Le cynisme politique et la réforme des taxis bruxellois

Plus de 650 de taxis ont manifesté le mardi 27 mars 2018 dans le but de dénoncer la violation de la législation en vigueur, facilitée par le ministre de la Mobilité, ainsi que la négligence coupable du gouvernement bruxellois, selon Elie Umukunzi. ©Photo News

"Si vous choisissez de manifester, là aussi, je serai gagnant car, après chaque manifestation des taxis, ma popularité monte dans les sondages électoraux." Ce sont les propos que le ministre de la Mobilité bruxellois Pascal Smet tint, en avril 2017, lorsque je le confrontais à la réalité des conséquences néfastes de son plan taxi sur plus de 2.500 familles bruxelloises, mais également sur notre modèle de société.

Elie Umukunzi
Gérant de la société Z.E. Taxi

Il est remarquable de voir comment certains élus prennent des décisions politiques complètement déconnectées de l’intérêt général, dans le seul but de séduire leur électorat!

A plus d’un an des élections régionales, les partis politiques se positionnent déjà, et ceci avec une double conséquence: d’une part, la prise de décisions opportunistes, pour "marquer" à temps les esprits, et d’autre part, un immobilisme dans certains dossiers importants de peur de prendre des décisions, qui malgré leur nécessité, risqueraient de faire polémique à la veille des élections. C’est donc pour marquer ce début de campagne et, à la même occasion, se profiler comme "le politicien le plus visionnaire" et qui "ose dire les choses telles qu’elles sont et agir au-delà des structures politiques traditionnelles pour faire avancer le choses", que Pascal Smet a récemment publié son livre "Pascal Smet, cible mobile".

Suite à la manifestation du 27 mars 2018, Rudi Vervoort a admis publiquement que le modèle social de Uber est «socialement imbuvable» et que la Flandre et la Wallonie octroient des licences à des voitures de Uber pour venir «parasiter» Bruxelles.
Elie Umukunzi

Or, après avoir vainement cherché à faire entendre au ministre Pascal Smet que le plan taxi devait être le résultat d’une concertation avec l’ensemble des acteurs du secteur des taxis, et conscients de l’impact négatif auprès de l’opinion publique que pouvait représenter un mouvement social, plus de 650 de taxis ont manifesté le mardi 27 mars 2018. Le but de cette manifestation était de dénoncer la violation de la législation en vigueur, facilitée par le ministre de la Mobilité, ainsi que la négligence coupable du gouvernement bruxellois, et de lutter pour une réelle concertation dans la modernisation du secteur et pour la défense de notre modèle de société.

Suite à la manifestation du 27 mars 2018, Rudi Vervoort, ministre-président de la Région de Bruxelles-Capitale, a admis publiquement que le modèle social de Uber est "socialement imbuvable" et que la Flandre et la Wallonie octroient des licences à des voitures de Uber pour venir "parasiter" Bruxelles. Pourquoi alors, depuis 2014, un ministre du gouvernement Vervoort continue-t-il de faire cavalier seul? Pourquoi le ministre de la Mobilité continue-t-il d’écarter les structures existantes de concertation et de consultation pour privilégier des "rencontres informelles", individuellement avec certains chauffeurs et des représentants de plateformes telles que Uber, sans être vraiment rappelé à l’ordre?

Alors que les socialistes flamands sont dans l’opposition au niveau fédéral et en Région flamande, il est triste de constater qu’ils ne se montrent pas dignes du fait d’être dans la majorité en Région de Bruxelles-Capitale.
Elie Umukunzi

Les déclarations de Rudi Vervoort m’ont permis de réaliser que le climat d’impunité à Bruxelles est aussi présent au sein de la majorité parlementaire. Il est clair que dans tout autre gouvernement, l’attitude de Pascal Smet, depuis 2014, lui aurait au moins coûté sa place dans le gouvernement. Pourquoi donc, ni son parti, le sp.a, ni le gouvernement bruxellois, n’ont-ils pris aucune mesure qui, au moins, mènerait à rétablir l’intérêt public au premier plan?

Une explication possible réside dans le fait que, pour le sp.a, il semble visiblement très difficile de trouver un candidat capable de reprendre les compétences de Pascal Smet. Triste fait qui témoigne d’une certaine pauvreté intellectuelle au sein du parti. Or, alors que les socialistes flamands sont dans l’opposition au niveau fédéral et en Région flamande, il est triste de constater qu’ils ne se montrent pas dignes du fait d’être dans la majorité en Région de Bruxelles-Capitale. Comment pourront-ils, pour les élections de mai 2019, regagner la confiance de la population aux niveaux fédéral et régional, s’ils ne peuvent pas faire fructifier le minimum de responsabilité exécutive qu’ils ont eu entre 2014 et 2019?

Le gouvernement bruxellois, avec Rudi Vervoort au premier rang, semble n’avoir d’autre choix que d’assister passivement sur son territoire, à des illégalités, non seulement tolérées mais aussi proactivement incitées par un membre de son gouvernement.
Elie Umukunzi

Enfin, étant donné qu’à Bruxelles le gouvernement doit avoir une majorité des deux côtés linguistiques, si le sp.a se rétractait du gouvernement ou que Pascal Smet était obligé de démissionner, il n’y aurait plus de majorité dans le groupe néerlandophone, ce qui nécessiterait un certain courage politique de Vervoort, le PS et les autres partis de la majorité à moins de 14 mois des prochaines élections régionales.

Ainsi, le gouvernement bruxellois, avec Rudi Vervoort au premier rang, semble n’avoir d’autre choix que d’assister passivement sur son territoire, à des illégalités, non seulement tolérées mais aussi proactivement incitées par un membre de son gouvernement.

Au long de ces 6 années d'activité, j’ai pu éprouver les conséquences néfastes de l’immobilisme et l’amateurisme des politiciens et de leurs administrations sur Bruxelles et sa population, et plus largement sur notre modèle de société.
Elie Umukunzi

La parution de cet ouvrage a piqué au vif le chauffeur de taxi que je suis. J’exerce à Bruxelles depuis bientôt six ans et après deux ans de dur labeur, j’ai fondé une société qui emploie actuellement 7 salariés et qui propose des taxis 100% électriques et j’interviens comme formateur au sein de la Direction Taxis, administration publique au sein de Bruxelles Mobilité. Il m’a fallu beaucoup de sacrifices ainsi qu’un investissement aussi bien financier que personnel, pour monter mon entreprise écologique.

Tout au long de ces 6 années, j’ai pu éprouver les conséquences néfastes de l’immobilisme et l’amateurisme des politiciens et de leurs administrations  sur Bruxelles et sa population, et plus largement sur notre modèle de société. Aussi, le citoyen que je suis est plus que frustré de voir des élus prétendre agir au nom et pour l’intérêt général, et en pratique afficher une détermination aveugle au bien commun et des actions axées sur des intérêts privés.

A quand une politique dirigée vers Bruxelles et les bruxellois, et enfin, la fin de ce cynisme politique?

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