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Le livre de la semaine

Réflexes primitifs, Peter Sloterdijk, Éditions Payot, 176 p., 16,5 €

Avec une rare hauteur de vue, animée d’humour et d’ironie, l’auteur, l’un des grands philosophes européens, se penche sur les sujets du jour et notamment la désinhibition des élites autant que du peuple, le cynisme ("collaboration avec une situation moralement inacceptable"), la société digitale (typiquement "postlittéraire"), la mondialisation, les migrations, le terrorisme ("auto-intoxication sécuritaire"); mais aussi le Brexit, les mass media ("ils n’ont pas pour fonction première d’informer mais de produire des épidémies fondées sur des signes"), le populisme ("forme agressive de simplification" et action "de ceux qui veulent définitivement sortir du réel"). De l’Europe ("agrégat artificiel"), l’auteur ne cache rien de sa misère – un bureaucratisme économique sans ordre du jour. Pourtant, il en est convaincu: c’est sa médiocrité qui sauvera l’Europe, qu’il ne faut donc ni "refonder" ni "populariser" – l’Europe n’a pas besoin d’être populaire car elle "est née de l’esprit de coopération entre élites politiques lucides".

La faiblesse de ses institutions est leur plus grand atout: "La force de l’Europe repose sur l’indépendance de ses institutions à l’égard des humeurs. L’UE est dans l’histoire – après l’Église Catholique – la première entité à se montrer résistante au populisme. Elle illustre pour la première fois qu’une grande structure politique peut exister sans être un empire (…) Pour l’Europe, c’est le principe taoïste qui s’applique: le chemin est le but". Et s’il faut lui penser un futur, ce serait du côté des "États-Unis de l’Occident". Car l’humanité est pour la première fois en état "d’émigration vers l’avenir partagé".
E.B.

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