Jean-Paul Bombaerts

"Léopold II, le plus grand chef d’Etat de l’histoire du Congo", Jean-Pierre Nzeza, éd. L’Harmattan, 202 pages 21,50 euros

A l’heure où la Belgique est sommée par les Nations-Unies de s’excuser pour son passé colonial, voici un ouvrage qui devrait à tout le moins intriguer. Rien que le titre pourrait faire penser à une provocation : "Léopold II, le plus grand chef d’Etat de l’histoire du Congo". Rien que ça. Le livre est signé par un professeur d’université congolais, Jean-Pierre Nzeza, et édité chez L’Harmattan, une maison d’édition spécialisée dans les thématiques du tiers-monde.

Son point de départ est le suivant : avant l’arrivée des Européens au 19e siècle, le bassin du fleuve Congo était fragmenté en une multitude de royaumes et de tribus. C’est Léopold II qui a doté ce vaste territoire de structures étatiques et l’a fait reconnaître en tant qu’Etat par les grandes puissances de l’époque. De cette démarche est née une première ébauche de conscience nationale congolaise. En ce sens, Léopold II doit être considéré comme "le père de la nation congolaise" et mérite, selon Jean-Pierre Nzeza, "une réhabilitation".

Se basant sur l’étude de la documentation de l’époque, l’auteur met en doute l’exactitude des rapports des Britanniques Casement et Morel qui sont basés sur "des informations collationnées dans une ambiance de rivalités, de jalousies et d’arrière-pensées entre les puissances coloniales européennes, notamment entre Londres et le palais royal de Bruxelles".

Mais ceci n’enlève rien, précise Jean-Pierre Nzeza, au "devoir de mémoire" par rapport aux exactions qui ont été commises au début de l’ère coloniale, lorsque le Congo était la propriété du roi. "Le souvenir du martyr de nos ancêtres lors de leur première rencontre avec les Européens doit rester à jamais gravé dans nos mémoires. Nous ne devons jamais l’oublier, nous n’avons pas le droit de l’oublier. (…) Se souvenir, mais surtout pas d’amalgame : le peuple belge n’a rien à voir avec ce qui s’est passé à la fin du 19e siècle au Congo."

"responsable mais pas coupable" 

La position de Jean-Pierre Nzeza par rapport aux reproches formulés à l’encontre de Léopold II tient en une formule : "responsable mais pas coupable". "Il est responsable si l’on considère sa position de souverain absolu de l’Etat indépendant du Congo chargé de la protection de ses habitants. (…) Informé des monstruosités barbares à l’encontre des autochtones, Léopold II a tout fait pour faire cesser ces crimes horribles qui en définitive le desservaient. Mais la mise en application des décisions prises à Bruxelles sur le terrain au Congo a connu de nombreuses difficultés." Des difficultés qui découlent principalement du manque de moyens humains et financiers par rapport à l’immensité du territoire.

L’auteur est rejoint en cela par son collègue Kiowa Ki Vita, qui signe la préface de l’ouvrage, et qui épingle que Jean-Pierre Nzeza "n’est pas de ceux qui, habitués à regarder en arrière, se satisfont vite de porter des jugements univoques sur le passé avec les yeux du présent". La démarche de l’auteur se veut en effet tournée vers l’avenir de ce pays qui continue de susciter bien des convoitises, comme l’explique Kiowa Ki Vita : "En ce moment où le Congo cherche un leader pour refonder l’Etat, l’auteur ressuscite habilement son créateur pour donner une leçon de leadership aux élites congolaises."

J-P.B.

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