carte blanche

Le droit de démissionner, sans être pénalisé

Directeur du CEPESS, centre d'études du cdH

Plutôt que de punir l'acte de démission, nous proposons, à l'instar d'Emmanuel Macron qui reprend cette idée dans son programme, de soutenir ceux qui ont le courage de remettre leur emploi en question afin d'en trouver un autre.

Par Antoine de Borman
Directeur du Cepess, centre d'études du cdH

L’assurance chômage a été créée en s’appuyant sur des principes forts. D’une part, la perte d’un emploi entraîne une perte brutale de revenus. Celle-ci est néfaste pour le ménage, mais également pour l’économie qui connaît alors une chute brutale de la consommation. De plus, l’anticipation d’une perte possible de revenus entraîne dès lors une hausse du taux d’épargne des travailleurs, et dès lors la consommation baisse également de manière structurelle.

Préserver le travailleur d’une perte brutale de revenus par l’assurance chômage permet donc également d’assurer une activité économique plus élevée. Suivant ce raisonnement, le niveau de l’allocation de chômage octroyée est lié au niveau de salaire antérieur.

En outre, l’assurance chômage favorise également la fluidité du marché de l’emploi et la préservation des compétences. Sans allocation de chômage, la perte brutale de revenus entraîne la nécessité de retrouver un emploi dans les meilleurs délais. Cette considération prime sur toutes les autres. L’assurance chômage permet d’atténuer cette urgence et de favoriser l’obtention d’un emploi qui réponde non seulement à ses compétences mais également à ses aspirations. L’assurance chômage renforce dès lors la productivité des travailleurs et la performance de l’économie.

©Photo News

Tout mécanisme d’assurance contient des risques d’abus ou de fraude. Pour se prémunir de tels abus, différents dispositifs sont mis en place. La logique à l’œuvre dans le cadre d’une assurance ordinaire n’est certainement pas moins valable dans le cadre de la sécurité sociale.

En matière de chômage, le principal garde-fou est le caractère involontaire du chômage. Le pointage quotidien, puis des contrôles réguliers ont dès lors été mis en place pour vérifier ce caractère involontaire et le comportement de recherche d’emploi. L’autre conséquence est que la démission volontaire de son poste de travail ne donne pas droit à l’obtention d’allocations de chômage.

Plutôt que de punir l’acte de démission, nous proposons, à l’instar d’Emmanuel Macron qui reprend cette idée dans son programme, de soutenir ceux qui ont le courage de remettre leur emploi en question afin d’en trouver un autre.

Si cette logique trouve sa pertinence lorsque la carrière du travailleur est majoritairement liée à un seul employeur, elle l’est beaucoup moins dans le monde mouvant et fluide du marché du travail que l’on connaît de plus en plus aujourd’hui. En particulier, les jeunes générations ne rêvent pas d’être vissées auprès d’une entreprise jusqu’à la fin de leur carrière, mais plutôt d’être des entrepreneurs de leur travail, responsables de leur carrière. Ces gestionnaires de leur vie professionnelle ont à cœur de moduler leur carrière auprès de plusieurs employeurs, en fonction de leurs aspirations et de l’évolution de leurs compétences.

Un acte collectivement condamné

©REUTERS

Le monde des entreprises change également et le renforcement de la mobilité professionnelle est mis en évidence comme une réponse indispensable aux mutations économiques de plus en plus rapides. Trop de travailleurs ne trouvent plus leur satisfaction dans leur emploi mais ne peuvent le quitter parce que démissionner est aujourd’hui un acte collectivement condamné. Si un arrangement à l’amiable avec l’employeur ne peut être trouvé pour que celui-ci procède au licenciement espéré, le travailleur n’a d’autre choix que de se résigner à rester. L’issue prend alors la forme de l’absentéisme, du congé pour cause de maladie, du burn-out ou du bore-out… C’est un jeu où tout le monde est perdant.

Dans ce contexte, il serait archaïque de continuer à considérer la démission volontaire de son poste de travail comme un caprice lié à une insatisfaction momentanée. C’est désormais une action souvent souhaitable pour mieux répondre aux aspirations du travailleur et favoriser une réallocation efficace des ressources et des compétences. Cette meilleure allocation mènera dès lors à une amélioration de la productivité de l’économie.

Plutôt que de punir l’acte de démission, nous proposons, à l’instar d’Emmanuel Macron qui reprend cette idée dans son programme, de soutenir ceux qui ont le courage de remettre leur emploi en question afin d’en trouver un autre dans lequel ils trouveront davantage leur épanouissement et répondront mieux aux exigences de leur employeur, puisqu’il est prouvé qu’un travailleur heureux est plus productif.

Faut-il, dès lors, renoncer au concept même de chômage involontaire? Probablement pas, dès lors que ce concept est particulièrement utile afin d’inciter le travailleur sans emploi à réaliser les démarches nécessaires.

Cette notion pourrait néanmoins être modulée dans le temps: si le chômage peut être volontaire durant les premiers 6 mois (ou en fonction de la période de cotisations comme travailleur), il devient involontaire par la suite. Les mesures d’aide à l’emploi et d’accompagnement ou de formation sont par ailleurs cohérentes par rapport à cette durée.

Le droit de démissionner, sans être pénalisé par la sécurité sociale, est une évolution indispensable pour moderniser notre droit du travail aux réalités économiques actuelles. La fluidité du marché du travail peut donc s’accompagner d’une meilleure protection du travailleur, et donner ainsi un sens pratique à la notion de "flexisécurité" souvent brandie mais trop peu mise en œuvre.

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