chronique

Les investissements publics ne sont pas le remède miracle

"Les pouvoirs publics doivent accroître leurs investissements." C’est une solution maintes fois suggérée face au malaise actuel de la croissance européenne.

Le raisonnement est le suivant: que les pouvoirs publics investissent et la croissance économique reviendra automatiquement.

En effet, non seulement, les investissements influencent directement l’activité économique, mais ils sont aussi le moteur du potentiel futur de croissance économique. En outre, aujourd’hui les investissements des entreprises et des ménages sont insuffisants et il serait bon que les pouvoirs publics investissent davantage pour pallier à la défaillance du secteur privé.

Et, finalement, ces mêmes pouvoirs publics ont actuellement accès à un financement pratiquement gratuit grâce à la Banque Centrale Européenne. Qu’est-ce qui nous empêche donc d’enclencher des investissements massifs des pouvoirs publics?

Bien que la majorité des analystes et des décideurs s’accordent sur le fait que des investissements publics de meilleure qualité ne seraient certes pas un mal, les raisons de ne pas attendre le salut d’une augmentation des investissements publics sont nombreuses.

Daniel Gros, du Center for European Policy Studies, formule trois grands commentaires sur les "investissements publics comme solution miracle" pour la croissance européenne.

En premier lieu, le potentiel de croissance de la zone euro semble structurellement inférieur à ce qu’il était avant la crise. Cela n’est pas arrivé du jour au lendemain. Le resserrement de la population active en Europe et le recul permanent de l’augmentation de la productivité enregistrés ces dernières années font en sorte que le potentiel de croissance de la zone euro est aujourd’hui bien plus faible qu’il y a dix ou quinze ans.

Quant à nous, nous évaluons le potentiel de croissance économique annuelle de l’Europe à moins d’1%. À titre de comparaison, aux États-Unis, le potentiel de croissance dépasse largement les 2%.

La régulation plus contraignante du secteur financier, même si elle se justifie amplement, explique également cette limitation du potentiel de croissance. Aujourd’hui, les institutions financières prennent moins de risques qu’avant la crise, ce qui réduit le potentiel de croissance. Et avec cette réduction, les entreprises ne sont simplement plus enclines à investir autant qu’avant la crise.

Crédit bon marché

Deuxièmement, on peut se demander si on reviendra jamais à un niveau de croissance des investissements d’avant la crise. Comme déjà signalé ci-dessus, les investissements d’avant la crise dans certains pays et certains secteurs étaient déjà excessifs.

L’accès aisé au crédit bon marché a entraîné la formation d’une bulle dans les investissements. Il suffit de penser à l’Espagne, l’Irlande ou la Grèce. Dans ces pays, on a trop investi. Ils sont nombreux, aujourd’hui, à continuer à en souffrir, ou à payer les excès du passé. Que les pouvoirs publics "reprennent" ces investissements ou investissent "à la place des entreprises et des consommateurs" ne serait pas forcément une bonne idée.

En troisième lieu, ce n’est pas comme si les investissements publics étaient toujours une garantie de croissance plus forte. Les investissements d’infrastructures de qualité peuvent certainement améliorer le potentiel de croissance de l’économie, surtout s’ils offrent un rendement positif à plus long terme.

Selon des chiffres du FMI, ces investissements d’infrastructures peuvent même faire baisser la dette publique, précisément parce que leur coût de financement annuel est inférieur au revenu annuel en termes de potentiel de croissance.

Anguille sous roche

Soit, en d’autres mots: dans le niveau d’endettement, ils font augmenter le dénominateur plus rapidement que le numérateur. Mais il y a anguille sous roche. L’affirmation que les investissements publics d’infrastructures ont toujours et partout un effet positif ne se vérifie pas. Cela n’est valable que pour les pays à "haute efficacité". Des pays comme la France, l’Allemagne ou les États-Unis.

Pour les pays à "faible efficacité" (lisez: des pays comme l’Italie ou la Grèce), c’est précisément le contraire: l’augmentation des investissements publics en infrastructures entraîne chez eux une augmentation structurelle de la dette publique et peut représenter une contribution négative à l’économie.

Là-bas, les investissements sont souvent synonymes de gaspillage d’argent. En d’autres termes: les pays bénéficiant d’une gestion efficace ont tout intérêt à développer les investissements publics en infrastructures. Les pays souffrant d’une gestion faible ont tout intérêt à développer… une meilleure gestion.

Par Peter de Keyzer, chief Economist BNP Paribas Fortis.

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