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Le livre de la semaine

Les nouveaux cobayes. Comment les entreprises génèrent précarité et mal-être au travail, Dan Lyons, Fyp, 280 pages, 22€.

"Happy management", jeux de Lego, tables de ping-pong et frigo à bières: bienvenue dans le nouveau monde du travail. Auteur du best-seller "Disrupted" et scénariste de la série "Silicon Valley" (HBO), Dan Lyons explore dans cet essai-reportage – corrosif, inquiétant et parfois désopilant – comment infantilisation et absurdité ont envahi le lieu de travail. Et s’interroge: "Comment le progrès peut-il avoir un côté aussi obscur?"

Étudiant les dérives de la méthode Agile (un "taylorisme qui fait des ravages sur le psychisme") ou encore les stratégies surréalistes des capital-risqueurs (jamais autant de sociétés déficitaires n’ont été si bien valorisées à en Bourse), il montre comment se met en place en Californie "un nouveau pacte de travail" qui se diffuse mondialement. Il en étudie les quatre facteurs délétères: la baisse du pouvoir d’achat (liés, entre autres, à la gig economy, qui ne génère que des petits boulots payés à la tâche); la précarité d’emploi (que traduit le slogan de Netflix "nous sommes une équipe, pas une famille", et qui justifie la compétition sans pitié entre les employés); le changement permanent (très déstabilisateur); la déshumanisation (l’employé est une machine au sein d’une machine: les magaziniers d’Amazon sont surnommés "amabots"). La Silicon Valley est "une économie de république bananière" où les inégalités atteignent des niveaux insensés (San Francisco, avec 10.000 sans-abri, devient un bidonville). À l’inverse, la société Q, à New York, prouve que la justice sociale favorise la croissance. Un livre coup-de-poing pour arrêter de traiter le travailleur comme un rat de laboratoire.

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