Modèle belge en panne: il est temps de penser en 3D

©Lieven Van Assche

Le modèle belge est à bout de souffle. Osons en changer. Yves Delacolette et Olivier Lefebvre, fondateurs de Make It Smart and Simple: Belgium (www.miss-belgium.org), conseillent aux politiques de relire un roman de Bernard Weber, "Les fourmis"...

"Pour trouver la solution, il faut penser différemment." C'est par ce conseil qu'un personnage, dans le livre "Les fourmis", tuyaute ceux qu'il défie avec son énigme: "Comment faire quatre triangles équilatéraux avec seulement 6 allumettes?"

A lire les éditorialistes flamands et francophones qui commentent la sortie de scène du conciliateur, il n'y a pas d'autre choix que celui-là: "think out of the box", trouver un nouveau paradigme, briser des tabous. C'est l'évidence même: le cadre institutionnel et politique construit depuis 30 ans a vécu. Il mène le pays à l'impasse ou à l'éclatement. L'éclatement, c'est la thèse NVA. L'impasse, on est en plein dedans. Il faut donc repenser le modèle, plutôt que de s'entêter à l'approfondir.

 

Si cette prise de conscience gagne le monde politique, Johan Vande Lanotte aura rendu un service remarquable à la nation.

Il y a deux opportunités historiques dans cette crise. La première est de rencontrer les messages adressés, de plus en plus clairement, par les différents acteurs de la vie civile: des syndicats aux patrons, des intellectuels de haut vol à cinq jeunes et leurs milliers de "followers", des milieux culturels aux artistes, tous réclament la fin d'une forme aiguë d'autisme politique. En ce sens et quoi qu'en pensent quelques pisse-froid, ce mouvement citoyen n'est ni apolitque, ni anti-politique, il est tout simplement politique mais non partisan. Il donne l'exemple d'un cadre de référence inhabituel. Il témoigne aussi d'une façon inédite de revendiquer que les rouages démocratiques aujourd'hui bloqués, fonctionnent.

Johan Vande Lanotte disait déjà, en 2007, qu'en Belgique, le vainqueur d'une négociation est le dernier qui dit oui. Qui donc aura le courage de casser cette loi perçue par le microcosme comme immuable? Quelle composante du monde politique sera la première à montrer à l'opinion publique qu'elle "brise ses chaînes" (édito du "Standaard"), qu'elle n'est plus "dure de comprenure" ("Het Laatste Nieuws")? C'est un pari risqué, mais l'activisme citoyen du moment pourrait changer la donne et faire triompher le premier qui dit oui, celui qui emmène tous les autres vers une nouvelle façon de réfléchir, celle qui permet de résoudre l'équation des 6 allumettes…

La seconde opportunité historique est à portée de main des quatre partis francophones: eux seuls et de préférence ensemble, peuvent convaincre la majorité flamande qui aujourd'hui (mais pour combien de temps encore?) n'est pas séparatiste, qu'un compromis est possible. Or "pas de compromis = pas de pays" ("Le Soir").

Sommes-nous des traîtres à la cause francophone en demandant que ce soit cette communauté qui fasse le premier pas, qui résolve l'énigme des triangles équilatéraux? Notre réponse est catégorique: c'est la seule façon aujourd'hui, pour les francophones, de ne pas continuer de négocier à reculons, de ne pas transiger pas à pas et dans l'aveuglement sur des principes fondateurs de notre social-démocratie et d'éviter un délitement de la Belgique. Tourné positivement, la sauvegarde de la solidarité interpersonnelle, la valorisation de Bruxelles comme région et capitale de l'Europe, la promotion de la multi-culturalité et la protection des minorités ne seront obtenues que si les francophones brisent certains tabous, mais trouverons un écho en Flandre. Pourquoi eux? Pourquoi maintenant?

Eux, parce qu'ils doivent démontrer à la Flandre qu'ils ne sont pas seulement dans une logique "à reculons", alternance de refus et de concessions. Ils doivent, au contraire, oser proposer à la Flandre leur vision comme les y invitait Bruno Tobbak. Et ils doivent la surprendre par une proposition d'un système fédéral radical, responsable, mature et durable. Eux aussi, parce qu'ils sont redevables de cette vision vis-à-vis de leurs propres électeurs et des partenaires sociaux qui restent cruellement sur leur faim, comme l'a rappelé le président de l'UWE.

Seule une réforme radicale qui emportera l'adhésion des partis flamands non séparatistes pourra consolider les nouvelles structures du pays. Ce n'est pas nous qui le disons mais des Flamands fédéralistes qui ont démontré leur attachement à l'Etat belge. Des signaux sont envoyés depuis le Nord: "Aidez-nous à franchir le pas vers vous."

Ce n'est pas un hasard si le personnage à l'énigme n'a que onze ans dans le livre de Bernard Weber. Ne faut-il pas la candeur de la jeunesse pour imaginer que la solution n'est possible que si on sort d'un univers linéaire ou plat? En cherchant et en regardant le monde en trois dimensions au lieu de deux, la solution s'impose de façon déconcertante: il suffit de faire une pyramide avec les 6 allumettes pour obtenir quatre triangles équilatéraux de même taille.

Voilà donc une clé possible: ajouter une troisième dimension à la recherche d'une solution. Si briser des tabous est tellement douloureux, n'est-ce pas parce qu'on se met sous la contrainte irréfléchie dictée par la prochaine échéance électorale, de synchroniser décisions et mises en œuvre? Est-ce que scinder BHV, revoir la loi de financement, responsabiliser les entités fédérées et les rendre davantage maîtres de leur destin représentent des concessions absurdes si leur mise en œuvre est étalée dans le temps, assortie de garanties tant sur leur caractère irréversible que sur la loyauté entre entités fédérées et fédérales sur le fait que, non, le but du jeu n'est ni d'appauvrir une entité au détriment d'une autre, ni de maintenir une protection de la minorité francophone vécue au nord comme un droit de veto sur la gouvernance du pays?

C'est pour toutes ces raisons que nous réitérons notre "wake up call" aux quatre partis francophones.

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