carte blanche

Marre des bobards

Secrétaire général PEFC Belgium

Le 24 janvier 2017, l’émission Cash Investigation sur France 2 prétendait dénoncer les abus et errances de la filière bois en général et du système de certification PEFC en particulier, décrit comme un outil de marketing sans contrôles sérieux. En réalité, ce reportage a été réalisé complétement à charge et dans le but manifeste de nuire, à la filière d’une part et à PEFC d’autre part, loin des idéaux journalistiques d’objectivité et d’impartialité dans le traitement de l’information.

Suite à cet " entartage " en bonne et due forme, l’équipe de PEFC Belgium souhaite rappeler le contexte d’un secteur aux multiples facettes et mettre en avant des éléments à même de rectifier les impressions négatives, parfois profondes, laissées par cette émission.

Commençons par les adhésions et les questions posées par les journalistes. Comment se fait-il qu’aucun audit ne soit réalisé dans la forêt du propriétaire demandant à adhérer à PEFC? Comment est-il possible que l’on puisse certifier une centrale nucléaire ou un parking ?

Il existe deux moyens d’accéder à la certification forestière : obtenir un certificat individuel (surtout possible pour les très grosses propriétés et les propriétaires industriels) ou intégrer une certification de groupe adaptée à la réalité des propriétés de plus petite taille. PEFC est le seul système de certification forestière au monde qui vise, depuis sa création, à permettre l’accès à la certification aux propriétés forestières de toutes tailles, y compris les plus petites. Un système de certification de groupe était nécessaire, permettant à des propriétaires communaux, familiaux et/ou de petite taille, de rejoindre un certificat existant.

La certification de groupe implique des règles de contrôle mutualisées, un partage des coûts et permet des économies d’échelle qui réduisent les frais d’adhésion, sinon prohibitifs pour une large section de propriétaires proportionnellement au nombre d’hectares qu’ils certifient. S’il est exact qu’un audit préalable n’est donc pas effectué pour chaque nouvel entrant dans le groupe, des contrôles sont néanmoins effectués endéans l’année. De plus, le groupe est audité chaque année par un auditeur externe indépendant tandis que les propriétaires adhérant au groupe le sont individuellement sur base d’échantillonnage. Ce système existe dans de nombreux secteurs agricoles et (agro)forestiers, du bio au café en passant par le " fair trade ", et PEFC est entièrement aligné avec les pratiques développées par ISO en la matière.

En Belgique, aucune fraude n’a jamais été constatée.

En Belgique, aucune fraude n’a jamais été constatée suite aux contrôles des nouveaux entrants dans le groupe de certification et une visite sera désormais rendue à chaque nouvel adhérent avant qu’il n’obtienne la confirmation de sa certification. Nous insistons sur le fait que tout nouveau certificat PEFC implique un audit préalable ! Les règles expliquées ci-dessus ne s’appliquent qu’aux propriétaires rejoignant une certification de groupe (et donc un certificat existant).

Pour en terminer avec ce point, nous nous permettons de rappeler que les journalistes de France 2 ont bien entendu menti et rempli des bulletins d’adhésion frauduleux pour inscrire une centrale nucléaire et un parking dans une certification de groupe, affirmant qu’ils étaient propriétaires (ce qui était faux) de forêts (faux également). Et inutile de souligner le fait qu’aucun bois certifié ne sortira jamais d’un parking ni d’une centrale nucléaire.

Deuxièmement, comment se fait-il qu’une entreprise telle que la société autrichienne Schweighofer active en Roumanie, décrite dans l’émission comme (quasi-)criminelle, puisse encore garder la certification PEFC ?

La société autrichienne Schweighofer est accusée par une ONG environnementale américaine du nom d’Environmental Investigation Agency (EIA) d’acheter du bois illégal venant de Roumanie, voire d’en encourager l’exploitation. Cette société, active dans de nombreux pays, détient la certification Chaîne de Contrôle PEFC c’est-à-dire qu’elle a le droit - une fois qu’elle a acheté du bois certifié PEFC - de vendre des produits certifiés PEFC en proportion équivalente. Tout qui se penche, même brièvement, sur les standards PEFC devrait comprendre qu’il s’agit donc de quelque chose d’entièrement différent de la certification forestière, mais cette distinction cruciale n’a pas été faite dans l’émission Cash Investigation.

