billet

Le livre de la semaine

Des intelligences très artificielles, par Jean-Louis Dessalles, Odile Jacob, 22,90 €, 204 p.

L’intelligence artificielle (IA) nourrit tous les fantasmes, enthousiastes ou catastrophistes. Pour y voir clair, l’auteur, chercheur et enseignant en IA à Télécom ParisTech, livre un tour d’horizon précis de l’état de la recherche, de la 2e guerre mondiale à nos jours, et en esquisse le futur probable.

S’il ne manque pas de signaler les prouesses techniques de l’IA (AlphaGo, agents conversationnels,…), il montre surtout que, malgré sa puissance de calcul et de mémoire, l’IA reste intrinsèquement stupide: elle échoue à des tests élémentaires de QI. C’est qu’elle ne sait rien, ne comprend rien et manque cruellement de bon sens. Après avoir appris, l’IA "se comporte de manière réflexe, sans être capable de la moindre réflexion". C’est "un ensemble de techniques géniales pour apprendre le monde par cœur. L’intelligence qui en résulte est prémâchée. Une fois que le système a appris, il se contente d’appliquer la fonction apprise.

" L’IA et l’homme fonctionnent donc selon des logiques bien distinctes. Si l’apocalypse d’une IA prenant le contrôle du monde relève bien de la science-fiction, l’auteur liste les dangers réels de l’IA: algorithmes biaisés, menace sur l’emploi, ghettos informationnels ou encore "totalitarisme numérique" d’un "monde de cristal" d’où la vie privée aura disparu. Pourtant, l’enjeu "mythique" de la recherche est bien de s’approcher d’une IA qui soit "vraiment" intelligente: capable de "calculer" les émotions, la valeur esthétique d’une œuvre ou de tenir des propos pertinents. "Le futur de l’IA passe par l’imitation de l’intelligence naturelle". Mais son calendrier est inconnu.
E.B.

Lire également

Messages sponsorisés