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Lu pour vous | Jeannette Bougrab s’attaque au voile

Jean-Paul Bombaerts

"Lettre aux femmes voilées et à ceux qui les soutiennent", Jeannette Bougrab, éd. du Cerf, 196 pages, 18 euros

Jeannette Bougrab a été secrétaire d’État à la Jeunesse de 2010 à 2012 dans le gouvernement de François Fillon. Celle qui s’est présentée comme la compagne du dessinateur Charb, assassiné en janvier 2015 dans les locaux de Charlie Hebdo, n’a jamais cessé de dénoncer l’obscurantisme des islamistes. Ce qui lui a valu un exil de trois ans en Finlande, un pays dont elle a pu constater qu’il n’est pas non plus à l’abri de la poussée islamiste, surtout depuis l’arrivée de la vague de réfugiés en 2015-2016.

"Ligne de front"

"L’essor du voile islamique constitue un phénomène historique d’ampleur planétaire et représente ainsi une ligne de front universelle", assène-t-elle. L’ouvrage est en effet rythmé par la chronologie de moments-clés dans la montée de l’islam politique et radical.

Tout commence avec la révolution iranienne de 1979. Elle parle ensuite de l’Algérie de son enfance, lorsqu’aucune femme, jeune ou vieille, dans sa famille ne portait de voile. Jusqu’aux années 1990 lorsque la terreur du GIA ne change radicalement le pays.

Plus près de nous, elle évoque l’assassinat du réalisateur néerlandais Theo Van Gogh en 2004, ainsi que le déferlement de harcèlement sexuel lors de la Saint-Sylvestre 2015 à Cologne. Un événement qui a fait l’objet de "dénégations mensongères et minimisations sociologiques" de la part d’élites politiques manquant singulièrement de lucidité et de courage.

Jeannette Bougrab ne dénie certes pas le droit à celles qui le souhaitent de porter le voile, même si c’est le plus souvent par souci d’affirmation identitaire.

"Qu’une femme adulte en France ou dans tout autre État de droit veuille le porter, c’est son affaire, et je m’y résous. (…) Mais le voile ne fait pas que charrier le spectre d’un multiculturalisme bidon qui porte atteinte à la liberté et à l’égalité sous couvert de respect des différences." Pour elle, le voile "est le signe éminent d’une volonté de conquête hégémonique".

"La gauche bobo"

L’ancienne ministre ne s’adresse pas uniquement à celles qui ont choisi de porter le voile. Elle vise aussi et surtout la gauche et son aveuglement non dénué d’arrière-pensées électoralistes. "La gauche bobo ayant abandonné les classes populaires, elle croit pouvoir trouver un peuple de substitution dans l’Oumma. Et tant pis si le prix de cette alliance est la consécration du hijab."

Elle s’en prend aussi à ces néo-féministes "qui se complaisent à disserter de manière abstraite de l’émancipation", oubliant qu’ailleurs dans le monde "des femmes souffrent dans leur être et dans leur chair d’oppressions réelles".

Pas très optimiste pour l’avenir, elle s’accroche à la loi de 2004 qui interdit en France les signes ostentatoires à l’école, bien que cette loi soit attaquée de partout, notamment par les Nations Unies tout récemment.

 

©doc

"Lettre aux femmes voilées et à ceux qui les soutiennent", Jeannette Bougrab, éd. du Cerf, 196 pages, 18 euros.

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