Le coronavirus va accélérer la transformation numérique de la Chine

Là où le coronavirus sévit en Chine, seuls des coursiers vont encore livrer à domicile les différents achats réalisés en ligne.

Le coronavirus pourrait avoir comme conséquence de renforcer les compétences digitales de la Chine.

Le coronavirus affectera-t-il l'économie chinoise en 2020 ? Sans doute mais prenons le SRAS à titre de comparaison. À l'époque du SRAS, en 2003, le niveau du PIB de la Chine était de 12 milliards de yuans. Aujourd'hui, 17 ans plus tard, ce niveau atteint les 100 milliards de yuans.

Eric Van Vaerenbergh

Chef d'entreprises et chargé de cours à l'école centrale des Arts et Métiers (ECAM)

Sur cette base, la Chine reste convaincue qu’en 2020, quelle que soit la façon dont l’épidémie se développe, l'impact sur son économie restera contenu. À la lecture de différents économistes chinois, on pourrait même conclure que le coronavirus accélérera la transformation de l'économie chinoise vers le digital. Plusieurs phénomènes sont à l'oeuvre en ce sens.

1 : "achats en ligne" vs "achats hors ligne"

Avec le SRAS, tout le monde avait peur de sortir de chez soi. À l'époque, en 2004, Liu Qiangdong, le fondateur et dirigeant de JD.com, la seconde plate-forme de commerce électronique après Alibaba, avait fermé ses magasins physiques de Zhongguancun à Pékin. Aujourd'hui,  avec le coronavirus, le même phénomène est à nouveau observable et de nombreux magasins sont désertés. Seuls des coursiers vont encore livrer à domicile les différents achats réalisés en ligne. Le coronavirus va augmenter les achats et les paiements en ligne, y compris la vente de produits frais.

2 : "magasins virtuels" vs "magasins physiques traditionnels"

À l'avenir, et c'est une autre tendance à l'oeuvre, les magasins physiques traditionnels perdront leurs sens. Ils ne seront plus axés sur la "vente de produits" mais plutôt sur "des offres d'expériences les plus fantastiques possible".

3 : "clients en ligne" vs "clients conventionnels"

Les méthodes traditionnelles d'acquisition de clients deviennent obsolètes et de plus en plus coûteuses. En pleine épidémie, de nombreuses entreprises réalisent désormais l'importance d'être capable "d'acquérir des clients en ligne".

4 : "l’éducation en ligne" vs "éducation traditionnelle"

Avec le coronavirus, de nombreuses personnes s’habituent à étudier à domicile. Ce phénomène force les institutions traditionnelles d'apprentissage à accélérer la transition éducative. Tout comme internet a changé le mode de distribution des produits, il a également changé le mode de distribution des connaissances. Les avantages de l'éducation en ligne sont d'ores et déjà considérés par le gouvernement chinois comme un pilier majeur pour accélérer l'éducation de leurs citoyens.

5 : "bureau traditionnel" vs "bureau en ligne"

Si l’épidémie perdure, cela augmentera le travail à domicile et favorisera l'essor du travail individuel et collaboratif en ligne.
.
.

Si l’épidémie perdure, cela augmentera le recours au travail à domicile et favorisera l'essor du travail individuel et collaboratif en ligne. La Chine prévoit d'ailleurs à cet égard un effondrement du marché de la location de bureaux à partir de cette année de même qu'une augmentation de la popularité des logiciels de collaboration en ligne ainsi que des ventes en ligne de bureau traditionnel à usage individuel.

6 : "gratuit" vs "payant"

Dans ce contexte épidémique, les citoyens chinois abandonnent le théâtre et le cinéma et passent à la visualisation gratuite en ligne. Le modèle chinois étant en pleine réflexion à ce sujet, il est fort probable que les modèles à venir reposeront de plus en plus sur des services numériques d'arrière-plan.

7 : "villes intelligentes" vs "villes traditionnelles"

Face à l'épidémie, la ville de Wuhan avait été fermée durant le Nouvel An chinois. C'est évidemment un événement très rare dans l'histoire de la Chine.

Pour contenir la propagation du virus, il aurait fallu idéalement que la situation sanitaire de chaque citoyen, à Wuhan, soit connue. De cette façon, tout le monde aurait pu être suivi et localisé afin de permettre des actions de prévention plus ordonnées. En s'appuyant sur les atouts des "villes intelligentes", la Chine aurait à l'évidence la possibilité de disposer de davantage de moyens de gouvernance scientifique, d'optimiser la gestion des ressources médicales, la gestion du trafic, la chaîne d'approvisionnement logistique, la gestion en urgence des sinistres, la transmission des informations, de même que la gestion des robots infirmiers susceptibles de se rendre dans des zones contaminées. Ces "villes intelligentes" seraient gérées avec l'aide du big data et pourraient même prévenir des catastrophes grâce à l'intelligence artificielle. À la suite de cette épidémie, la Chine va certainement accélérer le développement de ces "villes intelligentes".

2020 est l'année du rat, et le rat se classe le premier dans les 12 signes du zodiaque. Les Chinois l’interprètent comme un nouvel événement historique de l'évolution du pays et espèrent transformer le hasard malheureux de l’épidémie du coronavirus en une opportunité pour son développement futur.

 

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés