Les billets de banque vivent-ils leurs derniers jours?

Fabrication du nouveau billet de 50 euros dans les imprimeries de la Banque de France. ©PHOTOPQR/LA MONTAGNE/MAXPPP PHOT

Les inquiétudes quant aux transactions numériques sont grandement injustifiées. À moins d'avoir quelque chose à cacher, naturellement.

Rudolf de Schipper

Delivery Lead Belgium & International Institutions chez Unisys

D’après notre récente étude*, les consommateurs belges se méfient encore fortement des paiements électroniques. 64% d’entre eux n’ont pas l’intention d’adopter le paiement sans contact et 67% sont convaincus que de tels appareils sophistiqués seront piratés cette année encore. À terme pourtant, le basculement vers la monnaie électronique semble inévitable.

À terme, le basculement vers la monnaie électronique semble inévitable.
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Au point d’en abandonner totalement les billets de banque ? Non, probablement pas: l’argent liquide est la norme depuis si longtemps qu’il semble ancré dans notre culture. Il est tangible, on en connaît la valeur et l’on sait ce qu’il représente. L’abandonner au profit d’un système IT dont on n’a pas l’entier contrôle est loin d’une évidence. Il suffit de se remémorer les problèmes de connexion et les vaines tentatives de paiement par carte bancaire lors des samedis très encombrés en périodes de soldes. Ou le désarroi ressenti lorsque le réservoir du véhicule est pratiquement vide, mais que le terminal de paiement de la station-service est justement… hors service. C’est à cet instant précis que l’on regrette l’assurance apportée par l’argent liquide.

De l’or au Libra en passant par les billets de banque

©Photo News

Cette inquiétude est proche de celle ressentie par l’humanité lorsqu’elle dut adopter les billets de banque en lieu et place des métaux précieux, comme l’or. Mais à l’époque, le nouveau moyen de paiement était plus pratique, comme le sont aussi les paiements par ordinateur. Et comme tout le monde, ou presque, possède un smartphone, les paiements peuvent transiter en temps réel.

La numérisation accélère la transition vers une société dépourvue d’argent liquide. Je puis ainsi imaginer que la Libra, la nouvelle monnaie diffusée par Facebook, facilitera aussi les paiements mutuels sur la plate-forme. N’oublions pas qu’Instagram fait également partie de ce groupe et que c’est un canal intéressant pour le shopping. Les analystes de la Deutsche Bank estiment d’ailleurs que le shopping sur Instagram devrait générer un chiffre d’affaires d’une dizaine de milliards de dollars d’ici 2021. Un clic sur la photo, un paiement par Libra, et la livraison s’effectue le lendemain. Oui, on y arrive.

La facilité d’emploi est une chose. La sécurité en est une autre. L’inquiétude qu’elle suscite est fondée, mais pas au point de provoquer la panique. Cette technologie est encore relativement récente: elle est née voici 5 à 10 ans seulement. Il y a 10 ans, Uber n’existait pas, on écoutait la radio plutôt que Spotify et les tiges télescopiques pour selfies étaient encore dans les limbes.

Faut-il en conclure que les paiements numériques seront un jour 100% fully secured ? Non, évidemment pas. Mais il serait fou de croire que les paiements en liquide l’aient jamais été. Les faux billets ont toujours eu cours (c’est aujourd’hui encore le cas), et les transports de fonds et autres agences bancaires feront encore l’objet de braquages. La criminalité exige son tribut.

La fin des paiements au noir ?

Un autre avantage des paiements électroniques tient dans la traçabilité. Selon le rapport de l’OCDE, la transparence des transactions financières permettra une meilleure répartition des moyens ainsi qu’une limitation de la fraude. Et donc, de mieux combattre la criminalité. "Follow the money", dit-on parfois pour appréhender les criminels. Avec les paiements électroniques, tout cela devrait aller, en principe, plus vite et plus facilement.

©REUTERS

Au point d’aboutir un jour ou l’autre à la fin des paiements en noir. Même si l’on prend soin de mettre ce petit pécule sur un compte en Bitcoin, c’est une erreur de croire qu’il restera secret. Le Bitcoin est basé sur la technologie blockchain, archi connue.

Il peut sembler anonyme, et l’identité n’est pas directement reconnaissable, car tout se trouve dans un portefeuille électronique qui n’est qu’une suite de chiffres. Mais sitôt que l’on sait où est géré ce porte-monnaie, on peut aisément retrouver l’identité du propriétaire. Certes, c’est plus compliqué que pour des transactions bancaires conventionnelles, mais loin d’être impossible.

Bref, les inquiétudes quant aux transactions numériques sont grandement injustifiées. À moins, naturellement, d’avoir quelque chose à cacher.

* 2019 Unisys Security Index

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