billet

Le livre de la semaine

Le travail n’est pas une marchandise. Contenu et sens du travail au XXIe siècle. Par Alain Supiot, Collège de France, 72 p., 6,80€.

Face à "la faillite morale, sociale, écologique et financière" du néolibéralisme, le travail doit dorénavant s’émanciper du règne exclusif de la marchandise". Juriste spécialisé en droit du travail et son évolution, l’auteur montre comment l’effondrement écologique et l’explosion des pathologies mentales liées au travail sont les effets d’une même cause. L’hégémonie du "marché total" suppose la marchandisation-objectivation du travail – une fiction, car le travail est inséparable du travailleur. Celui-ci, via une logique d’extraction de valeur, est ordonné à la création de produits qui eux-mêmes ne visent plus que le profit financier. Et seuls comptent les résultats quantifiés; la gouvernance par les nombres a remplacé la politique – une logique de domination aggravée par la révolution numérique: "A l’emprise physique sur le travailleur s’ajoute dorénavant une emprise cérébrale. Le travail des hommes est conçu sur le modèle de celui des ordinateurs, c’est-à-dire comme le lieu d’exécution d’un programme".

Gouvernance qui "étend aujourd’hui l’imaginaire cybernétique à toutes les activités humaines". Et de rappeler avec ironie que c’est Staline qui a forgé l’expression de "capital humain" dont la seule vraie signification "se trouve à l’actif des livres de comptes des propriétaires d’esclaves". Riche d’exemples historiques et implacable dans ses analyses de l’évolution du droit, ce livre grave et lumineux offre une excellente introduction aux travaux de l’auteur. Qui énonce les pistes d’un "régime de travail réellement humain" dont les germes, montre-t-il, existent déjà. Car travailler, "c’est accomplir une œuvre".

Lire également

Echo Connect

Messages sponsorisés

n