carte blanche

Les voitures autonomes vont révolutionner le transport public

La question n’est plus de savoir si les chauffeurs Uber sont des taximen déguisés, mais qui se chargera du transport des clients à l’avènement des voitures autonomes. Ce n'est ni plus ni moins qu'une nouvelle ère qui s’annonce pour les transports publics.

De part et d'autre de l'Atlantique, le débat et les querelles juridiques sur Uber et d'autres plates-formes de covoiturage se sont concentrés sur le statut professionnel des chauffeurs et leur droit d'exercer ou non la profession de chauffeur de taxi. Cette question n'est pas pertinente pour l'avenir. La vraie question est de savoir qui sera en charge du transport des clients lorsque les voitures autonomes prendront enfin la route.

Sami Mahroum, Professeur à la Solvay Brussels School of Economics and Management (ULB) et Fellow Knowledge Centre Data & Society, VUB

En principe, Uber, Lyft et d'autres sociétés de covoiturage utilisent des technologies basées sur le big data et les données de géolocalisation pour mettre les conducteurs en contact avec les passagers et permettre aux propriétaires de voitures privées de rentabiliser leurs actifs, qui autrement perdraient de la valeur. Mais la réaction contre les sociétés de covoiturage a été provoquée par le fait que leurs chauffeurs ressemblaient davantage à des pseudo-employés qu’à de véritables entrepreneurs indépendants et que les sociétés ressemblaient plus à des compagnies de taxi qu'à des plates-formes de covoiturage.

Vrais et faux "taximen" promis à une même mort

Si les voitures autonomes sont capables de circuler en douceur et en toute sécurité, la rémunération du chauffeur, qui représente pas moins de 80 % des coûts d'exploitation, pourrait être économisée.

Mais la réalité, c’est que les chauffeurs de taxi réguliers ainsi que ceux d’Uber seront évincés lorsque les voitures autonomes prendront la route. AutoX, une société chinoise soutenue par Alibaba, vient d'augmenter le nombre de ses "robotaxis" autonomes dans plusieurs villes de Chine.

Uber, qui possédait jusqu'à très récemment une division de voitures autonomes, espère également introduire des taxis autonomes afin de réduire les coûts et d'augmenter la rentabilité.

Uber et AutoX ne sont pas les seules entreprises à s'intéresser aux taxis autonomes. Google, GM, Tesla et plusieurs autres font la course pour faire des voitures autonomes une réalité sur les routes. Le PDG de Tesla, Elon Musk, pense que les propriétaires de voitures autonomes les rentabiliseront en les mettant à disposition pour le covoiturage. En fait, Musk a déclaré qu'il prévoyait de lancer d'ici la fin de l'année une application pour smartphone permettant aux utilisateurs d'appeler une voiture située à proximité.

Le propriétaire du "taxi" pourra préciser les plages horaires et les jours de disponibilité de sa voiture en fonction de sa propre utilisation.

Si une telle évolution peut rendre obsolètes les projets de "robotaxis" d'Uber (et de la société chinoise AutoX), elle offre également aux transports publics la possibilité de faire appel aux citoyens pour se constituer leurs flottes de taxis.

Voitures autonomes exploitables par les collectivités

Historiquement, les voitures ont toujours été trop chères pour que les collectivités locales puissent les acheter, les exploiter et les entretenir. Mais si les voitures autonomes sont capables de circuler en douceur et en toute sécurité sur les routes principales et les voies réservées aux taxis, la rémunération du chauffeur, qui représente pas moins de 80% des coûts d'exploitation, pourrait être économisée et la flotte pourrait faire l'objet d'un "crowdsourcing" (ou production participative). Dans ce cas, les autorités locales pourraient saisir cette opportunité technologique pour faire entrer officiellement les taxis dans le domaine des transports publics.

Il est fort probable que cela s’explique par les réactions de plus en plus vives que l’on observe contre le contrôle des plates-formes numériques par les entreprises. C'est capital, car les taxis comblent les lacunes qui existent dans les réseaux de transport public à travers le monde. De fait, dans de nombreuses villes ainsi que dans les zones rurales, ils sont parfois la seule forme de «service de transport partagé». Nous pouvons citer un exemple de modèle « Feed-in-Tariff » dans le domaine de la production d’électricité, où les ménages privés revendent aux pouvoirs publics le surplus d'énergie qu'ils produisent à partir de ressources renouvelables.

Redevance payée aux propriétaires privés

 Grâce aux voitures autonomes qui rouleront en toute sécurité sur nos routes, les propriétaires privés de ces voitures pourront transporter des personnes et des marchandises en ville moyennant une redevance facturée aux autorités locales. Pour ces propriétaires, cela permettra de réduire les coûts liés à la possession de la voiture et, par conséquent, le coût des kilomètres parcourus à des fins privées.

Dans ce modèle, les pouvoirs publics ne possèdent pas de flottes et ne supportent aucun frais d'exploitation. Ils s'appuient sur des actifs privés pour offrir un service public financé par des abonnements publics. Toutefois, pour que cela fonctionne, ils devront fournir une infrastructure fiable et sûre et définir les lois et règlements qui régiront la qualité des voitures et des services ainsi que les droits et les devoirs de chacun. Cela signifie qu'à l'avenir, les sociétés de taxi pourraient devenir un service public fourni sur la base d'un « crowdsourcing ». Les pouvoirs publics seront propriétaires de la plate-forme, et des entreprises comme Uber pourraient continuer à fournir la technologie.

L’arrivée des taxis autonomes mettra fin à une activité économique qui jusqu'à présent souffre d'une sur- ou d'une sous-réglementation, le client payant le prix des deux. Elle permettrait une plus grande élasticité de l'offre de taxis pour faire face aux fluctuations de la demande aux heures de pointe et aux heures creuses et apporterait une plus grande diversité dans la qualité et la disponibilité des modes de transport public. Les voitures autonomes sont donc en passe d'ouvrir une nouvelle ère pour les transports publics.

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