chronique

Le grand révélateur

Depuis quelques mois, nous vivons dans un monde différent. Un monde qui teste ses limites dans tous les domaines: santé, économie, relations sociales, éducation, organisation… Toutes les facettes de notre vie quotidienne sont poussées à leurs extrêmes. Les entreprises, gouvernements et individus doivent déployer des merveilles d’imagination pour s’organiser et poursuivre un semblant de vie normale. La nature a mis l’esprit humain au test, et nous en sortirons tous transformés.

Giles Daoust

CEO de Daoust et Title Media

En entreprise, il a fallu gérer une crise inédite. Personne n’était préparé à cela. Il a fallu non seulement suivre des règles difficiles à mettre en œuvre, mais aussi faire appel à son imagination, notamment pour tenter d’anticiper les décisions gouvernementales des différents niveaux de pouvoir, qui se succèdent à vive allure.

Cet exercice fut éprouvant, à tous les échelons des entreprises. Les équipes de direction ont dû se serrer les coudes, chacun contribuant à la mise en place d’une politique de crise cohérente. Les managers ont dû assurer la mise en œuvre pratique de mesures de crise qui n’avaient jamais été testées. Et les collaborateurs ont dû s’adapter et apprendre à trouver leur motivation dans une atmosphère plombée. Et puis il y a ceux et celles qui ont malheureusement été placés en chômage temporaire, qui ont dû trouver eux aussi leur organisation et faire face à une diminution de leurs revenus.

"Qui s’est montré à la hauteur? Qui a joué le jeu? Qui a fait preuve d’inventivité? Qui a fait un effort? Qui a passé son temps à se plaindre?"
Giles Daoust
CEO de Daoust et Title Media

À travers ces épreuves, la crise du coronavirus a été malgré elle un formidable révélateur. Dans l’entreprise, chacun à son niveau a eu besoin de ses collègues, de ses N-1 et de ses N+1 pour faire face aux énormes défis de la crise. Et chacun a pu observer la réaction des autres. Qui s’est montré à la hauteur? Qui a joué le jeu? Qui a fait preuve d’inventivité? Qui a fait un effort? Qui a passé son temps à se plaindre?

"Je ne vous laisserai pas tomber"

Si nous faisons partie du management d’une entreprise, cette période nous en a dit long sur nos équipes. Et il nous appartient de faire quelque chose de cette information précieuse. Je ne parle pas ici de "sanctionner" les personnes qui n’ont pas eu selon nous la bonne attitude. Au contraire, les systèmes répressifs n’ont aucun sens, et il faut par ailleurs garder à l’esprit qu’il y a parfois des situations familiales ou personnelles, qui peuvent rendre cette analyse bancale.

Ce dont je parle ici, c’est de récompenser les personnes qui ont eu un comportement exemplaire pendant la crise. Accorder une évolution de fonction, proposer un nouveau défi, donner plus de responsabilités, ou au contraire permettre une révision des de celles-ci favorisant un meilleur équilibre ou une meilleure organisation. La récompense ne doit pas forcément être financière, surtout en ces temps de crise où peu d’entreprises peuvent se le permettre. Mais tous ces collaborateurs qui ont fait un effort pendant la crise, ont exprimé le même message: " Je suis investi dans ma carrière, je ne vous laisserai pas tomber". Ne laissons pas leur message sans réponse.

Vous me direz, et ceux qui ont été placés en chômage temporaire (un travailleur sur trois en Belgique)? Ils n’ont pas eu, eux, l’occasion de s’illustrer. C’est exact, et c’est une des grandes injustices de cette crise: ce sont principalement les réalités organisationnelles ou financières qui ont décidé de ceux qui resteraient actifs ou non – ce qui a toujours un côté inhumain.

En tant que dirigeants, nous ne pouvons que nous en excuser, remercier ces travailleurs pour leurs efforts et leur compréhension, et les accueillir à nouveau dans l’entreprise dès que possible. Une telle crise est malheureusement un des rares cas où les dirigeants d’entreprises peuvent légitimement dire qu’ils n’ont pas eu le choix. Et nous pouvons être reconnaissants des mesures gouvernementales ayant permis à ces travailleurs de toucher une indemnité convenable. À leur retour, ils auront eux aussi la possibilité de s’illustrer dans la gestion de la reprise des activités, qui s’avère complexe.

Au final, il est extrêmement important d’identifier et de récompenser les collaborateurs qui se sont illustrés positivement à travers la gestion de la crise et de la reprise, une situation inédite qui aura été pour eux un grand révélateur. Ça devient un cliché: il y aura un avant et un après-Coronavirus. L’avenir appartient à ceux qui savent faire, avec courage et intégrité, face à l’adversité. Bienvenue dans le monde de demain.

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