Le jobs deal… une bonne chose pour la population?

Selon Walter Feltrin, syndicats et gouvernement se fichent du jobsdeal, chacun poursuivant ses objectifs propres et qui sont loin des préoccupations de la population. ©Photo News

Fin juillet, le gouvernement s'est mis d'accord sur le jobs deal, mais ce dernier va-t-il vraiment régler les problèmes liés à l'emploi?

Walter Feltrin
Chef d’entreprise Abm-Tecna (Fleurus) et cofondateur du parti Oxygene

D’après la presse, il y a 3 mois seulement, Charles Michel découvre que les entreprises ne trouvent pas la main d’œuvre dont elles ont besoin alors qu’il y a plus de 250.000 demandeurs d’emploi en Wallonie-Bruxelles. Pourtant, la question des postes de travail qui restent vacants, faute de candidats, n’est pas neuve. Les organisations professionnelles interpellent les gouvernements depuis longtemps sur cette problématique sans encore avoir reçu de réponse jusqu’ici.

On peut regretter que ce gouvernement réagisse seulement maintenant alors que la conjoncture est favorable depuis au moins deux ans et demi, ce qui augmente encore plus les difficultés de recrutement dans certains domaines. L’anticipation est le fait de visionnaires et l’équipe qui nous gouverne, comme celles qui l’ont précédée, fonctionne au rythme des élections, donc à courte vue.

Les syndicats sont arcboutés sur la défense des droits acquis et ne veulent pas voir que le monde change.
Walter Feltrin

Quoi qu’il en soit, ce 24 juillet 2018, le gouvernement nous annonce un jobs deal, un pacte pour l’emploi. Rendons-lui hommage pour cela. Ses prédécesseurs n’ont quasi rien fait sur cette question, alors, bravo d’avoir pris des mesures. Les syndicats, eux, montent au front et annoncent qu’ils bloqueront le pays s’ils en ont les moyens! Ils refusent qu’on touche au système. Que ce système laisse 250.000 individus hors du circuit du travail en Wallonie et à Bruxelles ne les émeut pas.

Ce jobs deal est-il bon pour le bien-être de la population ?

Finalement, voilà la seule question qui a du sens. Selon moi, syndicats et gouvernement s’en fichent l’un et l’autre. Chacun poursuivant des objectifs propres et qui sont loin des préoccupations de la population. Les syndicats sont arcboutés sur la défense des droits acquis et ne veulent pas voir que le monde change. Rester au balcon, dans la posture exclusive de celui qui défend sa tour sans prendre de responsabilités, les conduira à leur perte. Quant au gouvernement, à la lecture des 28 mesures, on est d’abord frappé combien ce jobs deal est composé d’un bric à brac de mesures de natures très diverses.

Je n’ai qu’un mot: décevant. Pas de cohérence, pas de vue d’ensemble, pas de souffle, pas de vision, pas d’anticipation.
Walter Feltrin

On y trouve globalement :

  1. des mesures pour mettre ou maintenir les gens dans le marché de l’emploi (crédit-temps, RCC, pensionnés ou invalides, chômeurs de longue durée - Mesures 4-5-9-14-17-18-21-22-41-26-28);
  2. des mesures qui mobilisent de l’argent (celui des contribuables et des entreprises) pour ceux qui choisissent les métiers en pénurie (Mesures 1-6-8-10-19);
  3. une mesure qui permet à ceux qui sont dans les métiers en pénurie de faire des heures supplémentaires (Mesure 24);
  4. quelques mesurettes pour la formation (Mesures 1-12-20);
  5. un lot de mesures n’ayant rien ou peu à voir avec le sujet en question (Mesures 3-11-13-15-16-23-27).

Je n’ai qu’un mot: décevant. Pas de cohérence, pas de vue d’ensemble, pas de souffle, pas de vision, pas d’anticipation.

Le travail est un facteur d’émancipation sans pareil qui nous permet d’être autonomes et libres.
Walter Feltrin

Rien ou quasi sur la formation obligatoire des jeunes, sur l’orientation professionnelle. Rien sur l’alternance. Rien sur la formation aux métiers d’avenir. Rien sur l’ubérisation de l’économie. Rien sur le dumping social des travailleurs de l’Est. Rien sur la main d’œuvre immigrée qui pourrait entrer sur le marché du travail si elle était réellement formée à combler nos besoins. Rien pour nous préparer au futur tsunami social lié à l’intelligence artificielle dans notre société. Rien sur les nouvelles formes de travail qui ne manqueront pas de se créer. À tel point qu’on peut se demander si ce jobs deal ne sert pas à faire diversion par rapport à des mesures prévues, comme la dégressivité des allocations de chômage ou la réforme des rémunérations où l’ancienneté ne sera plus valorisée comme elle l’est actuellement. 

Le travail, c’est la dignité de l’homme?

Ma mère[1] m’a souvent répété: le travail, c’est la dignité de l’homme. En effet, par le travail, nous obtenons un revenu qui permet de fonder une famille et d'élever des enfants, de s’offrir des loisirs et de la culture, trouver un logement, acheter une voiture, parfois s’élever dans l’échelle sociale, etc… C’est aussi souvent au travers de son travail (rémunéré ou non) qu’on se sent reconnu, qu’on se fait une place dans la société, etc… Le travail est un facteur d’émancipation sans pareil qui nous permet d’être autonomes et libres.

De plus en plus de jobs ne permettent plus au gens de vivre de leur travail.
Walter Feltrin

Mais est-ce encore le cas? De moins en moins.

  • De plus en plus de jobs ne permettent plus au gens de vivre de leur travail.
  • La grande majorité des nouveaux jobs sont précaires. Parfois à la journée!
  • De plus en plus de travailleurs finissent en burn-out, en déprime, en maladies psycho-somatiques…  de plus en plus souvent à cause de leur boulot. 

Le travail qui rend une vraie dignité à l’homme, c’est un travail correctement rémunéré, non-précaire et qui fait sens. Là-dessus non plus, ce jobs deal ne présente rine.

En conclusion, ne vous y trompez pas, Mesdames et Messieurs les chefs d’entreprise, ce jobs deal, c’est juste du vent. De toute façon, dans 9 mois, il y aura des élections, alors ce jobs deal, on l’aura tous oublié. Et les chefs d’entreprise n’auront qu’à tirer leur plan. Comme toujours.



[1] Et elle en sait quelque chose, elle qui a quitté, à l’âge de 18 ans, son pays, ses amis, ses frères et sœurs, ses parents pour trouver du travail.

 

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