Lettre ouverte à Mademoiselle Greta Thunberg

Greta Thunberg ©AFP

Il faut impérativement continuer à militer et à s’indigner. Toutefois, les manifestations, toutes mondiales soient-elle le 15 mars 2019, ne suffiront pas, il faudra passer à l’action, sans attendre des actes politiques immédiats.

Par Paul Yves Poumay
Economiste – Art World Institute ASBL

Chère Greta,

Vous avez conquis le coeur d’une grande partie de la population, vous mobilisez les masses et vous partagez le thé avec les présidents de ce monde ...

©BELGA

Même s’il y aura moins d’individus véritablement décidés à changer leur mode de consommation par rapports à ceux qui manifestent à vos côtés, il faut impérativement continuer à militer et à s’indigner. Toutefois, les manifestations, toute mondiale soit-elle le 15 mars 2019, ne suffiront pas, il faudra passer à l’action, sans attendre des actes politiques immédiats.

La politique, telle qu’elle est pratiquée actuellement ne vous apportera aucune réponse fiable à court terme. En effet, pour être élu, il faut être plébiscité et, pour être plébiscité, à part quelques exceptions, il faut être populaire. Pour être populaire, il faut disposer de moyens (vous êtes une exception) en ne racontant que des parties d’histoires. La vérité étant impraticable pour être élu via nos modes de scrutins.

Tout notre " système " doit être changé mais le climat n’a plus le temps !

Un grand programme d’appel à projets citoyens pourrait être créé où chacun proposerait une ou plusieurs idées pour le climat, ça créerait un sentiment d’utilité publique tout en facilitant l’implication au changement !

Pour respecter les accords de la COP21, nous devons réduire drastiquement nos émissions de CO2.

Pourquoi ne pas imposer la création, à côté de notre déclaration de revenus, d’une déclaration annuelle d’émission de CO2 ?
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Pourquoi ne pas imposer la création, à côté de notre déclaration de revenus, d’une déclaration annuelle d’émission de CO2 ? Chaque citoyen et chaque entreprise devraient déclarer ses émissions annuelles de CO2. Cette déclaration (à rendre publique pour certains acteurs) nous permettrait d’identifier les forces et faiblesses de nos comportements afin d’agir et d’orienter les politiques de décarbonisation de nos sociétés en vue d’une transition écologique accélérée. Elle nous inciterait à diminuer notre consommation énergétique en imaginant de nouveaux modes de productions et de consommations tout en permettant la taxation des pollueurs identifiés.

©REUTERS

Sans grands délais, tous nos moyens de locomotions pourraient être équipés d’un nouveau compteur de CO2. Si l’ordinateur de bord de votre véhicule propose actuellement la consommation de carburant, il pourrait aussi indiquer l’émission de CO2 dudit véhicule. L’indice de la pollution globaliserait les émissions à la construction, l’assemblage, le transport et le recyclage de toutes les parties d’un véhicule. Les émissions, totales et en temps réelle, du moyen de locomotion utilisé par son détenteur deviendraient disponibles. Le relevé de ce compteur, propre à chaque véhicule, suivrait et serait repris annuellement sur le " certificat " de ce moyen de transport. L’individu améliorerait l’efficience de ses déplacements pour des raisons écologiques plutôt que financières !

Ce type de compteur pourrait également être imposé à nos logements (certificats PEB) mais aussi à nos achats de nourriture, nos vêtements, … les algorithmes et l’intelligence artificielle nous aideraient à gérer ces agrégats.

Imaginer qu’il faudra compter sur ceux qui arrivent en jet privé, comme vous le dénonciez à Davos, pour trouver des solutions au climat est illusoire. Ce monde fonctionne avec des codes qu’il est impensable d’adapter à la nouvelle société qui doit être créée.

Nos états devraient financer massivement l’offre de transports publiques et taxer lourdement, comme il est d’usage de le faire sur les autoroutes, le transport privé de choses et de passagers, sur et au-dessus leurs territoires afin de promouvoir les circuits courts.
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C’est bien de voyager en train comme vous le faites mais le produit est cher, moins rapide et moins flexible que d’autres moyens de locomotions. Nos états devraient financer massivement l’offre de transports publiques et taxer lourdement, comme il est d’usage de le faire sur les autoroutes, le transport privé de choses et de passagers, sur et au-dessus leurs territoires afin de promouvoir les circuits courts.

Les petits commerces ferment, les centres villes se vident, les liens sociaux se perdent. Quand j’achète, via internet, un pull à deux sous en Asie, c’est le commerce local qui s’effiloche. Pourquoi n’impose-t-on pas une vraie taxe compensatoire de CO2 sur le transport de ce colis ?

Comme je le plaidais en 2012, la thèse fondamentale du besoin de convergence entre le règne humain économique et la nature en général est non négociable si nous souhaitons transmettre la vie terrestre sur le long terme. Le pouvoir d’accumuler devrait être remplacé par une autorisation de consommer. Tout humain devrait, par nature, disposer d’un quota de consommation dont le solde serait notamment lié à la destruction des ressources engendrées par son comportement. Ce "quota", purement personnel, ne pourrait pas être vendu ou même transféré à une descendance quelconque.

Par ailleurs, accepter le principe d’une croissance infinie de la masse monétaire MM (quelles que soient les techniques qui permettraient d’en dissoudre la masse réelle), dans un monde fini, rythmé par le cycle de la vie et de la mort de toutes les espèces, c’est attribuer l’immortalité du pouvoir lié à la possession de ce capital, qu’il soit virtuel ou transformé en biens matériels. Aucun système politico-économique ne parviendra à combler l’humanité tant que le sort réservé à la MM devenue avariée ne sera pas réglé : guerres, crises financières, tensions populaires sont les résultantes de l’incapacité de l’homme à trouver un consensus quant au traitement d’une MM dont le statut imputrescible devrait virer à l’organique.

Les hommes doivent créer un mouvement mondial qui traduira les besoins des populations par une nouvelle organisation sociétale, non limitée par le pouvoir de l’argent, mais animée par le progrès et l’équilibre d’une Humanité en attente.
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Les hommes doivent créer un mouvement mondial qui traduira les besoins des populations par une nouvelle organisation sociétale, non limitée par le pouvoir de l’argent, mais animée par le progrès et l’équilibre d’une Humanité en attente.

Des cercles de réflexions, visant la construction d’une société basée sur des règles de gestion plus équitables doivent être créés, de nouveaux schémas d’échanges, de consommations et de transmissions doivent être imaginés. Les dirigeants actuels ne peuvent plus continuer à jouer aux apprentis sorciers en imposant le règne du virtuel au monde réel. Nous devons travailler à l’émancipation humaine, vecteur de plaisir et d’enthousiasme, qui renforcera la coopération et la solidarité des populations.

Pourquoi vouloir s’évertuer à placer cette économie destructrice du " fast-easy-penny " au centre de la société ?

Ne pourrions-nous donc pas imaginer la création d’un comité d’éthique mondial qui chapeauterait l’organisation de nos sociétés avec un pouvoir contraignant sur tous les acteurs locaux ?

Au plaisir de vous lire et de vous rencontrer.

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