Les faucons dans la Maison-Blanche génèrent des "inconnues inconnues"

Ray Dalio, le fondateur de Bridgewater, le plus grand fonds spéculatif au monde, a créé un "indicateur de conflits", qui recherche dans les médias les mots et signes annonciateurs de conflits. ©Bloomberg

"L’homme qui aime toutes les guerres", c’est ainsi que le nouveau conseiller à la sécurité du président américain est connu par ses amis et ses ennemis. Ces 15 dernières années, John Bolton plaide pour une confrontation radicale avec l’Iran. "Une attaque préventive contre la Corée du nord est parfaitement légitime pour les États-Unis si l’on tient compte de la menace que représentent les armes nucléaires nord-coréennes", a déclaré Bolton, qui défend également une position militaire et économique plus agressive envers la Chine.

Koen De Leus
Chief economist chez BNP Paribas Fortis

La vitesse à laquelle les voix modérées sont expulsées de la Maison-Blanche est du jamais vu. Ont dû faire leurs valises ces derniers mois: le directeur de la communication Hope Hicks, le conseiller économique et mondialiste Gary Cohn, le ministre des Affaires étrangères Rex Tillerson, le vice-directeur du FBI Andrew McCabe, et aujourd’hui le Général H.R. McMaster. Doivent encore déguerpir si Trump souhaite une administration composée uniquement de faucons nationalistes: le chef de cabinet John Kelly et le ministre de la Défense James Mattis.

Années 30

Le populisme et l’arrivée au pouvoir de personnalités extrêmes augmentent partout dans le monde. Ray Dalio, le fondateur de Bridgewater, le plus grand fonds spéculatif au monde, a créé un "indicateur de conflits", qui recherche dans les médias les mots et signes annonciateurs de conflits. Le pourcentage de voix accordées à des candidats populistes est passé de 7% en 2010 à 35% en 2017. Cette augmentation rapide ne s’est produite qu’à une seule reprise dans l’histoire, à savoir durant les années 30, à la veille de la Seconde Guerre mondiale.

39%
Du patrimoine
Aux Etats-Unis, 39% du patrimoine sont détenus par 1% de la population.

L’augmentation des inégalités dans le monde, et en particulier aux États-Unis, y contribue. Au pays de l’Oncle Sam, 1% de la population gagne 20% des revenus totaux avant impôts. Le record absolu de 21,4% atteint en 1929 n’est pas bien loin. Idem pour la répartition de la richesse américaine, où 39% du patrimoine sont détenus par 1% de la population.

Ces inégalités et l’émergence de gouvernements populistes augmentent les incertitudes. Personne ne sait comment les relations évolueront avec la Corée du nord et le Venezuela. Mais la Turquie, la Russie, l’Iran et l’ancien symbole de stabilité – les États-Unis – sont eux aussi devenus totalement imprévisibles. En Europe, la Pologne et la Hongrie mènent la vie dure à la Commission européenne, tandis qu’en Italie, deux partis populistes tentent de former un gouvernement. Au Royaume-Uni, la probabilité d’avoir un Premier ministre communiste dans quelques années est réelle.

Les événements macro-économiques qui ont touché les marchés financiers ces dix dernières années font partie des "connues inconnues". Dans cette catégorie, on trouve les perspectives de croissance et de croissance potentielle, le niveau de taux neutre réel auquel investir et épargner sont à l’équilibre.
Koen De Leus

Marchés financiers

"Certaines inconnues sont connues", a déclaré l’ancien ministre de la Défense américain Donald Rumsfeld en 2002. "Ce sont les choses dont nous savons que nous les ignorons. Mais il y a aussi des inconnues inconnues: ce sont les choses dont nous ne savons pas que nous les ignorons." Les conflits politiques font partie de ces inconnues inconnues, les "unknown unknowns".

Les conséquences pour les investisseurs sont importantes. Les événements macro-économiques qui ont touché les marchés financiers ces dix dernières années font partie des "connues inconnues". Dans cette catégorie, on trouve les perspectives de croissance et de croissance potentielle, le niveau de taux neutre réel auquel investir et épargner sont à l’équilibre. Nous savons que nous n’avons pas de réponses exactes à ces questions. Tôt ou tard, un de ces paramètres va surprendre le marché et une correction suivra. Cela augmente les risques, mais nous pouvons nous en protéger en diversifiant nos investissements.

Nous n’avons aucune idée des conséquences possibles d’une attaque préventive sur la Corée du nord, et donc encore moins de la probabilité des effets, ce qui rend toute anticipation très difficile, voire impossible.
Koen De Leus

Inconnues inconnues

Les inconnues inconnues sont des éléments que nous – ou les banquiers centraux – n’imaginons même pas. Aux États-Unis, personne n’avait imaginé avant la grande crise financière que les prix des maisons tomberaient à des niveaux aussi bas. Le risque du niveau élevé d’endettement de plusieurs pays européens n’est pas davantage visible sur le radar. Le risque principal et le plus difficile à prédire est pourtant l’éventualité d’un choc politique.

Il ne s’agit cependant pas d’un risque, mais d’une inconnue. La différence entre les deux concepts est grande. Nous n’avons aucune idée des conséquences possibles d’une attaque préventive sur la Corée du nord, et donc encore moins de la probabilité des effets, ce qui rend toute anticipation très difficile, voire impossible. Nous préférons fermer les yeux, et c’est d’ailleurs l’attitude le plus souvent adoptée par les marchés financiers depuis l’accession de Trump à la présidence.

Avec la domination des faucons nationalistes à la Maison-Blanche d’une part, et les leaders "totalitaires" d’autre part, le nombre d’inconnues ne fait que croître. Il devient de plus en plus difficile d’ignorer cette situation, et son anticipation reste un problème pour les investisseurs. Un bon compromis pourrait consister à investir dans des actifs financiers qui tirent avantage des conflits.

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