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Le Covid booste la prescription électronique de médicaments

Nécessité fait loi: la téléconsultation médicale s’est imposée pendant le confinement du printemps dernier et le reconfinement à l’œuvre depuis ce lundi ne va pas modifier cette tendance.

Les instructions des pouvoirs publics sont claires: si vous pensez être atteint du coronavirus, ne vous précipitez pas à l’hôpital ou chez votre médecin. Vous risquez de contaminer des patients sains dans la salle d’attente si vous êtes porteur ou, à l’inverse, d’attraper un virus que vous n’avez pas en côtoyant une population malade. À la place, il est recommandé d’appeler son médecin ou les services de secours. Ceux-ci font un tri sur la base des informations communiquées par téléphone, fournissant ainsi, le cas échéant, un diagnostic à distance.

Qui dit diagnostic à distance dit, dans certains cas, prescription de médicaments à distance.

Prescription électronique obligatoire

En Belgique, la prescription électronique n’est pas apparue avec le coronavirus. Coïncidence de calendrier, elle est même… obligatoire, sauf cas exceptionnels, depuis le 1er janvier 2020. À ce jour donc, il n’est (en théorie) plus autorisé pour les prescripteurs, qu’il s’agisse des médecins, des dentistes ou des sages-femmes, de délivrer à leurs patients une prescription de médicaments sous forme papier.

Le virus Covid-19, et le développement forcé de la téléconsultation qu’il implique, portent un coup d’accélérateur sensible à un processus de dématérialisation des prescriptions médicales qui peine, depuis plusieurs années, à se déployer pleinement.

À quoi sert donc la prescription-papier que remet encore le médecin?

Pourtant, si vous êtes allé chez le médecin récemment, vous aurez quand même reçu un papier qui, pour le commun des mortels, ressemble comme deux gouttes d’eau à la prescription d’antan.

Pour comprendre ce qui se passe, il faut savoir que la prescription électronique, devenue obligatoire, désigne un système dans lequel le prescripteur (le médecin par exemple) rédige une prescription, cryptée et envoyée dans un système de stockage temporaire de prescriptions créé à cet effet. Ladite prescription ne peut ensuite être décryptée et lue que par les personnes habilitées à l’exécuter (notamment les pharmaciens pour ce qui concerne les prescriptions de médicaments). Le décryptage se fait grâce à un code qui prend la forme d’un code-barres nommé Recip-e ou "RID".

C’est là que le papier que le médecin remet encore à son patient joue un rôle. Ce papier constitue la preuve de la prescription électronique. C’est ce papier imprimé que le patient doit présenter en pharmacie pour obtenir les médicaments prescrits. Ce papier est, en fait, essentiel car il contient le code RID qui permet au pharmacien d’accéder à la prescription inscrite par le médecin dans le programme de prescription électronique et de la décrypter.

Système dual

On a donc un système dual: (1) la prescription est dématérialisée, mais (2) son code de décryptage, ou à tout le moins le moyen de transmission de ce code, ne l’est pas.

À terme, il est envisagé que cette preuve papier disparaisse au profit d’un système qui permettra au patient de se rendre en pharmacie et de renseigner son code RID grâce à sa carte d’identité. La dématérialisation de la prescription médicale n’est donc, à ce jour, qu’à mi-chemin.

Le virus Covid-19 accélère les choses

On se souviendra que l’objectif de la téléconsultation médicale est d’éviter autant que possible les contacts rapprochés interpersonnels et la manipulation de documents touchés par les mains de plusieurs personnes. À quoi sert-il donc de tout dématérialiser si, au bout du compte, un contact entre le médecin et son patient est malgré tout nécessaire pour transmettre le code RID sur papier et le remettre ensuite au pharmacien?

Pour résoudre, au moins le temps de l’épidémie, cette équation, l’arrêté royal n° 21 du 14 mai 2020 allège le processus en permettant une transmission du code RID par des canaux de communication dématérialisés. Ainsi, désormais, le médecin "qui prescrit un médicament peut, avec l'accord de son patient, ne pas lui remettre la "preuve de prescription électronique" sur papier, pour lui transmettre plutôt le "code RID" de la prescription par un autre moyen de communication (mail, téléphone, Skype, etc.)".

La décision a, de toute évidence, été prise dans l’urgence pour répondre à une nécessité, celle de limiter la propagation du Covid-19, et certaines questions importantes restent en suspens (au niveau de la sécurité de la transmission du code RID par exemple). Mais, il se peut bien que le virus Covid-19, et le développement forcé de la téléconsultation qu’il implique, portent un coup d’accélérateur sensible à un processus de dématérialisation des prescriptions médicales qui peine, depuis plusieurs années, à se déployer pleinement.

Par Etienne Wéry (associé Ulys) et Camille Bourguignon (Ulys).

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