"Les écoles ne doivent pas fermer une seconde fois"

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Nous sommes convaincus que la place des enfants et des adolescents est à l’école. Les enfants et les adolescents méritent d’être prioritaires dans nos choix de société. Les enfants ne sont pas le moteur de l’épidémie.

Les enfants et les adolescents méritent d’être prioritaires dans nos choix de société. Les enfants ne sont pas le moteur de l’épidémie. Les adolescents et les jeunes adultes semblent actuellement jouer un rôle plus significatif. Ces adolescents et ces jeunes adultes doivent être soutenus dans leurs activités et encouragés à agir en protégeant les personnes fragiles. Ils doivent accorder une attention toute particulière aux contacts dans leurs activités extrascolaires. Les conséquences d’une fermeture des écoles seraient particulièrement défavorables pour nos jeunes et notre société. D’autant que nous ne pensons pas que cette fermeture diminuerait significativement la transmission du coronavirus.

On a l’impression qu’il y a de plus en plus de cas dans les écoles, qu’est-ce qui peut expliquer ce phénomène?

La grande question est de cerner qui joue exactement quel rôle dans cette transmission: les contacts familiaux et sociaux? l’université? les fêtes étudiantes? l’école? les activités extrascolaires, sociales ou sportives?

 Le virus circule beaucoup trop librement au sein de la population en ce moment et cela se traduit de façon préoccupante par l’augmentation du nombre d’admissions à l’hôpital. On enregistre en parallèle un nombre croissant de cas positifs dans les écoles parmi le personnel, mais aussi les élèves. Ajouter à cela des quarantaines arbitraires qui mettent à mal le système scolaire.

La grande question est de cerner qui joue exactement quel rôle dans cette transmission: les contacts familiaux et sociaux? l’université? les fêtes étudiantes? l’école? les activités extrascolaires, sociales ou sportives? De nombreux facteurs peuvent être incriminés et les cas détectés dans les écoles ne sont toujours liés à une contamination intrascolaire. Le dernier rapport hebdomadaire de l’ONE rapporte que 85% des transmissions se font en dehors de l’école.

Par ailleurs, l’âge reste un facteur clé dans la transmission de SARSCoV-2 et il faut bien différencier l’école maternelle et primaire de l’école secondaire et de l’enseignement supérieur.

De plus, le système de testing et de tracing est déforcé par le manque de ressources humaines, notamment dans les services de Promotion de la Santé à l’École, et la complexité des procédures retarde les actions à prendre sur le terrain pour casser les chaînes de transmission.

Un effort collectif de tous les Belges est urgent et indispensable afin de contenir cette circulation du virus, diminuer les hospitalisations et maintenir le système scolaire en place. Un renforcement du système de testing et de tracing est nécessaire dans les collectivités pour pouvoir intervenir de façon plus rapide et ciblée. Une fermeture des écoles n’empêchera pas les jeunes de se voir en dehors.

Les enfants sont-ils toujours plus épargnés par la Covid?

Les enfants de moins de 12 ans ne sont pas les principaux moteurs de l’infection. Des questions subsistent cependant comme celle du rôle potentiel d’enfants porteurs.

 Selon le dernier rapport Sciensano concernant les enfants et reflétant ce qui s’est passé depuis mars, les enfants ne représentent que 3% du total des infections et 1,6% des hospitalisations. Ces chiffres sont similaires à ceux des Pays-Bas où les enfants 0 à 3 ans représentent 0,3% des infections contre 1.7% des infections chez les 4 à 11 ans et 5,2% chez les 12-17 ans et où seuls 2,9% of the hospitalisations concernent des enfants de moins de 18 ans (RIVM). Les chiffres hebdomadaires sont également rassurants en ce qui concerne les enfants: ils restent peu infectés et peu malades.

L’augmentation actuelle des hospitalisations, tout à fait réelle et préoccupante en médecine adulte, ne s’observe pas en pédiatrie. Il existe un large consensus scientifique international pour penser que les enfants de moins de 12 ans ne sont pas les principaux moteurs de l’infection. Des questions subsistent cependant comme celle du rôle potentiel d’enfants porteurs, mais qui sont asymptomatiques (ou très peu symptomatiques) dans les chaînes de transmission. Plusieurs études sont en cours pour répondre à ces questions, au niveau international et belge.

Est-ce aussi le cas pour les adolescents?

Concernant les étudiants de l’enseignement supérieur et les grands adolescents en école secondaire (15-25 ans), on relève une augmentation plus importante des contaminations dans ces groupes d’âge. Il est important toutefois de rappeler que le début de cette augmentation a précédé la rentrée scolaire.

