Le début de la fin pour les sauts de puces aériens

Ryanair est entré dans le top 10 des entreprises les plus polluantes d’Europe derrière 9 entreprises actives dans le charbon. ©BELGAIMAGE

Favoriser les trajets courts en train dans l’Union européenne, au détriment des vols courts en avion, aurait de multiples effets positifs.

Quentin Lancrenon, Jean Jacobs et Nassim Daoudi
Respectivement Project analyst, consultant et CEO de Greenfish

Le gouvernement va nous interdire de prendre l’avion! Voilà une proposition qui ne ravira pas tout le monde mais qui aura le mérite de réduire notre impact carbone.

Cette proposition est aussi ambitieuse que celle de la deuxième chambre du parlement néerlandais ayant proposé l’interdiction des vols Amsterdam-Bruxelles. Si cette proposition est adoptée, le gouvernement batave, néo-propriétaire à 12,68% d’Air France-KLM, pourrait faire pression sur la compagnie afin de supprimer ses cinq liaisons quotidiennes actuelles.

22%
Emission
Le transport aérien représente aujourd’hui 2% des émissions mondiales de CO2 mais à cause de sa croissance exponentielle, la part de ce secteur pourrait passer à 22% en 2050.

Le transport aérien représente aujourd’hui 2% des émissions mondiales de CO2 mais à cause de sa croissance exponentielle, la part de ce secteur pourrait passer à 22% en 2050. En effet, avec ses 9,9 mégatonnes de gaz à effet de serre émises en 2018, Ryanair est entré dans le top 10 des entreprises les plus polluantes d’Europe derrière 9 entreprises actives dans le charbon.

Face à ce constat, les gouvernements belge et néerlandais, appuyés par la secrétaire d’état à la transition écologique française, ont proposé, lors du sommet européen du 5 mars, de taxer les émissions de CO2 issues du transport aérien ou encore de taxer le kérosène (exempt actuellement de toute imposition). Au fond, en prenant compte de l’urgence de la situation climatique, pourquoi ne pas étendre ces actions ambitieuses?

Certaines liaisons ferroviaires existantes rivalisent déjà avec l’aviation en ce qui concerne le temps de trajet: en Europe, les lignes à grande vitesse comme Londres-Paris, Londres-Manchester, Madrid-Barcelone ou Bruxelles-Londres sont déjà compétitives. Une décision similaire à celle du trajet Amsterdam-Bruxelles pourrait réduire fortement les émissions de carbone.

Par exemple, en supprimant les trajets Bruxelles-Amsterdam et Bruxelles-Londres, un rapide calcul indique que 33.321 tonnes de CO2 pourraient être évitées chaque année.
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Par exemple, en supprimant les trajets Bruxelles-Amsterdam (212 km) et Bruxelles-Londres (372 km), un rapide calcul indique que 33.321 tonnes de CO2 pourraient être évitées chaque année *. Ceci représenterait l’équivalent des émissions de 3,5 COP 21 par an. Imaginez donc l’impact de décisions similaires dans d’autres pays européens…

Bilan peu flatteur du transport ferroviaire

Cependant, afin de proposer des alternatives économiquement viables aux voyageurs, la rénovation des lignes de train devra être prise en compte et son impact financier mesuré.

©AFP

Aujourd’hui, la cour des comptes européenne dresse un bilan peu flatteur des avancées dans le transport ferroviaire à grande vitesse. Les objectifs énumérés par l’Union européenne n’étant pas soutenus par une analyse crédible, le manque de vue à long terme et l’insuffisance de concertations entre les états membres ont déjà conduit à la réalisation de travaux onéreux et inappropriés.

Pour avoir les moyens de ses ambitions climatiques, la Commission européenne doit mettre en place des mesures fortes sur les tronçons ferroviaires stratégiques, au préalable, identifiés par des études solides.

La fortification de ces axes devra s’accompagner d’une harmonisation législative et matérielle sur les réseaux transfrontaliers pour permettre aux opérateurs une utilisation optimale des infrastructures.

Favoriser les trajets courts en train dans l’UE aurait également d’autres effets positifs : diminution des nuisances sonores, créations d’emplois, diminution de la dépendance aux énergies fossiles (kérosène), augmentation de la rentabilité des infrastructures, etc
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Favoriser les trajets courts en train dans l’UE aurait également d’autres effets positifs: diminution des nuisances sonores, créations d’emplois, diminution de la dépendance aux énergies fossiles (kérosène), augmentation de la rentabilité des infrastructures, etc.

Le projet est néanmoins de taille et devra passer par des décisions politiques ambitieuses face au secteur de l’aviation. Ceci pourrait enfin légitimiser des alternatives crédibles, de qualité et compétitives afin de permettre aux voyageurs de constater, sur ces distances, l’évidence du train face à l’avion.

* Sachant que l’émission de CO2 d’un voyageur entre Bruxelles et Amsterdam et entre Bruxelles et Londres est respectivement de 20 kg (vs 1,82 kg en train) et 44 kg (vs 4,2 kg pour le même trajet en train).

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