chronique

Le coronavirus, une expérimentation sociale disruptive

Un récent article de Sylviane Delcuve dans l’Écho suggérait à juste titre que le coronavirus aller s’inviter dans les curriculums des étudiants en économie. Il est fort à parier que le sujet s’invitera également dans les manuels des étudiants en sciences sociales et pourquoi pas en philosophie.

Claire Munck

CEO et administrateur délégué du réseau Be Angels

 

Comment gère-t-on le confinement et la quasi-interdiction des contacts humains? De manière surprenante, l’une des premières réactions au confinement des personnes auxquelles je parle, après l’angoisse inévitable créée par la situation inédite et alarmante, s’apparente à du soulagement. L’image la plus simple qui me vient à l’esprit serait de se dire qu’un gros grain de sable est venu perturber le fonctionnement de la roue de hamster dans laquelle la plupart d’entre nous sont occupés à courir. Ou alors que lorsqu’on était au maximum de vitesse dans une voiture la nuit, les fenêtres ouvertes et la musique à fond pour rester éveillés, on nous enlève les 4 roues en même temps.

Une pause, radicale. Pas de compromis, pas de temps d’adaptation. Pas de timing prévu, la roue libre quoi. Au début on se surprend à prendre le temps d’écouter le cui-cui des oiseaux; à repérer les bourgeons des fleurs qui annoncent le printemps. On sourit à ses proches en se disant qu’on va en profiter pour trouver le temps de se parler calmement, de tout, de rien.

Plus besoin de se lever aux aurores le week-end pour les activités des enfants ni pour le bus scolaire. On va enfin arrêter d’être en apnée! Et puis la réalité du confinement et de la réorganisation nous rattrape.

"L’image la plus simple qui me vient à l’esprit serait de se dire qu’un gros grain de sable est venu perturber le fonctionnement de la roue de hamster dans laquelle la plupart d’entre nous sont occupés à courir."

Au niveau professionnel tout d’abord, on constate que beaucoup de choses peuvent fonctionner sans se voir, pour autant qu’on soit dans le domaine des services. Les emails ne cessent pas mais augmentent plutôt, et zoom devient notre meilleur ami toute la journée pour continuer à faire avancer la roue. Oui, toute la journée puisque tout le monde se dit que chacun étant chez soi on peut faire suivre un email d’une demande de call c’est plus rigolo de se voir. Et puis comme ça on vérifie qui ose faire ses calls en robe de chambre ou en pyjama et confond confinement et désengagement.

Le coronavirus c’est le test ultime du teleworking et de la capacité des managers à accepter que tant que le travail est fait, s’il est effectué en robe de chambre cela ne change rien au sérieux de ce dernier. Par ailleurs la fermeture des écoles invite des nouveaux participants dans nos précieux calls – c’est justement quand il ne faut pas que nos garnements vont décider de se battre, demander la télécommande, tripatouiller les fils… Ils ont besoin d’attention. Mais on a tous les mêmes problèmes, donc on en rigole et on rencontre les familles des collègues virtuellement.

La tension commence à monter tout document dans notre espace confiné alors que chacun doit jongler entre le travail, la gestion des enfants, le suivi de leurs devoirs. Sans oublier que vu que tout le monde est confiné il faut aussi faire à manger, nettoyer, faire le linge, etc. On constate des ruptures de knackis dans les rayons. La tension monte encore d’un cran! Ça va durer longtemps cette affaire? Apparemment oui. On va donc devoir réapprendre à s’organiser en famille. À respecter les temps d’activité et l’espace vital de chacun. À mobiliser les troupes pour que confinement ne rime pas avec champ de bataille au domicile.

Se supporter, se soutenir

On avait oublié déjà ce que c’était de se retrouver en famille, contraint de se supporter et se soutenir pendant une période indéterminée, sans échappatoire. Quel bonheur, on en rêvait pourtant, non? Maintenant qu’on y est, il faut trouver la recette du bien-être familial et de l’équilibre avec la vie professionnelle.

Au-delà de ces petites frustrations du quotidien, on retrouve des sentiments plus nobles, comme la sollicitude. Prendre des nouvelles des ainés, des amis, des aimés. Comme fait-on pour dire qu’on aime quand on ne peut pas prendre dans les bras, embrasser? La chaleur humaine, le contact, est aujourd’hui une des façons de rester connectés à son monde autrement que via son mobile. On continue à se liker via Facebook et on s’embrasse par GIF sur whatsapp parce qu’on ne peut pas vivre sans montrer notre affection.

Se rappellera-t-on dans quelques années pourquoi on ne fait plus la bise mais qu’on se donne des coups de pied, et pourquoi on éternue en faisant des dabs? Nous sommes devenus des rats de laboratoire pour tester le vivre ensemble.

 

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