chronique

Le véritable passeur du droit ne serait-ce pas le journaliste?

Avocat - EM Management Solvay Brussels School EM

Les médias occupent une place privilégiée pour sérier la législation et attirer l’attention des justiciables. Le journaliste est le lien entre le fait et le Droit. Il est la source de la communication de l’événement et est garant du droit à l’information.

©rv doc

Par Jean-Claude Renard
Avocat au Barreau de Bruxelles

Nul n’est censé ignorer la loi. Voilà un adage qui exprime une présomption totalement irréelle et qui semble émaner d’un droit divin dont la source serait le Moniteur belge.

Le droit reflète un consensus sociétal, le fruit d’une culture basée notamment sur des mythes fondateurs. Il met en place un mécanisme d’arbitrage entre les intérêts d’individus, unité élémentaire, et ceux d’une société qu’ils composent tenant compte, dans nos sociétés démocratiques, de la diversité et de la dignité. Le comportement de ces deux acteurs du droit est donc réglementé.

Le Droit n’est pas un modèle de reproduction de la société mais doit permettre de sortir des impasses dans lesquelles s’enferment souvent les citoyens ou la société.

Rappelons que si l’économie est devenue globale le droit ne l’est pas. En outre, le droit ne peut être figé par le texte: la jurisprudence, créé par les juges indépendants du pouvoir tant exécutif que législatif, est là pour donner du sens au droit.

Le droit n’est donc pas un modèle de reproduction de la société mais doit permettre de sortir des impasses dans lesquelles s’enferment souvent les citoyens ou la société.

Ensemencement juridique

Le droit est d’abord fait sien par le professionnel du droit qui lors de conseils ou de litiges transmet le contenu de celui-ci aux citoyens.

Cette réalité est quelque peu réductrice D’autres intervenants comme les banques, les communes, des revues spécialisées ou des associations civiles peuvent participer à l’ensemencement juridique.

©MAXPPP

Mais le véritable passeur du droit ne serait-ce pas le journaliste? En effet, les médias occupent une place privilégiée pour sérier la législation et attirer l’attention des justiciables. Le journaliste est le lien entre le fait et le Droit. Il est le descendant de Philippides, messager de Marathon. Il est la source de la communication de l’événement et est garant du droit à l’information.

Sa liberté d’expression doit respecter le fait, c’est-à-dire la nouvelle, et son opinion est l’expression d’un jugement de valeur. A cet égard, le journaliste à une responsabilité morale.

Son analyse a pour but d’informer la société civile alors que l’avocat est encore perçu dans son costume "contentieux" (querelleur) et il sera généralement le dernier à être interpellé. Il intervient dans l’esprit des gens a posteriori.

Les médias se doivent de révéler les faits, de les analyser et d’informer. En toute indépendance de tous les pouvoirs. Encore faut-il éviter le syndrome de l’immédiateté populiste qui entache la liberté d’expression.

Les médias se doivent, de révéler les faits, de les analyser et d’informer. En toute indépendance de tous les pouvoirs.

Encore faut-il éviter le syndrome de l’immédiateté populiste qui entache la liberté d’expression. Tous les éléments constitutifs d’un fait ne sont pas toujours connus dès qu’ils se produisent. L’immédiateté, facteur régressif dans l’analyse, peut ainsi provoquer un emballement médiatique basé sur la seule émotion, évacuant la vérité dès lors que l’un de ses éléments n’est pas encore connu. Il devient un sous-produit des "fake news" parce que le fait n’est pas vérifié dans son intégralité et ce, en l’absence de rigueur, privilégiant l’instantané émotionnel aux dépens de la vérité. Alors que la mission du journaliste est de filtrer l’événement, de l’observer, de le décoder et de le communiquer au citoyen.

Relation émotionnelle

On rétorquera que le média peut toujours rectifier son effet d’annonce. Mais cet effet sera d’autant plus profondément ancré dans l’esprit du citoyen d’autant qu’il se base sur l’émotion alors que la réalité du fait ne l’est pas.

On donne une explication émotionnelle à un fait alors que ses éléments constitutifs ne le sont pas nécessairement, en ce sens que parfois aucune précaution n’est prise dans la relation émotionnelle du fait. On en arrive à qualifier les composants du fait en émotions.

L’émotion est humaine et parle à notre instinct de survie mais elle ne peut aveugler le sens réel d’un fait et par là dévoyer sa réalité.
.
.

L’émotion est humaine et parle à notre instinct de survie mais elle ne peut aveugler le sens réel d’un fait et par là dévoyer sa réalité. Sans pour autant, en pleine connaissance de cause, laisser parler son humanité.

Dans ce contexte, l’homme de droit se doit d’apporter son expertise, même subjective, à l’analyse du journaliste laissant ce dernier maître de son ressentit et consolidant ainsi son objectivité.

D’une manière plus large, lors d’un litige dans lequel l’avocat demande justice pour son client, qui se place sous sa protection, le journaliste peut évoquer des faits avec plus d’objectivité et soumettre à l’opinion publique des aires de réflexion qui échappent parfois à la Justice.

Le journaliste redevient, au sens étymologique, celui qui éclaire le jour.

Lire également

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés