carte blanche

Le fédéral se prive de plus de 16 milliards en allongeant la durée de sa dette via une curieuse stratégie

L’augmentation de la durée moyenne de la dette fédérale engendre une perte de plus de 16 milliards d’euros. Le choix d’allonger cette durée, à des taux d’intérêt bien plus élevés que ceux des emprunts à 10 ou 15 ans, via une technique d’adjudication d’obligations en patchwork, pose question. Ce choix est absent du débat politique malgré l’énorme enjeu, sans doute parce que les gouvernements successifs ont accordé une confiance aveugle à l’Agence fédérale de la dette (AFD), qui se targue d’avoir l’un des meilleurs modèles d’échelonnement de dette publique en Europe.

Voici un exemple éclairant de l’étonnante méthode de l’AFD. Lors de l’adjudication d’obligations belges (Olo) du 17/09, quatre Olo ont été utilisées. L’État a emprunté à 0,043% via une Olo arrivant à maturité en 2023 (Olo à 5 ans), à 0,768% via une Olo à 10 ans, à 1,717% via une Olo à 30 ans et à 1,93% via une Olo à 40 ans.

Pendant les 5 prochaines années, la Belgique paiera donc 1,93% via l’Olo à 40 ans, 1,717% via l’Olo à 30 ans et 0,768% via l’Olo à 10 ans au lieu de 0,043% sur le total des 4,038 milliards empruntés à 5 ans. Peut-elle se permettre ce surcoût?

À chaque adjudication, ce patchwork d’Olo se répète, mélangeant maturités classiques (5 à 15 ans) et très longues échéances (20 à 50 ans). L’AFD semble réaliser un allongement de la durée moyenne de la dette à marche forcée en négligeant le coût immédiat pour le budget fédéral. Sans doute pour éluder un débat sur cette politique, l’AFD parle toujours de taux moyens (0,931% en 2017), jamais de taux marginaux (de 0,02% à 2,288% en 2017).

Technique en patchwork

De 1999 à 2011 (ministre des Finances MR), la duration effective de la dette a augmenté de 0,1325 par an (de 3,80 à 5,39 ans). De 2012 à 2017 (ministres des Finances CD & V puis N-VA), la duration a grimpé de 0,4767 par an (de 5,39 à 8,25 ans).

La technique en patchwork a-t-elle été décidée par les ministres concernés alors qu’il existait d’autres modalités techniques, plus raisonnables, évitant de comprimer les dépenses, économisant des milliards d’euros, et s’attaquant enfin à la dette, tout en conservant une protection d’environ 10 ans face à une éventuelle montée des taux?

L’AFD refuse de communiquer l’impact budgétaire de sa méthode. D’après les calculs de votre serviteur (à disposition des personnes intéressées), le surcoût de cette stratégie s’élève à 16 milliards de 2012 à 2023, et même davantage, les surcoûts s’additionnant dans les années suivantes, à cause des Olo coûteuses de très longue durée "camouflées" par le patchwork déjà évoqué.

Ouvrons un débat public sur la politique de refinancement de la dette avant le prochain emprunt, le 19/11. Continuerons-nous à payer très cher une protection si luxueuse contre le risque de taux? Pourquoi ne pas rebaptiser l’AFD en Agence fédérale du désendettement, pour enfin privilégier la diminution de la dette à son embellissement?

Yves Génard

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