chronique

Les crypto-monnaies au cœur de la polémique

Avocat associé Ulys

C’est la question qui agite le landerneau financier : les crypto-monnaies sont-elles un univers impitoyable où tous les coups sont permis, peuplé de hackers et autres fraudeurs, destiné à financer le crime organisé et le terrorisme ?

Par Etienne Wéry
Avocat associé (ULYS)

Alors que la Chine vient de les interdire et que les USA rêvent de les règlementer, les ICO (Initial Coin Offerings) cartonnent sur Internet. 300 millions de dollars levés en quelques mois. Tandis que les critiques du milieu financier fusent, le cours de la crypto-monnaie s’envole.

Vous connaissez sans doute les introductions en bourse ? Dans le jargon financier, on parle de IPO pour " Initial Public Offering ". Le principe est simple : tout ou partie des actions d’une société seront désormais cotées sur un marché règlementé où elles pourront être ache-tées et/ou vendues.

Il y a deux motifs principaux pour aller en bourse : d’une part, la société est en croissance et doit se financer, et d’autre part, les actionnaires existants ont envie de valoriser leurs actions. Très souvent, les deux motifs sont présents et mêlés : il y a certes un projet à financer, mais il y a aussi l’envie des actionnaires existants de faire un beau coup.

Une IPO est une opération extrêmement lourde, que ce soit sur le plan économique, juridique ou réglementaire. Les IPO sont tellement complexes qu’elles sont la plupart du temps hors de portée des start-ups : trop lourd, trop coûteux, trop rigide, trop lent.

IPO dans le virtuel

Avec le développement des crypto-monnaies – Bitcoin et Ethereum en tête – on assiste à l’émergence des ICO. C’est en quelque sorte une IPO dans l’univers virtuel, mais il y a plusieurs différences fondamentales.

L’ICO ne se déroule pas sur un marché réglementé, contrairement aux IPO. C’est, d’une certaine façon, une opération strictement privée : une société déclare sur Internet sa volonté de lever des fonds en crypto-monnaie. De cette première caractéristique, fondamentale, en découlent deux autres.

Premièrement, le risque est réel, là où la lourdeur des IPO a pour but d’éviter d’offrir au public des sociétés qui ne sont saines qu’en appa-rence. On aurait tort, en revanche, d’en déduire que les ICO sont par définition suspectes. Cela signifie seulement que le cadre règlementaire mis en place pour les IPO est absent.

Deuxièmement, l’opération est plus souple, plus rapide. Qu’il s’agisse de la préparation ou de la réalisation, les choses se passent à grande vitesse. L’ICO elle-même ne dure parfois que quelques secondes, au cours desquelles des dizaines ou des centaines de millions de dollars sont récoltés.

Et ça marche ! Il y a une, voire deux ICO chaque semaine sur Internet. Coindesk a réalisé une analyse pour le premier trimestre 2017 : les en-trepreneurs de la blockchain ont levé 327 millions de dollars via des ICO, contre 295 millions de dollars auprès des circuits classiques.

Question quasi-philosophique

C’est la question qui agite le landerneau financier : les crypto-monnaies sont-elles un univers impitoyable où tous les coups sont permis, peuplé de hackers et autres fraudeurs, destiné à financer le crime organisé et le terrorisme ?

Nous n’allons pas trancher ici cette question quasi philosophique. Nous nous limiterons à rappeler que les crypto-monnaies ne sont pas réglementées par une banque centrale ou un Etat. C’est à la fois leur force principale et leur faiblesse principale.

L’Homme étant ce qu’il est, l’absence de régulation engendre forcément un risque de fraude. Si je veux agresser quelqu’un, autant le faire sur un parking désert la nuit que devant un commissariat en pleine journée. C’est la même chose avec les crypto-monnaies.

Mais une autre caractéristique fondamentale des crypto-monnaies est d’être transparentes, dans le sens où la technologie sur laquelle elles reposent est fondée sur une surveillance de l’ensemble des participants au réseau. Il y a donc, par l’effet de cette surveillance croisée, un puissant frein à la fraude. Dans l’analogie du parking, celui-ci n’est pas vraiment désert : tous ses utilisateurs ont en permanence une caméra pointée dessus pour s’assurer que tout va bien.

Les ICO interdites ?

La Chine vient récemment d’interdire purement et simplement les ICO. La SEC (gendarme américain des marchés financiers) propose d’assimiler la crypto-monnaie émise lors d’une ICO à des actions de l’entreprise, dans le but de retrouver un pouvoir de régulation. En Europe, les choses ne sont pas tranchées et les autorités des Etats membres ont parfois des approches divergentes.

Une chose est sûre : en ayant multiplié son cours par 3 en moins d’un an, le bitcoin attire toutes les attentions et les convoitises. Ce sera sans aucun doute un sujet amplement débattu dans les mois et les années qui viennent.

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