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"Marx avait raison", la capitalisme doit changer pour éviter le désastre...

L’Occident se rêvait dans le grand soir étoilé d’un capitalisme planétaire. Il se réveille avec la gueule de bois et même "en guerre": inégalités spectaculaires, sous-investissement, précarisation, extrémismes. "Il y a une lutte des classes et c’est celle des riches qui la fait et qui la gagne". Dixit Warren Buffet.

Aux États-Unis, le salaire d’un Américain sur deux a baissé depuis 2000 et 40% d’entre eux vivent sous le seuil de pauvreté – comme dans un pays en développement.

En France, entre 2000 et 2014, la grande pauvreté a augmenté de 43,6%. En Allemagne, la population vivant sous le seuil de pauvreté a bondi à 16,5%. Elle dépasse les 20% au Royaume-Uni.

Les perdants de la mondialisations sont les classes moyennes occidentales dont les revenus ont stagné entre 1980 et 2016, alors que 1% captait 27% de la croissance des richesses. La part des salaires ne cesse de chuter dans le PIB. Déformation du partage des revenus dont s’inquiète même le FMI.

La richesse ruisselle vers le haut: les salariés assument tous les risques mais sont exclus des bénéfices. Ce ne sont plus les dividendes qui s’ajustent, mais les salaires et les emplois: le monde à l’envers!

La "destruction créatrice"? Un vœu pieux: les nouveaux emplois sont mal payés et peu productifs. Et comme ceux de milieu de gamme disparaissent, l’ascenseur social reste bloqué à la cave. Le diplôme protège encore contre le chômage mais pas contre le déclassement. Le pédaleur Deliveroo incarne toute la fragilité du nouveau travailleur.

L’engrenage mortel d’un marché bipolaire

L’"apocalypse digitale" n’aura pas lieu, mais robots et I.A. renforcent la bipolarisation mortifère du marché du travail.

Le capital capte la rente. En 20 ans, aucune hausse des profits des plus riches ne s’est jamais traduite en nouveaux investissements. Cupidité des actionnaires, flexibilisation, robotisation, ubérisation, paupérisation et donc: dégagisme.

Non, les "start-up" du numérique ne nous sauveront pas du marasme. Oui, l’explosion des "mauvais emplois" menace l’État-Providence. Et la stagnation indéfinie à la japonaise n’est pas une chimère, de même qu’un futur krach. La dynamique actuelle est celle que Marx avait prévue et elle se finit mal.

Le chef économiste de Natixis et Marie-Paule Virard, journaliste économique, signent un livre à charge contre le capitalisme actionnarial anglo-saxon. Ils en appellent à un capitalisme européen continental, basé sur un nouveau rapport profits/salaires et soucieux de toutes les parties prenantes (salariés, clients, planète,…). Encore faut-il que l’Europe demeure l’actionnaire principal – or Américains et Chinois phagocytent ses capitaux.

"Subsister ne saurait tenir lieu de projet de vie". La vraie menace sur la civilisation et la démocratie, c’est donc la déformation du partage imposée par les marchés financiers. C’est un banquier qui le dit et qui invite à une autre "révolte collective" pour faire émerger ce nouveau capitalisme à même de faire mentir la prévision de Marx. "Il faut changer le capitalisme pour vaincre le populisme", répète inlassablement Joseph Stiglitz, Nobel d’économie…

E. B.

"Et si les salariés se révoltaient?", Patrick Artus et Marie-Paule Virard, Paris, Fayard, 2018, 176 p., 15 €.

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