Le complotisme n'a pas fini de prospèrer

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La pensée complotiste apparaît comme la manifestation de l’ignorance, ou plutôt du " refus de savoir ", mais est aussi devenue une fonction de rejet de l’ordre établi, analyse le quotidien candadien Le Devoir.

Ces dernières années, une nouvelle forme dévoyée de scepticisme a envahi l’espace public, nourrie par les médias traditionnels et véhiculée par les médias sociaux : le complotisme.

La pensée complotiste semble taillée sur mesure pour notre époque ; si elle apparaît à certains comme la manifestation de l’ignorance, ou plutôt du " refus de savoir " d’un groupe social précis, elle remplit cependant une certaine fonction de rejet de l’ordre établi.

Le complotisme apparaît ainsi comme la soupape par laquelle s’évacue de manière chaotique le besoin de dissension et de critiquer.

De fait, quelle différence réelle existe-t-il après tout entre le complotiste et celui qui affirme que les injustices véhiculées par notre système ne sont pas un dysfonctionnement, mais font partie intégrante de sa construction ?Reste-t-il aujourd’hui une seule raison de croire à l’existence du " gentil pouvoir " en quête de l’intérêt commun ?

Notre époque est une époque de confusion généralisée : il est très difficile, en essuyant les assauts constants d’un flux d’information souvent contradictoire, de se faire un avis réfléchi et éclairé sur des questions pourtant fondamentales. L’analyse nuancée et approfondie du système ainsi que la compréhension en détail des enjeux du monde contemporain sont complexes et mènent souvent à des conclusions dérangeantes ; la " théorie du complot " est d’une facilité rassurante. La tentation la plus naturelle du travailleur épuisé, de l’électeur suroccupé, peut être de chercher une solution facile, une réponse universelle expliquant tous les dysfonctionnements du système.

Nous adoptons souvent des croyances en raison de leur intérêt pragmatique immédiat, plutôt qu’en raison de leur valeur intrinsèque, de leur vérité. Qu’y a-t-il de plus utile qu’une explication "one size fits all" prétendant débusquer un ennemi caché qui corrompt tout ce qui devrait fonctionner ? De ce point de vue, la " théorie du complot " est le corrélat de notre conception étrangement monarchique du pouvoir, qui nous pousse, même en démocratie, à chercher un dirigeant " fort ", seul capable de résoudre tous les problèmes de la société.

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