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Le livre de la semaine

Sans la liberté, François Sureau, Gallimard, 64 p. 3,90 €

"Sans la liberté, il n’y a rien dans le monde" a dit Chateaubriand; rien si ce n’est des individus isolés face à un État trop puissant. Observateur attentif de l’évolution des lois depuis vingt ans, l’auteur, avocat spécialiste des libertés publiques, s’inquiète de leur délitement progressif: la loi se durcit, la force, de plus en plus brutale et disproportionnée, perd en légitimité. "L’extase sécuritaire" pousse à la police des esprits. Multipliant les exemples (droit de manifester, contrôle d’internet), Sureau montre que la liberté n’est plus un droit mais une concession du pouvoir qui peut être diminué à tout moment.

Il dénonce les multiples "exceptions consenties aux usages qui finissent toujours par se trouver étendues aux circonstances ordinaires". Ainsi l’état d’urgence a autorisé l’assignation à résidence d’écologistes. Ces exceptions augmentent chaque année sans que "la diminution des libertés n’entraîne aucun bénéficie en ce qui concerne la sûreté".

Au contraire, "le monstre du contrôle social nous dévore", et c’est le citoyen, délinquant en puissance, qui disparaît, tutorisé par un État paternaliste et autoritaire. Ne restent que des individus revendiquant des droits fragmentaires, identitaires, communautaires ou hygiénistes. Or "les inconvénients de la liberté, même chèrement payés, ne l’emporteront jamais sur ses avantages". Mais alors, l’ordre est-il encore légitime s’il ne respecte plus les principes de la Déclaration des droits? Un livre incisif, argumenté et limpide, inquiet. Un appel à notre engagement en faveur de la liberté. Pour nous déshabituer à vivre sans elle. 

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