chronique

Le temps de travail appartient au passé

Director HR Research Securex

L’enregistrement et l’addition purs et simples des " heures prestées " comme base de productivité appartiennent au passé. Les travailleurs doivent pouvoir faire leurs propres choix en termes de temps de travail et d’organisation du travail.

Par Frank Vander Sijpe
Director HR Securex

La période des vacances est traditionnellement une période au cours de laquelle la plupart des organisations travaillent temporairement moins (ou pas du tout dans le cas d’une fermeture collective). Une oasis de temps libre pour les travailleurs durant certaines périodes de l’année. En dehors de ces périodes de vacances, nous travaillons tous de manière intensive, en continu et d’arrache-pied. Logique, non ?

Vision paternaliste

Nous constatons que notre société conserve une vision très paternaliste du temps de travail. L’employeur base la rémunération sur ce critère. Les syndicats négocient toujours le temps de travail et exigent une semaine de 32 heures. Le gouvernement affirme que l’introduction des horaires flottants est liée à la mise en place d’un système d’enregistrement du temps de travail. Nous partons encore et toujours du principe que chaque travailleur preste un nombre fixe d’heures par semaine. Et pour contrôler ces heures de travail, nous avons recours à des alternatives modernes à la pointeuse classique telles que les caméras sur le lieu de travail ou les systèmes numériques d’enregistrement du temps.

©akg-images / Paul Almasy / Van Parys Media

Le concept d’heures de travail fait débat. Le fait d’être payé en échange d’un nombre d’heures prestées trouve son origine dans la révolution industrielle, alors que la " production " dans les usines était calculée en fonction du temps qu’un travailleur passait physiquement dans l’usine. Dans le cadre de processus de production standardisés où l’on avait une bonne idée du nombre de pièces pouvant être produites par heure, il s’agissait, à l’époque, d’une mesure très précise.

Mais le travail de demain requiert, d’une part, des experts hautement spécialisés et, d’autre part, des " généralistes " qui combinent différentes tâches dans un même portefeuille d’activités. Le jardinier peut faire tondre l’herbe par un robot, mais il coordonne lui-même plusieurs autres aspects. Le temps de travail est-il encore une bonne échelle de mesure de la productivité ou de la " performance " dans un monde où la différence repose sur l’innovation, la créativité ou l’orientation client ?

Les experts hautement qualifiés (et ce ne sont pas toujours des employés !) doivent souvent chercher des solutions en dehors du cadre de leur travail. Ils sollicitent l’aide de collègues par l’intermédiaire de réseaux, recherchent les meilleures pratiques sur Internet ou demandent conseil à des personnes qui ont été confrontées à des défis similaires. Il n’est plus seulement question de savoir et d’expertise. Tout dépend plus que jamais de votre réseau et de la rapidité avec laquelle vous pouvez activer vos connaissances.

©BELGAIMAGE

Dans le contexte actuel, le critère de " temps de travail " est inopportun et démotivant. Sans compter qu’il freine l’engagement et l’implication. Imaginons qu’un client se présente dans un garage juste avant l’heure de fermeture. Son pneu est crevé et il est censé partir en vacances en voiture le jour même. Le collaborateur peut alors :

1. Arrêter de travailler à l’heure habituelle et invoquer le fait que son temps de travail est terminé ;

2. Renvoyer le client vers un concurrent qui pourra encore le servir ;

3. Réparer le pneu du client en dépassant son temps de travail.

Nous devons nous éloigner de l’idée selon laquelle le temps de travail permet de mesurer la production.
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Vous qui êtes employeur, qu’aimeriez-vous que fasse votre travailleur ? Et qu’en penserait le client ? Nous ne devrions aujourd’hui plus tenir compte du nombre d’heures prestées en tant que telles, mais plutôt du travail accompli durant ces heures et de la partie qui en tire avantage. Cela implique que les travailleurs acquièrent plus d’autonomie et aient davantage voix au chapitre dans la détermination et l’organisation de leurs heures de travail.

Nous devons nous éloigner de l’idée selon laquelle le temps de travail permet de mesurer la production. Les travailleurs doivent pouvoir faire leurs propres choix en termes de temps de travail et d’organisation du travail. L’enregistrement et l’addition purs et simples des " heures prestées " comme base de productivité appartiennent au passé.

Mon conseil ? Soutenez les personnes qui s’engagent au sein de votre organisation et surveillez celles qui ne le font pas. Les collaborateurs sont prêts et ceux qui l’entendent seront non seulement en mesure d’attirer plus facilement de nouveaux talents, mais aussi de les retenir. En période de pénurie structurelle sur le marché du travail, cet argument nous semble d’une importance capitale.

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