Dans le cas spécifique qui nous occupe, un audit annuel positif a été effectué chez Schweighofer par un auditeur tiers indépendant, et une fois l’accusation lancée par EIA, une procédure de plainte a été menée par PEFC contre Schweighofer, impliquant un audit exceptionnel visant à revérifier que toutes les règles de la certification Chaîne de Contrôle PEFC avaient bien été respectées. Ces procédures n’ont amené aucune preuve de manquement ou de faute de la part de l’entreprise dans le cadre de sa certification Chaîne de Contrôle PEFC, et donc qu’aucun bois illégal n’y était entré. L’entreprise garde donc sa certification PEFC.

Innocent jusqu'à preuve du contraire

Même si certaines organisations et certains journalistes encouragent parfois au lynchage préalable d’un prévenu, nous préférons nous en tenir au concept fondamental de notre système légal démocratique qui veut que l’on soit innocent jusqu’à preuve du contraire - preuve qui n’a absolument pas été rapportée. Une seconde plainte a été portée contre Schweighofer auprès de PEFC en décembre 2016 et est en cours d’investigation via un nouvel audit exceptionnel. Si un manquement est identifié, Schweighofer perdra sa certification PEFC.

Notons bien qu’aucune forêt roumaine n’est certifiée PEFC et que donc aucun bois acheté en Roumanie ne peut être PEFC ! Le système PEFC n’existe pas encore dans ce pays, dont les forêts sont à ce stade soit certifiées FSC, soit ne le sont pas du tout. Il nous semble qu’un système de certification forestière robuste et fiable y serait bien nécessaire.

Il est clair que les concepts de certification forestière et de la " chaîne de contrôle " qui en découle afin de permettre l’utilisation du bois issu de forêts certifiées sont complexes, requérant souvent des clarifications. Il s’agit pourtant du seul système existant à ce jour qui permette d’une part à un propriétaire forestier de faire la preuve de la gestion durable de sa forêt, et d’autre part au consommateur d’être rassuré quant à l’origine du produit qu’il achète. Aucun autre système, aucune autre technique ou législation ne permet d’atteindre ce double objectif.

La force de PEFC au fil des années a été d’arriver à développer un système adapté à toutes les tailles de propriétés forestières, pour accompagner et faire avancer la gestion forestière durable dans un cadre international tout en respectant les particularités nationales et locales de la forêt. Le système PEFC poursuit par ailleurs un processus d’amélioration permanente et nous sommes persuadés que le but de son existence et sa mission sont pertinents et nécessaires pour la société et la forêt. Même si elles sont toujours améliorables, ses procédures sont reconnues par tous les gouvernements des pays dans lesquels il est actif ainsi que par des organisations internationales telles que ISO, l’International Tropical Timber Organization (ITTO), les Nations Unies ou l’Union Européenne.

Nuire en mentant et décontextualisant

Le travail journalistique a pour but de mettre le doigt sur les abus et travers de notre société, ou les faiblesses d’un système. Un dossier à charge tel que celui dont PEFC a fait l’objet le 24 janvier ne cherche pas à aider le spectateur à mieux comprendre un monde complexe. Il écarte au contraire tout le contexte, toute la réelle multiplicité d’un secteur déjà affaibli, pour (au mieux) n’en avancer que les éléments les plus désavantageux et, au pire, nuire en mentant et décontextualisant.

Nous regrettons profondément le tort fait par cette émission, non seulement à PEFC et à la certification forestière mais aussi à la filière bois et forêt dans son ensemble, et espérons avoir pu répondre dans cet article à certaines questions qui en découlent. Nous sommes bien entendu à la disposition du lecteur pour toute clarification ou autre question qu’il pourrait se poser.

Thomas Davreux
Secrétaire général PEFC Belgium
www.pefc.be 

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