Les entreprises peuvent déjà faire beaucoup pour améliorer la mobilité

L’impact du télétravail sur la mobilité dans la Région de Bruxelles-Capitale représenterait entre 10% et 20%. ©BELGAIMAGE

Le CEO de PwC Belgique évoque plusieurs choses que les entreprises peuvent déjà faire pour avoir un impact positif sur la mobilité.

Par Axel Smits
CEO de PwC Belgique

Nous sommes en pleine semaine de la mobilité, dont l’objectif est de sensibiliser les entreprises et les citoyens aux transports durables. La nécessité d’un tel changement est devenue évidente. L’étude sur la mobilité publiée la semaine dernière par Securex en est un exemple. Les résultats de cette étude montrent que six salariés sur dix envisageraient de changer d’emploi si leur véhicule de société venait à leur être retiré. Ces résultats sont interpellants. D’un autre côté, en tant que dirigeant d’une entreprise occupant 2.000 travailleurs qui doivent se déplacer à travers le pays au quotidien, je ne suis pas totalement surpris.

Pour une entreprise comme la nôtre, la voiture reste souvent l’option la plus réaliste. Beaucoup pensent toujours que le réseau de transports en commun n’est pas suffisamment étendu pour pouvoir être utilisé à chaque déplacement. Les employés dont le travail implique de nombreux déplacements doivent pouvoir circuler de manière flexible et efficace, que ce soit vers le bureau ou en clientèle. Un véhicule de société reste, avant tout, un élément important de la rémunération. Dans un contexte de coûts salariaux élevés et dans le cadre fiscal actuel, ce n’est pas quelque chose que nous pouvons supprimer du jour au lendemain: le pouvoir d’achat de nos collaborateurs s’en trouverait diminué.

Par rapport à 2012, on compte près de 200 kilomètres d’embouteillages supplémentaires.
Axel Smits

J’observe également ce que font les autres organisations et entreprises. Ces dernières années, nombre de nouvelles initiatives ont été lancées par des entreprises belges qui tentent de faire preuve de créativité en matière de mobilité dans le cadre de leur responsabilité sociale. En dépit de tous ces efforts, presque rien n’a changé sur nos routes. Nous restons toujours bloqués dans les embouteillages au quotidien.

Cela signifie-t-il que nous devrons à nouveau attendre le prochain débat ou une nouvelle démonstration scientifique de l’impact sur l’environnement? L’enlisement du débat actuel sur la mobilité montre à quel point la problématique est complexe. Je crois fermement que les organisations peuvent d’ores et déjà commencer à prendre des initiatives à la portée de tous autour de trois piliers: la multimodalité, la limitation des déplacements et l’amorce d’un changement de mentalité.

Force est de constater que 90% à 95% de nos voitures sont garées toute la journée.
Axel Smits

1. La multimodalité, la nouvelle normalité

Aujourd’hui encore, la quasi-inexistence de solutions de mobilité alternatives pour se déplacer littéralement de porte à porte demeure le talon d’Achille. Il n’est donc pas étonnant que la congestion de nos routes n’ait cessé d’augmenter ces dernières années. Par rapport à 2012, on compte désormais près de 200 kilomètres d’embouteillages supplémentaires.

Si les entreprises veulent tenir lieu de catalyseur du changement, je pense que la solution consiste à proposer la mobilité comme service en tant que dirigeant. Que se passe-t-il si vous n’avez plus "besoin" d’une voiture, d’un vélo ou d’un abonnement de train mais que vous disposez d’un autre moyen de transport? Le premier pilier de notre nouvelle vision de la mobilité consiste à proposer des outils rapides et flexibles qui permettent aux gens de choisir la meilleure option pour leurs déplacements. Ainsi, une carte de carburant pourrait se transformer en carte de mobilité. Grâce à cette carte, l’utilisateur peut non seulement payer son carburant, mais aussi recharger une voiture électrique ou régler un trajet en train.

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Salariés
Six salariés sur dix envisageraient de changer d’emploi si leur véhicule de société venait à leur être retiré.

2. Les meilleurs déplacements sont ceux que l’on ne fait pas

Les gens ont aujourd’hui des besoins différents en termes de déplacements et de mobilité. Force est de constater que 90% à 95% de nos voitures sont garées toute la journée. Nous devons donc oser proposer une liberté de choix maximale en tant qu’employeur. Les meilleurs déplacements sont ceux que l’on ne fait pas: tous les autres sont, par définition, moins optimaux. Si le travail indépendant du temps et du lieu est désormais un fait acquis, ce n’est pas encore une pratique courante dans toutes les entreprises. Cela me surprend chaque fois, car il s’agit pourtant d’une solution simple et gratuite qui a une incidence majeure: à titre d’exemple, l’impact du télétravail sur la mobilité dans la Région de Bruxelles-Capitale représenterait entre 10% et 20%.

La recherche de la durabilité doit faire partie de l’ADN des entreprises.
Axel Smits

L’impact est également considérable pour nous. L’an dernier, nos collaborateurs ont parcouru 3 millions de kilomètres en moins parce qu’ils travaillaient davantage à domicile. Par ailleurs, nous avons déjà conclu des accords avec d’autres entreprises afin que nos collaborateurs puissent travailler quelques heures sur leurs sites respectifs.

3. Un ADN durable

Vous pouvez lancer de nouvelles initiatives, mais la plus grande différence que vous puissiez faire consiste à encourager vos collaborateurs à continuer à réfléchir à cette problématique et, surtout, à regarder vers l’avenir. La recherche de la durabilité doit faire partie de l’ADN des entreprises. Si nous voulons réussir, la durabilité doit se refléter dans tout ce que nous faisons en tant qu’entreprise, de notre vision stratégique à nos missions quotidiennes en passant par notre culture organisationnelle toute entière. Les incitations positives plutôt que les sanctions négatives jouent un rôle crucial à cet égard afin de pérenniser le changement de comportement.

En définitive, nous n’avons pas besoin d’attendre la solution suprême, car elle ne viendra pas dans l’immédiat. Le plus important, c’est que nous osions croire que nous pouvons déjà opérer des changements maintenant. Si nous ne faisons rien, nous serons de toute façon perdants. Mais il reste encore tellement à gagner.

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