Le lion devenu vieux

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Y aurait-il cependant pour notre bonheur une faiblesse dans le système de Trump qui ferait que l’expérience serait limitée dans le temps? Oui: que le monde n’est pas comme il l’imagine, qu’il lui résiste et le conduira un jour à sa perte.

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Par Paul Jorion
Économiste et anthropologue

La politique étrangère le Donald Trump n’a ni queue ni tête: elle récompense les adversaires de son pays et punit ses amis de longue date. Sa politique de défense est du même acabit: il loue les ennemis de sa patrie et dénonce ses propres généraux et ses services secrets.

Sa politique économique semble elle aussi insensée: il entend mordicus faire revenir au pays des emplois qui n’ont pour l’essentiel (87%) pas été délocalisés mais éliminés par les progrès de la mécanisation.

Quant à sa politique commerciale, elle est tout aussi incompréhensible: lundi je punis la Chine à l’aide de tarifs douaniers prohibitifs pour un déficit de la balance commerciale dû en réalité à la politique du dollar telle que les Américains eux-mêmes la définissent, mardi je punis à son tour le Mexique, mettant entre parenthèses le fait que lundi dans la soirée, un certain nombre de compagnies américaines — en tentant de s’adapter aux caprices de leur président — ont annoncé qu’elles déplaceraient certaines de leurs activités, de la Chine, vers le Mexique.

Nouveau Caligula

Examinées séparément, ces politiques n’ont en commun que d’apparaître suicidaires sur le long terme pour les États-Unis, ce qui force à se demander si elles auraient un sens envisagées toutes ensemble?

Une hypothèse serait celle de Trump en un nouveau Caligula, ivre du pouvoir que lui procure sa fonction et soucieux seulement de jouir du tumulte résultant de sa capacité à imposer sa propre volonté.

Une hypothèse serait celle de Trump en un nouveau Caligula, ivre du pouvoir que lui procure sa fonction et soucieux seulement de jouir du tumulte résultant de sa capacité à imposer sa propre volonté. Ce qui expliquerait pourquoi les nations qui ont été promptes à se montrer conciliantes envers lui — ce qui fut le cas des pays européens — n’en ont pas bénéficié longtemps, se faisant rapidement rabrouer par la suite, Trump cherchant à se rassurer à échéance régulière qu’il est toujours bien le patron.

Interprété comme cela, Trump n’est rien d’autre qu’un bully: une terreur de cour de récré. Grande gueule mais pas courageux pour autant: prenant le monde à témoin au moindre revers qu’il est la victime innocente d’un injuste complot.

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Or, au-delà des apparences et des explications simplistes, les invraisemblables politiques de Trump dans différents domaines reposent bien sur un élément qui les lie en un ensemble cohérent: le fait qu’elles soient mues par un seul même ressort, le racisme du président, et plus spécifiquement, son suprémacisme blanc.

La philosophie en arrière-plan de la politique de Trump tient en effet en une seule phrase: "Leur faire comprendre que nous leur sommes supérieurs et le leur faire admettre ensuite".

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Il paraît à première vue incongru de résumer la politique de Trump envers la Chine par "Leur faire comprendre qu’ils ne sont que des chinetoques et le leur faire admettre", et celle envers le Mexique comme "Leur faire comprendre qu’ils ne sont que des peaux-rouges et le leur faire admettre", mais c’est bien de cela hélas qu’il s’agit.

Y aurait-il cependant pour notre bonheur une faiblesse dans le système de Trump qui ferait que l’expérience serait limitée dans le temps? Oui: que le monde n’est pas comme il l’imagine, qu’il lui résiste et le conduira un jour à sa perte.


Chinamérique

Gare à lui si la communauté internationale se concerte et, un jour excédée, décide de traiter les États-Unis comme le firent les autres animaux, « devenus forts par sa faiblesse », avec le lion devenu vieux.

Car qu’importe qu’il pense que les Chinois sont le fer de lance du Péril jaune, et que les Peaux-rouges d’Amérique centrale cherchent à reconquérir son pays, puisque dans le monde d’aujourd’hui, les économies de la Chine et des États-Unis d’une part et du Mexique et des États-Unis d’autre part, sont entrées désormais en parfaite symbiose. On parle à juste titre de la "Chinamérique" depuis vingt ans déjà, et la construction automobile américaine suppose une intégration réussie du Mexique et des États-Unis.

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Quand Trump parle d’établir des tarifs douaniers sur les produits mexicains de 5% le 10 juin et de 25% au 1er octobre, il ignore que les composants des voitures de Ford, Fiat-Chrysler ou General Motors font plusieurs aller-retour entre les deux pays avant que l’on n’aboutisse à un véhicule fini, et qu’avec de tels tarifs douaniers, on déboucherait rapidement sur un doublement du prix des automobiles.

La Chine a répliqué à la politique commerciale de Trump en constituant une liste d’entreprises "peu fiables", que la communauté internationale serait libre de compléter, entendez les firmes américaines qui se conformeraient aux injonctions du président américain d’interrompre leur collaboration avec des firmes chinoises.

C’est un bras de fer qui est engagé entre Trump et la communauté internationale. Gare à lui si elle se concerte et, un jour, excédée, décide de traiter les États-Unis comme le firent les autres animaux, "devenus forts par sa faiblesse", avec le lion devenu vieux.

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