analyse

Le coronavirus, cet incroyable vecteur d'incertitude

Nul doute que l'économie américaine sera affectée par l'épidémie de coronavirus. Dans quelle mesure ? Goldman Sachs a averti que les entreprises américaines verraient leurs profits stagner en 2020. ©AFP

L’épidémie de coronavirus constitue un choc exogène non-économique et non-financier particulièrement compliqué à gérer tant elle est un vecteur d'incertitude sans précédent.

La crise du coronavirus qui ne cesse de s’étendre depuis deux mois est en train de provoquer une psychose mondiale. Au 1er mars, l’épidémie avait touché plus de 86.000 personnes dans une soixantaine de pays et provoqué près de 3000 morts. Elle semblait cantonnée à la Chine mais d’autres foyers émergent en Italie, en France, en Iran et en Corée du Sud. Après plusieurs semaines de calme relatif, l’affolement a gagné les marchés financiers puisque les indices Dow Jones, Dax30, Bel20, CAC40, FTSE 100 et FTSE MIB ont perdu entre 11% et 14,5% durant la semaine du 24 février.

Norbert Gaillard

Economiste et consultant indépendant

 

Seuls les chercheurs en médecine sont capables de se prononcer sur l’évolution de cette crise sanitaire. En revanche, il est d’ores et déjà possible d’analyser son impact économique et politique. Cette épidémie du coronavirus apparaît en fait comme un vecteur d’incertitude (plus que de risque) sans précédent.

Les incertitudes sont nombreuses et de plusieurs ordres. Commençons par la maladie elle-même. La connaissance que l’on a du coronavirus est encore très incomplète. Sa dangerosité est avérée mais aurait été sous-estimée. À l’heure actuelle, le coronavirus a été moins meurtrier que le virus Ebola qui a ébranlé la Guinée, le Liberia, la Sierra Leone et quelques autres pays d’Afrique sub-saharienne en 2013-2016 mais il touche des zones géographiques beaucoup plus peuplées et plus importantes économiquement. Le processus de propagation est lui-même troublant. Après avoir cru pendant un mois que cette épidémie était un phénomène exclusivement chinois, les pays occidentaux ont vu le nombre de cas de contaminations sur leur propre sol augmenter significativement à partir du weekend des 22 et 23 février.

Remèdes traditionnels

C’est seulement à partir de ce moment-là que les grands investisseurs réagissent. Pourtant, l’Empire du Milieu fait partie des cinq premiers récipiendaires d’investissements étrangers et joue un rôle crucial dans les chaînes de valeurs globales de nombreuses entreprises multinationales. Dès la fin janvier, il était clair que le coronavirus en Chine allait entraîner un choc d’offre ; celui-ci était difficile à évaluer mais il demeurait indiscutable. Il aura fallu attendre la propagation de la crise sanitaire à l’Italie et à la Corée du Sud pour que les marchés s’ajustent brutalement.

Une autre dimension de la grande incertitude qui nous envahit tient au caractère exogène, non-financier et non-économique de la crise du coronavirus. Les remèdes " traditionnels " que sont une politique monétaire accommodante et une relance budgétaire seront d’une efficacité limitée compte tenu des taux d’intérêt déjà très bas et des dettes publiques élevées, aussi bien en Europe qu’aux États-Unis.

La déclaration de Wilbur Ross, Secrétaire au Commerce américain, est édifiante. Il considère en effet que l’épidémie devrait permettre d’accélérer la relocalisation des emplois industriels de la Chine vers les Etats-Unis.

La propagation du coronavirus aux pays développés laisse craindre un double choc d’offre et de demande très complexe à étudier car l’on peine à mesurer l’interdépendance des économies. Les agences de notation ont mis en avant le pourcentage élevé des exportations des États du Golfe destinées à la Chine pour souligner leur dépendance à l’égard de Pékin. Goldman Sachs a averti que les entreprises américaines verraient leurs profits stagner en 2020. Nul doute que les secteurs du tourisme et du transport aérien seront particulièrement affectés. Les indicateurs les plus alarmants sont sans doute ceux qui, comme l’US Manufacturing PMI du mois de février, signalaient un net ralentissement de l’activité avant même l’aggravation de la crise du coronavirus.

"Signe du destin"

Mais l’incertitude a encore une autre dimension, éminemment politique. Je fais ici référence aux discours politiques qui font de la crise actuelle un " signe du destin " (argument repris par certains populistes et xénophobes) ou un catalyseur susceptible d’enclencher un processus de déglobalisation. À cet égard, la déclaration de Wilbur Ross, Secrétaire au Commerce américain, est édifiante. Il considère en effet que l’épidémie devrait permettre d’accélérer la relocalisation des emplois industriels de la Chine (et plus globalement des économies émergentes) vers les États-Unis, suggérant donc que 1) les emplois délocalisés dans des pays à revenu intermédiaire et ceux relocalisables dans un pays à haut revenu sont parfaitement substituables à court ou moyen terme ; 2) les effets sur la structure de coûts des entreprises seront négligeables et 3) la Chine est un simple atelier géant dépourvu de toute R&D !

L’épidémie de coronavirus constitue un choc exogène non-économique et non-financier compliqué à gérer qui préfigure d’autres crises potentielles du même type, telles que la menace technologique (cyberattaque mondiale massive par exemple) et le changement climatique. Plus que jamais, ce sont la transparence et la coopération internationale qui permettront de relever ces défis.

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