ce jugement est important car il fait écho aux arrêts de la Cour de justice européenne et on peut dès à présent alerter la firme belge Prayon qui importe énormément de phosphate labellisé Maroc.

Il lui appartiendra à l’avenir de s’assurer de la provenance exacte des phosphates importés sous peine de se voir attaquer par les vrais propriétaires de cette ressource rare: le peuple sahraoui.

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