Les Belges ont prouvé avoir la résilience nécessaire pour surmonter une crise grave

Les épisodes anxiogènes de notre passé, lointains et récents, démontrent que les citoyens belges sont parfaitement capables de surmonter la crise actuelle.

 

Par André Dumoulin, chargé de cours à l'ULiège et attaché de recherche à l'IRSD 

La notion de résistance au virus et l’attitude généralement raisonnable des Belges dans un cadre de précaution renvoient à la notion de résilience que nous avons bien connue dans le pays à la suite des attentats terroristes.

Nous ne sommes pas en guerre et la phraséologie du président français rajoute de l’angoisse et confond la lutte contre un virus à une posture bien différente entre bombardements, destructions matérielles, déplacements de population, destruction de maisons, coupures diverses des alimentations publiques en eau, électricité et chauffage, et bien entendu recherche de la dislocation morale par l’ennemi. La sémantique présidentielle a pu banaliser d’autant le mot et en quelque sorte "insulter" les anciens et nouveaux combattants (Nicolas Gros-Verheyde) en guerres classiques ou asymétriques.

Absorber le choc et rebondir

En dehors de sa définition en métallurgie, en écologie, en informatique, en sécurité industrielle, en art et même en literie, la résilience concerne la capacité psychologique pour un individu à faire une force d’un trauma: surmonter le traumatisme et se reconstruire après le choc! Il s’agit d’absorber les chocs et rebondir par la suite.

Dans la définition du Livre blanc français de la défense 2008, "La résilience se définit comme la volonté et la capacité d’un pays, de la société et des pouvoirs publics à résister aux conséquences d’une agression ou d’une catastrophe majeure puis à rétablir rapidement leur capacité de fonctionner normalement, ou tout au moins dans un mode socialement acceptable. Elle concerne non seulement les pouvoirs publics, mais encore les acteurs économiques et la société civile tout entière". Une résistance physique et psychologique à la pression.

"Nous ne sommes pas en guerre; la phraséologie du président français Emmanuel Macron rajoute de l’angoisse.
André Dumoulin
Chargé de cours à l'ULiège

Rôle essentiel des médias... écrits

Dans cet espace, le rôle des médias est essentiel et terriblement complexe à mener. Nous savons que les formats écrits sont moins anxiogènes que les chaînes TV en continu (amplification émotionnelle) et qu’il s’agit de choisir des locuteurs privilégiés invités: services de secours, médecins, forces de sécurité, chercheurs qualifiés, tout en insistant sur l’unité sociétale ("esprit de corps", fraternité, soutien aux personnels de la santé).

La résilience est aussi associée à un type de puissance que les gouvernements souhaitent apprendre à obtenir, optimiser, discipliner et canaliser vers leurs propres objectifs. Aussi, pour les forces de sécurité, il s’agit aussi de mesurer leur niveau de robustesse psychologique (personnalité, optimisme, endurance physique, état de santé, sens de l’engagement, sens de la maîtrise/influence des événements; sens du défi…).

Pour les civils, ce sera la capacité de résistance variant d’un individu à l’autre en mobilisant plusieurs ressources:

1) S’appuyer sur des croyances et des valeurs;

2) Exprimer ses sentiments et émotions;

3) S’appuyer sur ses parents et amis;

4) Imaginer que les choses ne sont pas ce qu’elle paraissent;

5) Rechercher des informations;

6) Avoir des activités physiques et aussi manger

Trois cercles de soutien social

Les facteurs de soutien sont multiples avec la recherche d’une qualité du soutien social et d’écoute "à distance" (via réseaux: famille, amis, relations de travail, communauté philosophique et religieuse), engageant les 3 cercles que sont les relations internes affectives, les relations personnelles, les relations occasionnelles. Chaque individu va aussi s’interroger sur ses propres ressources internes et externes (matérielles, morales, médicales, juridiques).

Les niveaux d’application de la résilience peuvent être individuelle (capacité propre et "à la carte" via le psycho-médical), sociétales (caricatures, humour noir, dessins affectifs, etc.) politique (plan de communications de prévention et de crise faisant parler les organes qui ont la confiance des populations tout en centralisant les informations, les recommandations, les conférences de presse codifiées et de qualité) tout en chassant les "fausses informations" (fake news).

Chris Zebrowski pose aussi quelques questions fondamentales autour de la résilience:

*Est-elle une capacité innée ou apprise?

*S’agit-il seulement de se rétablir ou de progresser?

*La résilience nous libère-t-elle véritablement de la peur?

*La résilience  promet-elle d’éradiquer les dangers ou "simplement" de retirer à l’événement son potentiel perturbateur? En somme que les menaces abondent mais que nous n’avons plus à craindre leurs conséquences.

Connaissant les épisodes anxiogènes du passé belge, notre résilience est parfaitement capable de surmonter la crise actuelle.

Tout savoir sur le coronavirus Covid-19

La pandémie de coronavirus Covid-19 frappe de plein fouet la vie quotidienne des Belges et l'économie. Quel est l'impact du virus sur votre santé et sur votre portefeuille? Les dernières informations et les analyses dans notre dossier. 

Par thématique:

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés