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Les émotions animales sortent du placard

Par Hugues Belin

Les médias ne se sont pas privés de faire, depuis deux ans, le parallèle entre le comportement presque caricatural du Président américain et certains comportements de la gente animale. Mais dans une colonie de chimpanzés, Donald Trump ne serait pas un mâle alpha, car un mâle alpha veille sur l’ordre et défend les plus faibles.

Depuis le singe nu de Desmond Morris, nous savons combien nous sommes proches de nos cousins (des primates, dont nous sommes aussi une espèce). Aujourd’hui, les avancées des neurosciences enfoncent le clou : les animaux dotés d’un système nerveux central ont des émotions et ils " ressentent ".

Leur intelligence émotionnelle est même vitale. Le célèbre primatologue américano-néerlandais Frans de Waal brise une bonne fois pour toutes le " tabou " des émotions animales dans son nouveau livre. Le chercheur y démontre avec force anecdotes qu’aucune des émotions humaines (rire, peur, orgueil, colère, gratitude, chagrin, affection, désir, dégoût, jalousie, envie…) n’est propre à l’homme.

Les émotions sont " biologiques et essentielles " : chacune d’entre elles a traversé l’évolution, chère à Darwin, pour permettre de " nous orienter dans un monde complexe que nous ne comprenons pas entièrement ". Elles nous permettent de prendre des décisions, voire structurent nos sociétés.

Au moins, les chimpanzés sont plus "honnêtes" que nos politiciens et dirigeants d’entreprise car ils ne cachent pas leur soif de pouvoir et de sexe!

Au moins, les chimpanzés sont plus " honnêtes " que nos politiciens et dirigeants d’entreprise car ils ne cachent pas leur soif de pouvoir et de sexe ! Le désir de diriger est même un élément moteur de nombreux échanges sociaux et un moyen de structurer les sociétés de primates. Les animaux nous montrent aussi à quel point l’empathie est au cœur de nos relations sociales, au grand dam des tenants de l’individualisme. Même les souris sont attirées par la détresse des autres !

L’empathie n’aurait jamais traversé l’évolution si elle ne contribuait pas à créer des sociétés fondées sur la coopération, car vivre en groupe est un moyen de survie essentiel. Les animaux luttent davantage contre leur environnement, la faim ou la maladie que les uns contre les autres.

Pour Frans de Waal, la guerre moderne n’a d’ailleurs pas grand-chose à voir avec les instincts agressifs de notre espèce - c’est plutôt l’instinct " moutonnier " qui s’y exprime. Il passe au crible nos émotions les plus intimes et les retrouve toutes chez les animaux. Selon lui, nous serions au cœur d’une " révolution cognitive tardive " qui touche nos espèces sœurs. Certes, quand on voit le chemin parcouru pour admettre que les bébés sont des personnes, nous avons encore de la marge avec les animaux. Ils sont pourtant là pour nous rappeler que toutes nos émotions si humaines puisent leur source dans l’évolution, donc dans la survie des espèces.

Frans de Waal se propose de nous accompagner avec humour et tendresse dans ce rapprochement avec les animaux, en apportant expressément de l’eau au moulin des défenseurs du bien-être animal.

La dernière étreinte – le monde fabuleux des émotions animales… et ce qu’il révèle de nous, Frans de Waal, Ed. Les liens qui libèrent, 390 pages, 23,50€

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