Les combats sélectifs du Président Trump contre l'injustice

Trump ne se sent nullement lié par les engagements de ses prédécesseurs. ©AFP

Polonius, vieux conseiller et père d’Ophélie, ayant écouté Hamlet, pense à part: "Il s’agit sans doute de folie, mais il y a en elle de la méthode." Les agissements et les propos de Donald Trump nous font revenir en mémoire ces lignes de Shakespeare. Quant à la méthode, on la découvre dans l’évocation constante par le président américain de l’"unfairness", c’est-à-dire, de l’injustice en général, et plus particulièrement du manque de fair-play.

Paul Jorion
Économiste et anthropologue

Le 27 avril, lors de la visite à Washington de la chancelière Merkel, Trump insista sur le fait que les relations commerciales entre l’Europe et les États-Unis étaient "injustes" parce que déséquilibrées. "Il nous faut une relation réciproque, et nous ne l’avons pas, déclara-t-il. Nous en avons longuement débattu aujourd’hui, la chancelière et moi, et nous travaillons là-dessus. Nous voulons la rendre plus juste et la chancelière veut la rendre plus juste." Une relation juste est la condition de la réciprocité et le combat de Trump est selon lui d’éradiquer l’injustice.

Il y revient souvent. Alors qu’un journaliste l’interrogeait sur la violence avec laquelle il s’en était pris à un juge au nom à consonance hispanique, Trump s’était défendu: "J’ai été traité très injustement par ce juge. Or, il se fait qu’il est d’ascendance mexicaine. Et je construis un mur (entre les États-Unis et le Mexique), vous avez compris? Je construis un mur!"

Une relation juste est la condition de la réciprocité et le combat de Trump est selon lui d’éradiquer l’injustice.


En une autre occasion Trump caractérisait ainsi son combat: "Je ne pense pas que j’insulte les gens. Je vais droit aux faits et je n’ai pas le sentiment d’insulter les gens. Évidemment, si je suis insulté, je contre-attaque, ou si quelque chose est injuste, je contre-attaque."

Une relation déséquilibrée – alors que les plateaux de la balance que brandit la Justice devraient être équilibrés – voilà donc ce qui seul ferait sortir Trump de ses gonds, qui s’emporte alors d’une sainte colère.

Et c’est ce qui expliquerait pourquoi lorsqu’Emmanuel Macron rappela dans son allocution du 25 avril devant le Congrès: "ce sont les États-Unis qui ont inventé le multilatéralisme, c’est vous qui devez aider à le préserver et à le réinventer", ces paroles tombèrent dans l’oreille d’un sourd. Car Trump ne se sent nullement lié par les engagements de ses prédécesseurs. Bien au contraire: ceux-ci ont été les artisans des nombreuses injustices qu’il a à cœur de réparer. L’accord sur le nucléaire iranien en particulier. Et quand le président français dit à propos de l’Organisation mondiale du commerce: "nous avons écrit ces règles, nous devons les suivre", Trump hausse les épaules puisqu’il s’agissait pour lui d’un marché de dupes.

Une relation déséquilibrée – alors que les plateaux de la balance que brandit la Justice devraient être équilibrés – voilà donc ce qui seul ferait sortir Trump de ses gonds, qui s’emporte alors d’une sainte colère.
Paul Jorion

Économie grippée

Le comble de l’absence de fair-play, c’est bien entendu la Chine qui l’incarne aux yeux du Président américain. Il ne parle pas de perfidie extrême-orientale à son propos, mais l’on s’interroge pourquoi.

"Voyez le déficit de la balance commerciale entre les États-Unis et la Chine, dit Trump: 375 milliards de dollars chaque année! C’est trop injuste! Réduisons ce scandale de 100 milliards!"

Avec sa réforme fiscale, le Président Trump vient encore de donner à la concentration de la richesse un grand coup d’accélérateur.
Paul Jorion


"La somme est considérable, admettent les Chinois, mais à qui la faute? Nos salariés épargnent 40% de leurs revenus et il faut bien placer cet argent-là quelque part!" En achetant par exemple des usines ou des firmes de haute technologie américaines. "Vos classes moyennes sont aux abois, poursuivent les Chinois, à qui la faute si la moitié la moins riche de vos concitoyens se partage 1,1% du patrimoine national, tandis que les 40% les moins riches n’ont rien, les dettes des plus pauvres annulant les médiocres avoirs des autres (chiffres officiels pour 2017)? Pourquoi s’en prendre à nous!"

Ce genre-là d’injustice, nul ne l’ignore, retient bien moins l’attention du Président Trump, lui qui, avec sa récente réforme fiscale, vient encore de donner à la concentration de la richesse, un grand coup d’accélérateur. Comme si, dans une économie mondiale grippée par de telles disparités, il restait encore la moindre marge pour les aggraver encore.

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