Il est encore difficile de comprendre précisément les causes de cette hausse, également observée dans d’autres pays. Le rôle joué par la vie sociale "intense" de ces jeunes ne doit pas être négligé, ni dans l’analyse du problème ni dans les solutions proposées. Une fermeture des écoles et/ou de l’enseignement supérieur pourrait en effet être associée à une augmentation des contacts à risque extrascolaires. L’impact en termes de rupture de chaînes de transmission est loin d’être garanti. Il nous semble extrêmement important de pouvoir cibler au mieux ces jeunes pour les motiver à respecter les mesures barrières tant à l’école, mais également, voire surtout, en dehors des écoles (pauses de midi, activités extrascolaires sportives ou sociales).

Comment mieux cibler les adolescents et les jeunes adultes?

Il faut faire ensemble preuve de créativité pour mieux sensibiliser les jeunes à ces mesures essentielles pour enrayer l’épidémie.

 Il faut éviter de stigmatiser ou de culpabiliser. La vie sociale est fondamentale à cet âge et l’année a été difficile pour tout le monde, certainement pour les jeunes. Il semble néanmoins important de continuer à jouer la carte de la pédagogie particulièrement pour les adolescents et jeunes adultes appartenant aux tranches d’âge les plus touchées actuellement (15-25 ans). Il faut leur expliquer qu’ils sont potentiellement un facteur de transmission significatif à ce stade de l’épidémie. Il faut leur rappeler la raison d’être des précautions (masques, distanciation, ventilation, etc.) dans le cadre de leurs cours (biologie, sciences…), sur le web et via les réseaux sociaux. Ils doivent continuer à se développer et se former tout en protégeant les plus vulnérables (personnes âgées ou malades) afin de devenir des "superprotecteurs". Il faut faire ensemble preuve de créativité pour mieux sensibiliser les jeunes à ces mesures essentielles pour enrayer l’épidémie.

Dispose-t-on de plus de données sur les conséquences psychosociales de la fermeture des écoles?

L’impact psychosocial d’une fermeture des écoles est énorme. Les jeunes sont par définition en plein développement. Les apprentissages scolaires et psychosociaux doivent se faire dans cette période critique de développement dans laquelle le cerveau est le plus malléable et le plus apte à apprendre. Pour cette raison, les mesures, si elles ne sont pas prises en tenant compte de ces facteurs, risquent d’avoir un effet potentiellement très significatif sur le reste de la vie de nos jeunes.

Des conséquences sur le plan psychosocial

Les professionnels de la santé mentale nous alertent sur une augmentation des conflits et violences intrafamiliales ainsi qu’un nombre plus important de divorces. Une fermeture des écoles a comme effet que les jeunes sont beaucoup plus exposés aux problèmes intrafamiliaux et n’ont pas d’autres adultes ni de pairs qui peuvent servir de tiers pour alléger leur mal-être et pour intervenir si nécessaire. Par ailleurs, on a pu remarquer que beaucoup de jeunes socialement vulnérables ont eu des difficultés pour réintégrer l’école après la fermeture. Les cliniciens sont aussi confrontés à une nette hausse des troubles mentaux comme les troubles alimentaires, les anxiétés et l’isolement social.

Des conséquences sur le plan scolaire

Ce sont les jeunes vulnérables (situation socio-économique fragile, troubles mentaux, maladies chroniques, jeunes à risque de décrochage scolaire, etc.) qui souffrent le plus.

Les chercheurs de la KULeuven ont noté un retard scolaire de, en moyenne, 6 mois en 6e primaire après 3 mois de fermeture des écoles (juin 2020). Un groupe significatif de jeunes a gravement souffert de la fermeture des écoles (étude UCLouvain & ULiège, juin 2020): ils n’ont pas pu accrocher à l’enseignement à distance, ont été très stressés et ont perdu leur motivation pour l’école. Les enseignants notent effectivement une grande perte au niveau des connaissances et, encore plus inquiétant à long terme, mais aussi au niveau de l’attitude de travail et des capacités de concentration. Par rapport à tous ces chiffres, ce sont les jeunes vulnérables (situation socio-économique fragile, troubles mentaux, maladies chroniques, jeunes à risque de décrochage scolaire, etc.) qui souffrent le plus.

CARTE BLANCHE

Représentants francophones de la task-force pédiatrique (par ordre alphabétique)

Olga Chatzis, pédiatre-infectiologue aux Cliniques universitaires Saint-Luc
Julie Frère, pédiatre-infectiologue au CHU à Liège
Delphine Jacobs, pédopsychiatre aux Cliniques universitaires Saint-Luc
Stéphane Moniotte, chef de département de pédiatrie des Cliniques universitaires Saint-Luc
Pierre Smeesters, pédiatre-infectiologue, chef du service de pédiatrie à l’HUDERF Anne Tilmanne, pédiatre-infectiologue à l’HUDERF
David Tuerlinckx, pédiatre-infectiologue au CHU Dinant Godinne UCL Namur Dimitri Van der Linden, pédiatre-infectiologue aux Cliniques universitaires Saint-Luc et porte-parole francophone de la task-force pédiatrique

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