Mille milliards pour atteindre la neutralité carbone ?

Ursula Von der Leyen, présidente de la Commission européenne.

On perçoit que cette résolution est la prémisse qui va permettre d’amplifier les politiques keynésiennes en vue de relancer une économie européenne poussive par les dépenses publiques, c'est-à-dire in fine par la levée de nouvelles taxes, qu’elles soient appelées " carbone " ou autrement.

La majorité du parlement européen (les partis social-chrétien, socialiste et écologiste) a adopté le 15 janvier 2020 le pacte vert pour l'Europe, une résolution en 120 points qui vise la neutralité carbone d’ici 2050. Ils auraient d’ailleurs pu appeler cette résolution "transition juste" puisque cette expression s’y retrouve 15 fois. Qui peut s’opposer à quelque chose de juste? On peut observer que d’après cette majorité parlementaire, il n’y aura pas de justice sans financement.

« Mille milliards de mille sabords » aurait sans doute juré le capitaine Haddock.
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Ces députés européens sont en faveur d’un plan d’investissement durable ambitieux pour parvenir à la "transition juste". On retrouve d’ailleurs 49 fois les mots " financement " et ses dérivés. Or les critères de Maastricht ne permettent pas aux États membres de dépenser de manière inconsidérée l’argent qu’ils n’ont pas. On perçoit que cette résolution est la prémisse qui va permettre d’amplifier les politiques keynésiennes en vue de relancer une économie européenne poussive par les dépenses publiques, c'est-à-dire in fine par la levée de nouvelles taxes, qu’elles soient appelées "carbone" ou autrement. Pour preuve, cette résolution "se félicite de la proposition prévue d’une révision de la directive sur la taxation de l’énergie".

La Commission européenne propose un plan sur dix ans visant à accélérer la transition climatique de l'Europe, plan financé à hauteur de mille milliards, tout en reconnaissant que c’est insuffisant. "Mille milliards de mille sabords", aurait sans doute juré le capitaine Haddock. Mille milliards c’est ce qu’on appelle un "trillion" : c’est 1 000.000.000.000 euros. Oui, un trillion c’est énormément d’argent.

Le serpent qui se mord la queue

On observera qu’il  est question de "neutralité carbone" et non pas de "décarbonisation". La résolution demande "de poursuivre la décarbonation du système énergétique de manière à ce que l’Union puisse parvenir à zéro émission nette d’ici à 2050 au plus tard". C’est-à-dire vivre dans un équilibre entre les émissions de carbone et l'absorption desdites émissions par des "puits de carbone".

Cet aveuglement anti-nucléaire est incompréhensible.

De l'aveu même du Parlement européen, aucun puits de carbone artificiel n'est toutefois en mesure d'éliminer à ce jour le carbone de l'atmosphère à l'échelle nécessaire... Même si on ne le dit pas ouvertement, puisqu’on ne pourra pas capter le carbone, il s’agit donc d’arriver à presque 100% d’énergies renouvelables. Pour certains, cela signifie même l’exclusion de l’énergie nucléaire, la seule énergie qui a permis de diminuer drastiquement les émissions de CO2. Cet aveuglement anti-nucléaire est incompréhensible. 

Atteindre 0 % d’énergie fossile en 2050  ― qui plus est sans nucléaire  ― relève de l’utopie. En plus, toutes les installations d’énergies renouvelables sont construites à partir de matériaux qui ont été produits eux-mêmes à partir d’énergies fossiles : c’est en quelque sorte le serpent qui se mord la queue.

Il est utile de rappeler que, depuis la crise pétrolière de 1979 déclenchée par l’Iran, les pays de l’OCDE ont abondamment financé la recherche et développement en matière d’énergies renouvelables. En particulier, l’UE a lancé de nombreux programmes pour mettre au point ces technologies. On doit reconnaître que cela a été un succès car ces nouvelles sources d’énergie sont aujourd’hui bel et bien disponibles. Mais puisque leur utilisation n’est pas rentable, en 2000 on est passé du développement technologique à l’obligation de produire des énergies renouvelables dans le domaine de l’électricité.

En 2009, cette décision a été étendue à toutes les formes d’énergies finales, y compris les biocarburants, une solution fustigée par les écologistes. S’il faut reconnaitre que le prix des installations solaires et éoliennes est relativement bon marché, il suffit d'examiner sa facture d’électricité  ― et les données Eurostat  ―  pour observer que plus on produit d’électricité "verte" et intermittente, plus la facture d’électricité augmente à cause des coûts engendrés par l’intermittence sur le réseau électrique.

Des résultats modestes

Le dernier rapport annuel ONU-UNEP, intitulé "Global trends in renewable energy investment", rapporte que, entre 2010 et 2018, 2.600 milliards de dollars ont été dépensé dans le monde pour promouvoir la production d’énergie renouvelable, dont 700 milliards de dollars uniquement par l’UE. On peut estimer que, depuis 2000, c’est bien plus que mille milliards d’euros qui ont été dépensés dans l’UE. La toute grosse partie de ces financements a été destinée à la production d’énergie éolienne et solaire. Certes, ce montant concerne l’ensemble des renouvelables, mais ce rapport UNEP montre bien que 93% des dépenses concerne l’éolien et le solaire.

Est-ce que tout cela a donné des résultats? Oui, mais modestes. Ainsi, les énergies éoliennes et solaires ne représentent que 0,3 % de la demande mondiale en énergie primaire. La situation dans l’UE est meilleure, avec 2,5 % de la demande en énergie primaire, mais cela reste quand même dérisoire. Si avec mille milliards d’euros ― 1.700 Tours Eiffel de billets de 200 € ― on n’est arrivé qu’à 2,5%, comment penser qu’avec 1.000 autres milliards on pourra atteindre 100% ? Le Parlement européen a raison de dire que les montants évoqués ne seront pas suffisants pour " éliminer progressivement les combustibles fossiles ".

Il faudra donc taxer bien plus que ce qui est annoncé. D’autant plus que si on supprime les énergies fossiles, on supprimera aussi les milliards que rapportent les accises sur les produits pétroliers (20 milliards de Belgique en 2018). Il faudra inventer une taxe équivalente sur les énergies renouvelables. Les vendeurs de gilets jaunes vont faire fortune.

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