carte blanche

Le jour où les femmes seront attirées par l'informatique

Technology Presales Director chez Oracle Benelux

Compte tenu des changements à l’œuvre, l'augmentation du nombre de femmes dans l’informatique n'est plus une option, mais une nécessité pour assurer l'avenir de la profession.

Par Dieter Deramoudt,
Sales Consultancy Director chez Oracle Benelux

Selon une étude récente d’Eurostat, 86% des professionnels de l’informatique sont des hommes. S’il en fallait encore une, c’est malheureusement la preuve que le secteur informatique est un vrai monde d’hommes.

86%
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Selon d'Eurostat, 86 % des professionnels de l'informatique sont des hommes.

Au quotidien, je remarque que les jeunes filles n’ont pas besoin d’en être convaincues. En tant que coach en chef chez CoderDojo, un mouvement à but non lucratif qui enseigne la programmation aux jeunes un peu partout dans notre pays, je constate que très peu de filles s’inscrivent à nos programmes, malgré nos efforts. Pourtant, les rares qui le font s’amusent beaucoup, même si elles avouent ne pas vouloir en faire leur profession plus tard. Mes filles de 14 et 16 ans sont du même avis.

Ce problème ne concerne pas que notre pays, mais toute l’Europe. L’étude d’Eurostat montre que la Belgique est en moins bonne position que les Pays-Bas, la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni en termes de représentation des femmes dans le secteur informatique.

Mais même la Bulgarie et la Roumanie, qui sont en tête du classement, n’obtiennent pas un score très élevé, avec 30% et 26% de femmes respectivement. De manière générale, il reste donc beaucoup de travail.

Image vieillotte

Notre secteur ne parvient pas à se débarrasser du stéréotype d'un programmeur assis toute la journée derrière son écran pour développer des applications aussi ennuyeuses que compliquées.

L’exemple de mes filles met le doigt sur la plaie: le secteur informatique est confronté à un problème majeur d’image. Notre secteur ne parvient pas à se débarrasser du stéréotype d’un programmeur assis toute la journée derrière son écran pour développer des applications aussi ennuyeuses que compliquées.

Auprès des femmes, ce cliché semble l’emporter sur la sécurité d’emploi et les avantages financiers d’un job dans l’informatique. Certes, nous voyons beaucoup de jeunes garçons et de filles poser des questions sur les possibilités offertes par un emploi dans le secteur. Quelles sont vos tâches et pour quelles entreprises travaillez-vous? Cependant, si l’on encourage souvent les garçons à étudier les technologies de l’information à l’école, c’est moins le cas pour les filles. Il est donc logique qu’elles choisissent une autre section. On ne peut aimer ce qui nous est inconnu.

Tragédie

©REUTERS

Et c’est une vraie tragédie, car le secteur a absolument besoin d’une présence féminine. Depuis que la cybercriminalité est l’une des principales préoccupations des entreprises, les programmes de sensibilisation à la sécurité exigent des compétences relationnelles, qui sont généralement l’apanage des femmes.

Le passage de l’IT à un modèle "as-a-service" nécessite lui aussi des compétences sociales, comme de bonnes aptitudes en communication, afin de renforcer l’aspect service de l’IT. Compte tenu des changements à l’œuvre, l’augmentation du nombre de femmes dans l’informatique n’est plus une option, mais une nécessité pour assurer l’avenir de la profession.

Éducation et sensibilisation

Il est donc crucial de changer l’image du secteur informatique. Mais ce n’est pas une mince affaire. Tout d’abord, les entreprises et les administrations doivent prendre conscience de l’ignorance qui prévaut. Seule l’éducation permettra de lutter contre cette ignorance. Il faut montrer que l’IT ne se réduit pas aux geeks et demander aux femmes de raconter leurs expériences dans ce secteur.

©YURI ARCURS

Lorsque les jeunes filles et les femmes seront conscientes des possibilités qui s’offrent à elles, il faudra leur permettre de les découvrir, ce qui passera notamment par des stages et des programmes de formation. Non seulement dans des entreprises informatiques, mais aussi dans des organisations actives dans le commerce de détail, la finance, les télécommunications ou d’autres secteurs.

Aujourd’hui, aucune entreprise ne peut se passer de l’informatique. Les organisations qui trouvent un bon équilibre entre les qualités masculines et féminines en matière d’IT obtiendront non seulement de meilleurs résultats, mais susciteront aussi de nouvelles vocations féminines dans le secteur.

Ce changement d’image va être long. Mais peut-être qu’à long terme, nous allons rattraper notre retard sur la Bulgarie et la Roumanie, où un plus grand nombre de femmes voit déjà les avantages d’un emploi bien rémunéré et flexible dans les technologies de l’information. D’ici là, nous devons veiller à ce que la question soit non seulement à l’ordre du jour, mais aussi à ce qu’elle y reste.

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