chronique

"Les Belges paient trop pour des services plus que médiocres"

Je recommande chaleureusement aux négociateurs de notre futur gouvernement fédéral d’aller passer quelques jours aux Pays-Bas.

Aurons-nous droit à du violet jaune, du violet vert, du violet jaune vert ou une autre combinaison de couleurs? La formation du gouvernement ressemble de plus en plus à un livre de coloriage plutôt qu’à un plan à long terme.

Ces références incessantes aux couleurs sont probablement très amusantes pour les politologues, les opticiens et experts de toutes sortes, mais dans la réalité, cette aquarelle surréaliste cache surtout le manque de focus sur les réformes réellement nécessaires. Si nous devions aujourd’hui nous laisser inspirer par une combinaison de couleurs, nous devrions songer au Rouge Blanc Bleu. Celles de nos voisins du nord, bien entendu.

Au cours des dernières semaines, je me suis rendu à plusieurs reprises aux Pays-Bas pour des conférences et des débats. Une journée aux Pays-Bas ou un aller-retour à Amsterdam provoque toujours des sentiments mêlés.

D’une part, c’est impressionnant et passionnant de constater à quel point les choses peuvent être différentes à 150 km à peine de chez nous. Qu’il s’agisse des infrastructures, des plans à long terme, du dynamisme, de l’entrepreneuriat ou de la croissance économique, la différence est palpable.

Vu à travers le prisme des Pays-Bas, le manque actuel d’ambition en Belgique est frappant.

D’autre part, de retour en Belgique, on est rapidement envahi par la question: "Pourquoi ne sommes-nous pas capables de faire la même chose?"

Vu à travers le prisme des Pays-Bas, le manque actuel d’ambition en Belgique est frappant. Les propositions de l’ex-informateur Magnette qui ont circulé ne montrent pas la moindre ambition de connecter notre pays à l’Europe du Nord.

Si le prochain gouvernement fédéral devait trouver de l’inspiration "quelque part", que ce soit alors aux Pays-Bas. La Suisse est trop unique, Singapour est trop éloigné et les Etats-Unis trop grands. Alors que les Pays-Bas sont nos voisins et suffisamment proches pour que nous allions y jeter un coup d’œil.

Ça intéresse quelqu’un une baisse d’impôts de 40 milliards d’euros?

D’abord et avant tout, les Néerlandais paient beaucoup moins d’impôts que les Belges. Non seulement cela réduit les coûts salariaux pour les employeurs, mais les travailleurs conservent en net beaucoup plus que leurs voisins du sud.

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Tranches de revenus
Sur chaque tranche de 100 euros gagnée aux Pays-Bas, 42 euros vont au gouvernement, contre 50 en Belgique.

Sur chaque tranche de 100 euros gagnée aux Pays-Bas, 42 euros vont au gouvernement, contre 50 en Belgique. Le gouvernement belge perçoit davantage, mais se retrouve en déficit. La Belgique affiche un déficit budgétaire de 11 milliards d’euros tandis que les Pays-Bas ont un excédent de… 11 milliards d’euros.

Sur le long terme, les conséquences sont également visibles: la dette souveraine des Pays-Bas ne dépasse guère 50% du PIB, par comparaison à 100% en Belgique. Une dette souveraine réduite n’est pas qu’un symbole, c’est la meilleure assurance contre des temps incertains et des possibles turbulences à venir.

En résumé, la taille des pouvoirs publics néerlandais est plus réduite et ils sont plus économes que leurs homologues belges. Ou encore: si la Belgique gérait ses moyens comme les Pays-Bas, le montant des taxes pourrait être réduit de 40 milliards d’euros. Quelqu’un est-il intéressé par une baisse d’impôts de 40 milliards d’euros?

Les pouvoirs publics belges dépensent donc beaucoup plus que leurs collègues néerlandais, mais peut-être les citoyens belges bénéficient-ils en retour de meilleurs services publics ou d’infrastructures de meilleure qualité?

Hélas, c’est tout le contraire! En ce qui concerne la qualité des infrastructures routières, les Pays-Bas occupent la deuxième place au rang mondial, derrière Singapour. La Belgique doit se contenter de la 56e place et se retrouve ainsi derrière l’Inde, la Thaïlande et le Rwanda.

Nous payons 40 milliards d’euros de trop, en échange de services plus que médiocres. Si la Belgique était un opérateur de télécoms, Test-Achats nous aurait depuis longtemps recommandé de changer de fournisseur.

Le Forum Économique Mondial évalue également la viabilité à long terme des pouvoirs publics: sont-ils prêts pour le changement et disposent-ils d’un plan à long terme? Le pays respecte-t-il les accords climatiques et environnementaux? Une fois encore, nos voisins du nord font mieux que nous: ils occupent la troisième place au niveau mondial, alors que la Belgique occupe la 36e place.

Nous payons donc 40 milliards d’euros de trop, en échange de services plus que médiocres. Si la Belgique était un opérateur de télécoms, Test-Achats nous aurait depuis longtemps recommandé de changer de fournisseur.

Enfin, au cours des dix dernières années, l’économie néerlandaise a progressé un peu plus vite que l’économie belge. Au cours des cinq dernières années, le pays a attiré quatre fois plus d’investissements étrangers que la Belgique – soit en moyenne 10% du PIB aux Pays-Bas contre 2,7% du PIB en Belgique.

Bien entendu, tout n’est pas rose outre-Moerdijk, et nos voisins doivent aussi faire face à des défis: du populisme aux protestations contre le "Zwarte Piet" et des manifestations des blouses blanches à celles contre les normes d’émissions d’azote. De plus, la baisse de la qualité de l’enseignement – à l’instar de la Flandre – est une hypothèque sur l’avenir.

Quelques jours aux Pays-Bas

©ANP

Malgré tout, je recommande chaleureusement aux négociateurs de notre futur gouvernement fédéral d’aller passer quelques jours aux Pays-Bas.

Allez découvrir le quartier "Zuidas" à Amsterdam. Entrez dans une gare au hasard. Observez l’aménagement du territoire. Roulez à vélo à Rotterdam. Lisez un rapport du Bureau du Plan néerlandais. Écoutez un débat politique sur la manière dont un pays petit, ouvert et orienté vers les exportations peut s’armer au mieux pour faire face à une économie mondiale de plus en plus turbulente.

Si nous voulons vraiment être prêts pour le futur et devenir un pays plus prospère, alors nous ferions mieux de nous inspirer du pays des grenouilles. Mais soyons clairs: cela ne sera pas facile. Mais il vaut mieux prendre le chemin escarpé qui mène vers les Pays-Bas que les montagnes russes en direction de l’Italie.

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