carte blanche

Le recyclage des déchets plastiques doit se réinventer

Depuis plusieurs mois, les déchets de plastique ne sont plus exportés en Chine et restent donc en Europe. Nous devons considérer cette situation comme une opportunité, pour la Belgique, d’améliorer le tri sélectif, de renforcer les capacités de recyclage, de stimuler l’innovation en termes de débouchés des plastiques recyclés, de promouvoir des emballages mieux recyclables, … en un mot, de devenir un acteur de premier plan dans l’économie circulaire.

Par Francis Huysman,  Directeur général de Val-I-Pac

En juillet dernier, la Chine a annoncé à l’OMC (Organisation mondiale du Commerce) sa décision de fermer ses frontières aux importations de 24 types de déchets, dont les plastiques, et cela dès le début de 2018. Les conséquences de cette décision sur le marché mondial du recyclage seront considérables. Au total, la Chine importait en effet jusqu’à présent quelque 7 millions de tonnes/an de déchets de plastique, dont 2,3 millions de tonnes/an en provenance d’Europe.

Les seuls déchets plastiques que la Chine entend continuer à importer à partir de 2018 sont les déchets post industriels (chutes de production et granulats) ainsi que les déchets post consommateurs de films transparents. Au total, les licences d’importation accordées par le gouvernement chinois aux recycleurs locaux ne dépasseraient plus 3 à 4 millions de tonnes/an.

Sonnette d’alarme

©BELGAIMAGE

Depuis plusieurs mois, les déchets de plastique ne sont plus exportés en Chine et restent donc en Europe. Confrontés à une offre excédentaire, les recycleurs européens (principalement situés en Europe de l’Est) peuvent aujourd’hui se permettre de n’accepter que les plastiques de meilleure qualité, à bas prix, et de refuser purement et simplement les autres. Certains collecteurs ont déjà tiré la sonnette d’alarme en voyant les quantités de déchets s’accumuler dans leurs dépôts.

Nous avons décidé de prendre la situation en mains et de réfléchir, avec les différentes parties concernées, à des solutions structurelles pour réduire notre dépendance à l’égard de la Chine.

L’économie circulaire a déjà fait couler beaucoup d’encre mais jusqu’à présent, peu d’actions concrètes ont vu le jour.

Nous devons en effet considérer cette situation comme une opportunité, pour la Belgique, d’améliorer le tri sélectif, de renforcer les capacités de recyclage, de stimuler l’innovation en termes de débouchés des plastiques recyclés, de promouvoir des emballages mieux recyclables,… en un mot, de devenir un acteur de premier plan dans l’économie circulaire.

L’économie circulaire a déjà fait couler beaucoup d’encre mais jusqu’à présent, peu d’actions concrètes ont vu le jour. C’est pourquoi, en concertation avec les différents acteurs concernés, nous avons défini un plan d’actions.

Il s’agit tout d’abord améliorer significativement la qualité des films collectés dans le commerce et l’industrie. Un niveau d’impuretés trop élevé altère en effet les possibilités de recyclage. Or, dans le contexte actuel et si nous voulons évoluer vers une filière durable, la qualité des films doit être irréprochable.

Dans ce contexte, il est primordial de sensibiliser le plus grand nombre d’entreprises aux enjeux d’un tri de qualité (1).

Il convient aussi élargir notre connaissance de la filière du recyclage des plastiques et soutenir la recherche de débouchés en Europe grâce à nos contacts avec les différents acteurs de la chaine. Nous envisageons également de mettre en avant les collecteurs et les traders qui respectent un "code de bonnes pratiques".

Nous avons par ailleurs développé le projet de démonstration Clean Site Circular, qui prévoit d’utiliser les matières recyclées provenant des plastiques collectés sur les chantiers pour produire de nouveaux films d’emballages dans le secteur de la construction.

Conscientiser les entreprises

©Bloomberg

Il est aussi nécessaire de conscientiser davantage les entreprises à la recyclabilité de leurs emballages industriels.

Une première étape dans ce domaine a déjà été franchie en septembre dernier avec le lancement de la plateforme Go4SustainablePackaging, qui propose un aperçu des connaissances et supports mis à la disposition des entreprises souhaitant améliorer la durabilité de leurs emballages.

Cette crise doit être vue comme une opportunité : celle qui permettra aux acteurs belges de s’ériger en pionniers dans la mise en place d’une véritable économie circulaire dans l’industrie.

Nous venons d’entamer, en collaboration avec l’Université de Hasselt, une étude sur la recyclabilité des emballages en plastique. Notre objectif est de constituer un guide de lignes directrices en faveur de l’éco-conception et de le mettre à la disposition de l’ensemble de nos membres.

Le succès de l’économie circulaire implique que tous les acteurs de la chaîne assument pleinement leurs responsabilités et s’accordent sur les solutions à mettre en place (2). Tous les acteurs du secteur doivent unir leurs forces pour atteindre cet objectif. Cette crise doit être vue comme une opportunité: celle qui permettra aux acteurs belges de s’ériger en pionniers dans la mise en place d’une véritable économie circulaire dans l’industrie.

(1) Une campagne de communication à ce sujet sera lancée en janvier prochain.

(2) VAL-I-PAC organisera en janvier prochain, avec l’ensemble des acteurs du secteur, une Table ronde autour de thèmes comme l’économie circulaire, la stimulation de nouveaux débouchés, la recyclabilité de certains plastiques,… Ces réflexions devraient permettre, dans les meilleurs délais, d’aboutir à de nouvelles propositions d’actions concrètes.

Lire également

Echo Connect