Le marché immobilier belge manque de transparence

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Le gouvernement français vient de lancer un portail de données ouvertes contenant des informations sur toutes les transactions immobilières. Tout le monde peut désormais consulter l’adresse et le prix de chaque transaction des cinq dernières années. Avec cette initiative, la France suit les traces d’autres pays européens, tels que les Pays-Bas et le Royaume-Uni, qui ont choisi de rendre le marché immobilier plus transparent. Le marché immobilier belge bénéficierait également d’une telle transparence des prix de transaction.

Pietjan Vandooren et Kasper Van Lombeek
Cofondateurs de Rockestate

L’achat d’une habitation est pour beaucoup de gens l’opération financière la plus importante de leur vie. Des informations structurées sur les prix de transaction d’autres propriétés pourraient rendre le marché immobilier plus transparent et plus équitable.

Dans l’intérêt des citoyens, le gouvernement devrait rendre publiques les données relatives aux transactions immobilières afin que tout le monde puisse facilement consulter leur historique dans la région qui le concerne.
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Bien que les données existent en Belgique, elles ne sont pas accessibles au grand public. Dans l’intérêt de ses citoyens, le gouvernement devrait rendre ces données publiques afin que tout le monde puisse facilement consulter l’historique des transactions immobilières dans la région qui le concerne.

La France a montré l’exemple en lançant un nouveau portail de données ouvertes contenant toutes les transactions immobilières des cinq dernières années. Comme plusieurs pays européens, la France opte pour un modèle de transparence totale: l’adresse, le prix et certaines caractéristiques générales de chaque transaction immobilière sont disponibles.

Vision complète

©BELGA

Lors de la vente d’une maison, toutes les parties concernées ont donc une vision plus complète sur le prix de marché des autres maisons récemment vendues, ce qui peut servir de référence. Cela donne non seulement à l’acheteur ou au vendeur moyen un cadre de référence extrêmement précieux et fiable, il offre également de nouvelles perspectives aux spécialistes du secteur immobilier en leur permettant d’innover et d’améliorer leur gamme de produits.

Des institutions telles que Statbel, Fednot et Febelfin publient régulièrement des chiffres sur les prix de l’immobilier en Belgique. Divers médias reprennent ces données afin de répondre à la forte demande du Belge moyen en matière d’information sur les prix du marché immobilier. Cependant, ces publications se limitent à des moyennes, calculées par municipalité. Ils manquent de la granularité recherchée par un acheteur ou un vendeur. Bien entendu, il est utile de connaître le prix de vente moyen d’une maison à Bruxelles. Mais si vous êtes sur le point d’acheter une maison là-bas, vous voulez surtout savoir à quel prix des maisons similaires dans les environs immédiats ont été vendues ces dernières années.

Pour une évaluation correcte, vous, en tant que vendeur ou acheteur, avez donc tout intérêt à disposer d’un aperçu transparent des prix de marché des maisons vendues récemment.
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Pour une évaluation correcte, vous, en tant que vendeur ou acheteur, avez donc tout intérêt à disposer d’un aperçu transparent des prix de marché des maisons vendues récemment.

Depuis très longtemps, chaque transaction immobilière en Belgique est enregistrée auprès du gouvernement donc les données existent. Ne pas les rendre publiques est une opportunité manquée car des prix de marché objectifs ont la capacité à réduire l’asymétrie d’information entre spécialistes et non-initiés. Les spécialistes sont les parties ayant une connaissance du marché plus avancée telles que les agents immobiliers, les experts, les notaires et les investisseurs immobiliers. Ils ont déjà une bonne idée des prix de marché et acquièrent ainsi un avantage concurrentiel par rapport à l’acheteur ou vendeur moyen, le non-initié, parfois au détriment de ce dernier.

Suite à la crise financière de 2008, une nouvelle directive européenne a été créée dans le but d’améliorer la transparence des marchés financiers, appelée MiFID. L’un des principaux objectifs était de protéger l’investisseur moyen contre les grandes institutions financières en créant un "level playing field". Depuis l’introduction du "post-trade transparency", il est désormais obligatoire pour chaque opération financière de rapporter ce qui a été échangé, le montant et le prix. Il en résulte un marché où le juste prix d’une action, d’une obligation ou de tout autre instrument financier devient plus clair.

La balle est dans le camp gouvernemental

Le marché immobilier ne fonctionne pas de la même manière que le marché des actions ou des obligations, mais le concept de transparence des prix peut être parfaitement reproduit.
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Bien entendu, le marché immobilier ne fonctionne pas de la même manière que le marché des actions ou des obligations, mais le concept de transparence des prix peut être parfaitement reproduit. Le parti le mieux placé pour réaliser ceci est sans aucun doute le gouvernement. Ils ont une vue d’ensemble et peuvent agir en dehors de tout conflit d’intérêts. Ces dernières années, le gouvernement belge, tant fédéral que régional, a déjà montré, en ouvrant différentes sources de données, qu’il est possible de mettre en œuvre de telles initiatives avec succès.

©Equilis

Depuis le 1er avril, les autorités fiscales flamandes fournissent un outil d’estimation qui peut être utilisé dans le cadre d’un héritage. Cet outil basé sur les prix de transaction historiques aide les gens à valoriser une maison héritée. Cette initiative représente une première expérience mettant les données de transaction au service du citoyen. Cependant, il serait beaucoup plus puissant de rendre les données sous-jacentes accessibles au grand public et de mettre ainsi l’accent sur la création d’une vraie transparence.

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