tribune

Lettre à Ursula von der Leyen pour un plan de relance permanent

Président du PS

Si nous, Européens, ne voulons pas, une fois de plus, être à la traîne, nous devons d’urgence décréter que le plan de relance européen n’est pas une initiative sans lendemain.

Paul Magnette. ©Valentin Bianchi / Hans Lucas

Madame la Présidente, vous nous avez fait l’honneur de votre présence, cette semaine, pour célébrer l’approbation du plan de relance de la Belgique, et nous avons vécu un moment d’euphorie dont nous avions perdu l’habitude.

C’est qu’il n’y avait, ce matin-là, que des raisons de se réjouir. Près de six milliards d’investissements publics supplémentaires pour la Belgique, après des décennies de sous-investissement, et cela sans augmenter les impôts ni creuser la dette, c’est forcément une bonne nouvelle. D’autant que la présence à vos côtés, non seulement du Premier ministre et du Secrétaire d’État fédéral à la relance, mais aussi de tous les Ministres-Présidents, rivalisant de sourires, fit mentir toutes les lamentations habituelles sur les tensions du modèle belge.

Au-delà de notre petit pays, c’est surtout une très bonne nouvelle pour l’Europe. Après la crise financière de 2008, les gouvernements libéraux et conservateurs avaient profité de leur poids majoritaire pour imposer à l’Europe une austérité qui n’aura eu pour effet que d’aggraver et de prolonger la crise.

Rivaliser avec la Chine et les Etats-Unis

Douze ans plus tard, les leçons de cette erreur ont été tirées. En janvier 2020, par votre bouche, l’Union européenne s’est engagée à atteindre la neutralité carbone au plus tard en 2050. Et malgré les tensions entre Etats membres, l’Union a pu décider de s’endetter, pour la première fois de son histoire, afin de soutenir massivement les investissements indispensables.

L’erreur serait maintenant de considérer ce moment comme une incartade, et d’en revenir au Pacte de stabilité du monde d’avant.

L’erreur serait maintenant de considérer ce moment comme une incartade, et d’en revenir au Pacte de stabilité du monde d’avant. Car pendant que l’Europe célèbre son audace retrouvée, le reste du monde avance à pas de géants.

La Chine a annoncé lors de la 75e Assemblée générale des Nations Unies en septembre 2020 sa volonté d’atteindre le pic du carbone en 2030, et la neutralité au plus tard en 2060. Dans la foulée, elle a dégagé des moyens colossaux le 15 mars dernier pour matérialiser ses ambitions.

Les Etats-Unis de Joe Biden ont rejoint les Accords de Paris en janvier dernier, et adopté en mars un plan de relance trois fois plus important que le nôtre. Alors qu’au début 2020 nous faisions figure de pionniers mondiaux de la lutte contre le réchauffement climatique et de l’investissement public, nous sommes aujourd’hui en passe d’être dépassés simultanément par nos deux principaux rivaux.

Mécanisme pérenne

La transition verte est devenue non seulement un impératif environnemental, mais aussi un enjeu de puissance économique.

Si la Chine et les États-Unis tentent de prendre la tête du mouvement, c’est moins par idéal que parce qu’ils savent que les premiers à embrasser la cause développeront les technologies les plus prometteuses et créeront les millions d’emplois qui les accompagneront.

Si la Chine et les États-Unis tentent de prendre la tête de ce mouvement, c’est moins par idéal que parce qu’ils savent que les premiers à embrasser la cause développeront les technologies les plus prometteuses et créeront les millions d’emplois qui les accompagneront.

Si nous, Européens, ne voulons pas, une fois de plus, être à la traîne, et dépendre de technologies développées ailleurs et de produits fabriqués ailleurs, nous devons d’urgence décréter que le plan de relance et de résilience européen n’est pas une initiative sans lendemain et en faire un mécanisme pérenne.

La Cour des comptes européenne estime à plus d’un milliard par an les investissements nécessaires pour atteindre nos ambitions climatiques, soit plus de six fois les moyens dégagés à ce stade. Les États membres devront prendre leur part, mais l’Union seule dispose de la capacité d’agir avec force et de manière coordonnée.

Seule l'Union...

Seule l’Union, en effet, peut battre monnaie, imposer une taxe sur les transactions financières et une taxe carbone aux frontières, un impôt minimum sur le revenu des sociétés au-delà de 15%, et créer ainsi l’espace budgétaire requis.

Je forme le vœu, Madame la Présidente, que vous saisissiez ce moment et deveniez la Roosevelt que l’Europe attend depuis si longtemps.

Seule l’Union peut financer la recherche et le développement en matière d’efficacité énergétique et d’énergies renouvelables indispensables pour sortir des énergies fossiles en l’espace d’une génération.

Seule l’Union peut, à travers son Fonds social, soutenir massivement la formation nécessaire au déploiement des emplois verts. Et seule l’Union peut imposer des critères de soutenabilité contraignants dans le commerce mondial pour que ces normes deviennent universelles.

Je forme le vœu, Madame la Présidente, que vous saisissiez ce moment  et deveniez la Roosevelt que l’Europe attend depuis si longtemps

Lire également

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés